Fol. 24 r°, 163 r°, 164 v
sera avisé » ; tantôt : « il se rencontre de la difficulté » ; quelqu'un demandant une pension de 3 000 livres : « 2 000, s'il s'en veut contenter », répondait le prince; à un autre qui sollicitait l'abolition — l'amnistie — de quelque délit perpétré par lui et dont il n'avait pas encore été puni : « l'abolition sera accordée après avoir vu le cas^ »
Tronson indiquait avec soin aux intermédiaires les sentiments qui faisaient agir le roi : zèle religieux, raisons politiques, puis souci de n'employer que des procédés conciliants afin de ménager la liberté de conscience des réformés : « Sa Majesté désire de tout son pouvoir aider à la conversion de ses sujets dévoyés du chemin de la vraie Eglise catholique, apostolique et romaine, les inciter, par des bienfaits et témoignages de sa bienveillance, de s'unir plus étroitement à son service en s'unissant à une même foi et croyance ^ »
Sur les moyens mêmes à employer pour convertir les protestants, Louis XIII avait demandé leurs avis aux agents, insistant bien qu'il ne pouvait être question que « de voies douces et insensibles ». Les agents s'étaient montrés à peu près unanimes : il fallait ramener les petits par des prédications, des missions, l'enseignement ; les grands par des promesses : « Pour retirer du schisme les grands et les petits, mandait M. Boucaut, il y a les ouvertures suivantes : les unes qui regarderont à
i. Fol. 10 et suiv. Lorsque les réponses tardaient, les correspondants " supplicient qu'il leur fut donné résolution sur les négociations qu'ils avoient commencées » (fol. 24 v").
2. Instructions à Visconti, de 1624, Ibid., fol. 18 r°. Bentivoglio signale dans une de ses lettres le goût qu'avait Louis XIII à voir se convertir des huguenots (Bentivoglio, Letlere, 1865, t. II, p. 133).
leurs honneurs et biens temporels, les autres la cognoissance de la vraie religion et moyen de les instruire. » Pour le populaire : rétablir le culte catholique partout, même là où l'hérésie était « la plus numéreuse » ; placer dans les églises des ecclésiastiques vertueux, « doctes, bien disans, prudents, de bonne vie et douce conversation » : fonder des collèges ; surtout surveiller ce que prêcheraient les curés; leur recommander d'appuyer sur l'antiquité de l'Eglise romaine, la succession des évêques, des conciles, articles au sujet desquels on avait des aveux des hérétiques ; « faire voir le bel ordre de la hiérarchie catholique en conformité » avec ce qu'elle était aux quatre ou cinq premiers siècles « plus proches de l'ascension de Jésus-Christ » ; « expliquer en langue vulgaire et intelligible le service divin et les cérémonies d'icelui » ; insister sur les points communs aux deux religions. Credo, Pater, Sainte-Ecriture, commandements de Dieu; éviter les sujets difficiles tels que la question du pape ; enfin répandre quelques bons livres anciens et modernes ; par là on arriverait « à adoucir cette grande contrariété et aversion de l'Eglise romaine' ». Un autre correspondant insistait sur les prédicateurs : qu'il y en eût en permanence dans les principales villes, d'ambulants « durant toute l'année », allant de côtés et d'autres « faire résoudre ceux qui avoient de bons sentiments et qui étoient déjà ébranlés "- ».
1. .Maz. 2127, fol. 94 r", 93 r" et v". « Que les prédicateurs prêchent et enseignent la doctrine sacrée avec discrétion et modestie, se tenant sur la positive et conflrmativc, sans plus, sans réveiller les esprits des différends de la religion qui ne servent de rien à l'édification du salut. • (Ouverture de l'Assemblée générale de ceux de la religion prétendue réformée, Paris, 1G19, in-12, p. 13).