Bentivoglio, Lettere, t. II, p
2. Dépêches de CoiUarini du 10 avril, 2 juin, 12 août 1618, Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 52, 103, 162.
3. Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 512; Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I. p. 174, 179, 186. L'affirmation de Richelieu est en partie vérifiée par une lettre de Marie de Médicis au roi, de cette époque, dans laquelle elle dit à son fils : « 11 y a fort longtemps que j'eusse pris la résolution de voyager pour ma santé si je n'eusse été retenue par un commandement que M. de Roissy me dit venir de votre part, de ne partir d'ici sans permission signée de votre main » (Catalogue of the collection of autographs letters of Morrison, t. IV. p. 170).
nonce, l'éventualité fut même agitée, à Paris, du renvoi de Marie de Médicis en Italie; « La reine mère ne vouloit pas croire, au commencement, dit Richelieu, toutes les menaces qui lui étoient faites de l'envoyer hors du royaume ou de l'enserrer dans un monastère ». Il ne fut pas question d'enfermer Marie de Médicis dans un monastère, mais le projet de retraite au delà des monts fut examiné en août 1618. On sonda le grand duc de Toscane, qui répondit ne pas se soucier de voir revenir l'ancienne régente chez lui. Le gouvernement français n'insista pas : Louis XIII n'était pas partisan de la mesure qui ne fut envisagée que d'une façon évasive*.
Mais, devant la menace, Marie de Médicis prit peur. A l'irritation succéda l'abattement, « la mélancolie ». Elle faiblit. Le roi alors, décidé à user de moyens pacifiques, profita de ces dispositions : il envoyale P. Arnoux, à Blois, en septembre 1618, avec charge « d'assurer la mère de sa bienveillance, du respect et de l'afTection qu'il lui devoit » ; en retour, elle lui promettrait « de renoncer et désavouer toutes pratiques, menées et intelligences que l'on pourroit avoir faites et formées sous son nom- ». Marie de Médicis promit. Elle parut recevoir le P. Arnoux avec « un indicible contentement ». « Le roi votre fils, lui mandait ensuite le jésuite, revenu près de Louis XIII, a voulu par deux fois ouïr de ma bouche
1. Richelieu, Mcm., t. I, p. 189 et les lettres du nonce, Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 544, 563, 564.
2. « Le roi, de son pur mouvement, dit au P. Arnoux qu'il vouloit l'envoyer à Blois vers la reine pour lui porter son cœur et l'assurer de l'affection filiale qu'il avoit envers elle; durant trois ou quatre jours suivants, le roi lui dit en particulier^pe de quoi il désiroit {jue le dit père traitât avec la reine » (lettre du P. Suffren au P. de Bérulle du 14 octobre 1618, dans Études, t. XII, p. 739),
le narré de mon voyage tout au long : il en a eu l'esprit extraordinairement satisfait » . Louis XIII éprouvait « une joie incroyable! » Le conseil du roi, auquel le P. Arnoux fît son rapport, sembla content : c'était une détente. M. de Roissy fut rappelé; les compagnies de cavalerie qui cantonnaient autour de Blois, éloignées; des autorisations d'aller voir la reine mère à Blois, accordées. c( La reine, écrivait le P. Suffren à BéruUe, a grande confiance en Dieu; elle fait redoubler les oraisons et prières' ». Le 3 novembre, Marie de Médicis consentait à signer une déclaration par laquelle elle promettait à son fils « de n'avoir aucune volonté de revenir à la cour que lorsque le roi l'ordonneroit, disait-elle, désirant, non seulement en cela mais en toutes autres choses, observer religieusement ses commandements; » elle continuait : « Si nous avons souhaité avec passion le voyage à Paris, c'a été pour avoir l'honneur de le voir et pour lui faire connoître, par nos déportements pleins de respect et obéissance, que l'on nous a blâmée sans sujet, n'ayant eu aucun dessein de nous mêler d'affaires, comme l'on avoit voulu faire croire au roi, qui doit régner seul; » et elle jurait de n'avoir aucune correspondance préjudiciable au service de son fils, aucune pratique, de désavouer d'avance qui en aurait en son nom'. Elle désira
1. Voir sur tous ces faits la lettre détaillée du P. Suiïren au P. de Bérulle du 14 octobre 1618 {op. cit., p. 740); une lettre du P. Arnoux à Marie de Médicis {Ibid., 741); les lettres du nonce de septembre 1618 (Bentivoglio, Lettere, t. lll, p. 30, 39); les dépèches de Contarini des 21 et 30 septembre, 19 octobre 1618 (Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 187, 200, 209).
2. Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 143 V; Cinq Cents Colbert 97, fol. 104 r"; nouv. acq. fr. 7797, fol. 199. Le texte de cette déclaration aurait été rédigé par Phélipeaux. Marie de Médicis ensuite se plaindra vivement de ce qu'on lui ait fait signer ce document. Les formules en étaient solen-
être autorisée expressément à sortir quand elle voudrait de Biois, pour ne pas qu'on put dire qu'elle fut emprisonnée : le roi lui donna cette permission par une lettre écrite de sa main '. Il fut même question que Louis XIII vint voir sa mère; c'était l'hiver : on ajourna le voyage au printemps. Pour bien montrer qu'elle était libre, Marie de Médicis parla en novembre et décembre 1618 d'aller à Moulins : de Paris, on lui donna l'autorisation : elle ne partit pas-.
