Pontchartrain, Mém., éd., Michaud p
afin de lui annoncer la nouvelle : il lui rappelait qu'il l'avait, par deux fois, pressentie, spécifiait qu'il n'agissait qu'avec l'avis motivé de son conseils Le dimanche 20, au matin, Condé, délivré, venait remercier Louis XIII; le roi envoyait Toiras avec une lettre à sa mère pour la mettre au courant des détails : et Marie de Médicis ne disait rien -. Ce qui gâta tout, ce fut une déclaration royale de l'innocence de Condé, vérifiée en Parlement et rendue publique. Cette déclaration, faisant allusion au maréchal d'Ancre, s'expliquait en termes sévères sur le compte de ceux qui dirigeaient l'État au moment où le prince avait été arrêté ^ Marie de Médicis se crut visée ; elle fut blessée; elle éclata en récriminations: étaient-ce là les promesses de respect et de déférence qu'on lui avait faites? Elle ne viendrait certainement pas à Paris : y venir serait perdre sa réputation, s'exposer à être tourmentée avec plus d'opprobre, être même « resserrée ». Elle envoya au roi une vive lettre de protestation*.
L'expression avait-elle trahi la pensée des rédacteurs de la déclaration, ou bien ceux-ci ayant réellement voulu mettre ce qu'ils avaient écrit, Louis XIII n'avait-il pas aperçu le sens de certaines expressions qui pouvaient s'appliquer à sa mère? Il s'éleva contre l'interprétation qui était donnée du document : « Si je me fusse seu-
1. Lettre de Louis XIII ù Marie de Médicis du 17 octobre, loc. cit.
2. Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis, non datée, Bibl. nat.. Cinq Cents Colbert 98, p. 57.
3. Lettres patentes du 26 novembre 1619, Arch. nat., X''' 8649, foL 232 v°, imprimées dans le Recueil de pièces concernant Vliistoire de Louis XIII, Paris, 1716, in-12, t. II, p. 251.
4. Dépèche de Gonlarini des 10 et 24 décembre 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 326, 358. La lettre de protestation de Marie de Médicis est du 7 décembre, Bibl. nat.. Cinq Cents Colbert 98, p. 42 : voir Richelieu, Mcm., t. I, p. 205, 206.
lement imaginé, écrivait-il à Marie de Médicis, qu'il y eut eu quelques termes douteux et capables de porter les esprits les plus subtils à une interprétation qui vous put être préjudiciable, j'eusse plutôt dénié absolument ce que mon dit cousin requéroit de moi, à cet égard, que de le lui accorder en vous laissant quelque sinistre soupçon ainsi qu'il semble que vous ayez reçu. Vous n'êtes nullement intéressée en la dite déclaration'. » Il était sincère. Causant avec l'ambassadeur vénitien Contarini, il lui avouait n'avoir consenti à délivrer Condé que parce qu'il croyait le moment propice en raison de l'état de tranquillité du royaume-. L'impression défavorable était produite : rien ne devait la modifier.
Le 26 novembre, Louis XIII écrivit à sa mère pourla prier de nouveau de se rendre à Paris. Marie de Médicis répondit qu'elle ne pouvait pas venir : elle n'avait pas d'argents On sut qu'elle prenait tout à contre-temps, se formalisait des moindres faits, se plaignait de ce que « ceux qui l'avoient assistée et servie n'avoient point été remis dans les charges dont ils avoient été dépossédés à son sujet. » M. d'Ornano ayant été nommé gouverneur de son second fils Gaston, elle trouva mauvais que cette nomination eut été faite « sans lui en donner aA-is. » Elle réclama sur ce qu'on ne lui avait pas payé ses dettes. Elle prétendit qu'on l'épiait et la surveillait '\ Vers la fin de l'année devait
1. Lettre de Louis XllI à Marie de Médicis, BibL nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 64, 65.
2. Dép. de Contariai du 24 décembre 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1773,. p. 343.