‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 169 sur 345 · Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p

rautorisation du roi '. Le jésuite qu'elle avait fait venir près d'elle comme confesseur, le P. Suffren, écrivait de Blois en août 1617 : « La bonne reine reçoit du contentement parce que Dieu l'assiste et qu'elle a son cœur retiré du monde- ».

En réalité, sous ces apparences trompeuses se cachaient la douleur causée par la captivité subie, l'humiliation de se sentir déchue, le regret du pouvoir exercé si longtemps. Rentrer à Paris, réclamer à la cour la situation qui lui appartenait, retrouver sinon la pleine puissance de la veille, du moins une place dans les conseils du roi et une influence qui pourrait être équivalente à celle-ci, était l'idée qui devait s'imposer d'elle-même. Peu à peu la pensée unique de faire cesser son exil pour revenir auprès du roi envahit l'esprit de Marie de Médicis^

Elle manœuvra d'abord doucement. La reine mère, consignait Brienne, « ne s'occupe qu'à tâcher de se faire des créatures qui puissent la tirer de sa captivité. » Elle écrivait, avait des agents dissimulés ^. Le gouvernement fut informé. Il affecta de croire que Marie de Médicis

1. Lettre de Marie de Médicis à Louis XIII, du 5 décembre 1617, Bibl. nat., ms. fr. 3 811, fol. 31 r"; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 351.

2. Lettre du 21 août 1617 publiée dans Etudes, t. XII, 1877, p. 739. Le P. SulTrea avait été appelé à Blois par une lettre de Richelieu du 10 juin 1617 (Avenel, Lettres, t. VII, p. 400). Il était venu avec son frère et un domestique (Bibl. nat.. Cinq Cents Golbert 92, fol. 197 v°);on l'avait logé en ville où on avait loué pour lui trois pièces chez « la veuve de Jean Becquet, officier du feu roi Henri III. » {Ibid., fol. 158 r°). Il prêchait le dimanche à la paroisse et le vendredi à la chapelle du château (Etudes, t. XII, 1877, p. 739). Sur le P. Suffren, voir : le P. Fouqueray, le P. Jean Suffren à la cour de Marie de Médicis et de Louis XIII, Paris," 19U0, in-8°, 86- p.

3. Dépêche de l'ambassadeur vénitien de juillet 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 262.

4. Brienne, Mém., éd. Pelitot, t. I, p. 334; Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 125.

ignorait ces intrigues : « A toute heure, mandait Déageant à Richelieu, l'on a avis des brouilleries et menées de plusieurs sous le nom et en faveur de la reine. Je soutiens que c'est au déçu de la reine, ce que le roi et Luynes se persuadent, sans ajouter foi à tout ce que l'on rapporte. Il faut que Luçon continue à veiller' ». Mis en éveil, le gouvernement fit surveiller. Le bruit ayant couru que Marie de Médicis correspondait avec l'Espagne et l'ambassadeur espagnol ayant exprimé le désir d'aller à Blois, on lui fit comprendre qu'il devait s'abstenir : c'était le conseil du roi qui en avait délibéré -. Il se répéta à la cour que d'aller à Blois dans les circonstances présentes était imprudent : chacun se le tint pour dit : « Nulle personne de la cour n'osa voir la reine mère ni même passer par Blois quand leur chemin s'y adonnoit »^ Il y eut des incidents. Une compagnie de gens d'armes étant venu, en passant, cantonner à Mer, à cinq lieues de Blois, Marie de Médicis fît demander par Tantucci à Paris si cette troupe était là pour la garder : le conseil ignorait le mouvement de la compagnie qui reçut l'ordre de déloger*. Mais les plaintes de Marie de Médicis commençaient à se faire entendre : elle parlait de son éloignement qui se prolongeait; elle disait n'être pas bien traitée. Egalement soucieux et de faire preuve de respect

1. Lettre de Déag-eant à Richelieu du 19 mai 1617, Arch. des Aiî. étrang., France 771, fol. 124 r°.

2. Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 25 juillet 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. ii94-5 ; de Bentivoglio du 2 aoîit 1617, Bentivoglio, Letterc, t. I, p. 407 ; de Monteleone au roi d'Espagne du 26 juillet 1617, Arch. nat., K. 1473, n" 57 et 64.

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