Mais quelle confiance pouvait-on avoir dans cette créature agitée et médiocre? Malgré la promesse si solennellement faite en novembre 1618, dès janvier 1619 Marie de Médicis recommençait à réclamer son retour à Paris ! Ses plaintes reprenaient; elle gémissait « de la misère extrême dans laquelle on la faisoit vivre », comme si elle n'avait pas tous ses revenus à sa disposition '; elle disait qu'elle était tenue indignement, en prisonnière, comme si elle n'avait pas en main la lettre du roi l'autorisant à circuler librement dans le royaume; elle se posait en femme malheureuse : « Je vous dirai, écrivaitelle à la duchesse de Guise, le 1 février 1619, que quand vous m'avez laissée, vous avez emporté tout mon bonheur avec vous! » Et elle ajoutait que cela ne pouvait
nelles : • Marie, par la grâce de Dieu, roine de France et de Navarre, mère du roi, avons fait et faisons au roi notre seigeur et fils, devant Dieu et ses anges, les soumissions, protestations et promesses ci après déclarées... »
1. Nous avons le texte de cette lettre qui est datée du 30 octobre 1618, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert, 97 fol. 79 v".
2. Pontchartrain, Méin., éd. Michaud, p. 403; voir surtout les lettres de novembre et décembre 1618 du nonce, Bentivoglio, Leitcre, t. IIl, p. 85, 103. 116, 140, 148. On jugea que l'idée du voyage à Moulins n'était qu'un caprice.
3. Ibid., p. 170, lettre du nonce du .30 janvier 1619; Lettre de la roine mère à Monsieur le prince de Piémont, Loches, 1619, in-12, p. 4.
pas (Jurer, « qu'elle ne pourrait pas rester plus longtemps sur ce pied-là »\ Que voulait-elle? Plus tard, quand elle se sera enfuie, elle expliquera sa détermination en répétant qu'elle « était veillée et observée comme si elle eut été ennemie de son fils- ». Elle assurera qu'on voulait toujours la resserrer plus étroitement, l'enfermer à Nantes, à Amboise, au château de Madrid, du moins on le lui disait autour d'elle;^ et Louis XIII protestera avec véhémence contre de pareilles allégations : « Que Sa Majesté ait eu dessein, porteront les instructions à M. de Béthune, du 8 mars 1G19, de lui faire (à la reine mère) quelque mauvais traitement, voire même de réserver sa liberté, cela est tellement faux et controuvé si malicieusement, que Sa Majesté ne peut qu'elle ne demeure extrêmement piquée et offensée contre les auteurs de telles impostures; elle n'a jamais eu d'autre intention que d'aimer, honorer et respecter la dite dame^ ». Ce que Marie de Médicis voulait, c'était retrouver la puissance politique perdue, et, sous couleur de prendre sa place dans les conseils du gouvernement, ressaisir la direction du pouvoir dont on l'avait exclue il y avait vingt el un mois !
Elle l'avouera plus tard. Elle écrira à M. de Bellegarde le 2(S février, après sa fuite de Blois : « Le véritable et principal motif qui m'a obligée de me mettre en
1. Lettro de Marie de Médicis à la duchesse de Guise, BiJjl. nat., ms. Clairamlmult 375, fol. 101 r°; Bentivoglio, Lcttere,t. III, p. 197, lettre du 13 février 1619.
2. Lettre de Marie de Médicis à M. de Bellegarde du 28 février 1619, Bibl. nat.. Cinq Cents Colbert 97, fol. 82 r".
3. Dépèctie de Gontarini du 2 avril 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 74.
4. Instructions ix M. de Bélbune du S mars 1619, dans Négociation avec la reine mère, p. 4.
lieu lie sûreté est pour pouvoir informer et faire entendre au roi beaucoup de choses considérables et fort importantes au bien et avantage de ce royaume, lequel est en manifeste péril, s'il n'y est promptement remédié, puisque je le vois à la veille de tomber en de g-rands désordres'; » au roi, elle osera dire le 1"' mars : « Je vous supplie de m'envoyer quelque personne sans reproche et affectionnée au bien de votre Etat à qui je ferai ouverture des moyens que je juge propres pour remettre vos affaires et rétablir votre autorité »"; à Anne d'Autriche, elle mandera le 23 février : « Ayant su le danger éminent où estoit l'autorité du roi et la tranquillité de son royaume, j'ai été contrainte de me retirer en lieu sûr afin de satisfaire à l'obligation que j'ai de le lui faireentendre; » et ci sa fille, la princesse de Piémont, elle répétera : « La forte obligation que j'ai au bien du service du roi m'a forcée de me retirer en lieu sûr pour lui faire entendre le désordre de ses affaires et les ruines qui en arriveront^ ». C'était donc bien pour imposer sa participation à la direction de l'État qu'elle allait s'enfuir! Quevalait dès lors le motif invoqué par Richelieu : « la longue oppression de son honneur et de sa liberté et la raisonnable appréhension de sa vie » ; ou si l'évêque de Luçon était obligé d'avouer que cette fuite était due, « plus que tout autre encore, à la mauvaise conduite des affaires du roi et le péril auquel se trouvoit son État dont elle le vouloit informer, » que signifiait d'ajouter qu'elle pro-
1. Lettre de Marie de Médicis à M. de Bellegarde du 28 février 16J9,. Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 82 r".