‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 196 sur 345 · Ihid · texte numérisé non relu

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LA PETITE RETNE. 425

Montbazon, M. de Guise, le prince de Joinville. Louis XIII les reçut très mal et leur répondit « qu'il vouloit être obéi ' ». Il ne le fut pas. Les relations de la reine et de madame de Luynes continuèrent comme par le passé. Indigné, le roi écrivit au président Jeannin : « Ayant su que ma sœur de Verneuil et ma cousine la connétable de Luynes sont tous les jours avec la même liberté près de la reine, nonobstant l'éloignement que j'en ai ordonné, et ne désirant pas qu'elle en use de la sorte, j'écris à la reine pour lui faire entendre ma volonté : c'est qu'absolument je ne veux plus qu'elle la voie, que parfois et rarement, comme font les autres dames. A cette fin, vous lui présenterez ma lettre que je vous prie d'accompagner de vos bons et salutaires avis. » - Jeannin parla. Anne lui dit qu'elle désirait contenter le roi, mais qu'elle ne pouvait interdire l'entrée de son appartement à madame de Luynes qui n'était pas révoquée de ses fonctions. Jeannin insista. ^ Anne d'Autriche céda. « La résolution que vous avez prise, lui écrivait Louis XIII, d'effectuer ce qui est de ma volonté me contente bien fort; comme je ne pouvais attendre autre événement, aussi avez-vous occasion de croire qu'il n'y a rien que j'affectionne à l'égal de votre bien, ce que vous reco-

1. Journal d'Arnauld d'Andilly, 1622, Bibl. do l'Arsenal, ms. 5181, fol. 6 vo. « Le roi dit qu'il vouloit parler de cette affaire en son conseil. Enfin le roi dit à Blois qu'il vouloit être obéi, qu'elles (ces dames) sortissent et ([u'il leur permettroit d'aller voir la reine, mais non de coucher au Louvre ».

2. Lettre de Louis XIII au président Jeannin du 15 avril 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 139 v".

3. Lettre de Jeannin au roi par la(iuelle il rend compte de sa mission (18 avril 1622), E. Gharavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis XIII, Paris, 1873, in-8", p. 46.

g-iioistrez toujours de plus en plus par tant de témoignages de ma bonne volonté. » *

Mais c'était un nuage qui avait passé sur leur bonheur! Orgueilleuse et rancunière, Anne d'Autriche avait jugé, nous dit madame de Motteville, qu'étant elle-même hors de tout soupçon, elle n'aurait pas dû être traitée comme elle venait de l'être : « la disgrâce de madame de Luynes, étoit un outrage qu'elle avoit de la peine à supporter. » D'autres qu'elle avaient protesté, la fortifiant ainsi dans ses sentiments. Les suites allaient aggraver cette impression. ^

A quelque temps de là le prince de Joinville, Claude de Lorraine, cinquième fils du duc Henri de Guise le Balafré, déclarait son intention d'épouser madame de Luynes; il demandait au roi son consentement, puis, sans attendre la réponse, épousait la jeune veuve. Ce mariage surprit. Louis XIII, bien que mécontent de la désinvolture du marié et que toute la cour se moquât du couple allant s'installer au château de Lésigny, préparé, semblait-il, à cet effet, par le défunt duc de Luynes, ^ aimait assez Joinville, duc de Chevreuse, qu'il allait nommer grand fauconnier de France, pour que deux mois après il décidât, en considération du nouvel époux,

1. Lettre de Louis Xlll ù Anne d'Autriche d'avril 1022, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 139 r".

2. Madame de Motteville, Mém., éd. Miclinud, p. 23 ; Rcmonlrancc faite au roi par Messieurs les princes contre les perturbateurs du repos de VÉtat, in-12, p. 12.

3. Lettre détaillée et assez caustique de Marillac à Richelieu du 26 avril 1G22, Arch. des AIT. étr., France 775, fol. 145 v"; autre lettre du même du 29 avril [ibid., fol. 148 v"). Nous rappelons que Lésigny avait appartenu à Luynes et lui venait de la succession de Léonora Galigaï. Nous avons le contrat de mariage du duc et de la duchesse de Chevreuse daté du 19 avril, Bibl. nat.,ms. Clairamhault 378, fol. 118-121. Cf. la dépèche de Pesarodu 13 mai 1022, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 173.

de laisser revenir l'ancienne madame de Luynes à la cour'. Mais alors pourquoi avait-il ainsi humilié Anne d'Autriche quelques semaines auparavant? Et la petite reine se demandait si vraiment ce n'était pas elle-même que le roi avait voulu atteindre ! N'avait-il pas éloigné d'auprès d'elle un de ses secrétaires sous le prétexte qu'il était trop lihre avec la souveraine? Ne faisait-il pas surveiller ses entours? - De fait, les dispositions de Louis XIII devenaient de moins en moins favorables. « Le roi est plus mal content que jamais du cabinet de la reine, écrivait Marillac à Richelieu; je ne sache point qu'on y apporte remède. » Quinze jours plus tard, Marillac répétait : « Le roi n'est pas content de la reine ; il ne veut pas ouïr parler de la faire venir près de lui. » ^ Pendant toute cette campagne de 1622, les lettres de Louis XIII à Anne seront des billets secs, sans efTusion, hautains et autoritaires : « Je m'assure, lui dira-t-il, que vous n'aurez autre désir que de me plaire. » ''

Cependant, effet peut-être du temps, de l'éloignement,

1. Ce serait Bassompierre et Puisieux, au dire de Marillac, qui auraient fait revenir madame de Ghevreuse (lettre de Marillac à Richelieu du 3 juillet 1622, Arch. des AIT. étr., France 775, fol. 102 r°). En ce qui concerne la bienveillance du roi à l'égard du duc de Ghevreuse, voir une lettre du prince au duc de Ghaulnes pour le règlement de la succession du connétable de Luynes après le second mariage de la veuve de celui-ci (Bibl. nat., ms, fr. 3722, fol. 130 r"). Les provisions de la charge de grand fauconnier de France en faveur du duc de Ghevreuse sont du 27 mai 1G22 (Arch. des AfT. étr., France 776, fol. 136 r").

2. Dép. de Pesaro du 22 février 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 265.

3. Lettres de Marillac à Richelieu des 29 avril et 17 mai 1622, Arch. des AIT. étr., France 775, fol. 148 v, 167 v°.

4. Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 154 v°, du 4 juillet 1622. Voir aussi la note envoyée de la part du roi au chancelier Brulart de Sillery le 21 juillet : « Le roi veut et entend que la reine vienne à Lyon au plus tôt ainsi et avec les personnes que Sa Majesté a ordonnées; et moins elle y apportera de réplique, plus elle fera plaisir au roi, etc. » (Arch. des Aiï. étr., France 776, fol. 234 r°).

nostalgie des heures de bonheur passées, il se prenait à lui rappeler « ce qu'elle lui avoit promis de son affection » . Il l'entretenait de « l'ennui que vous avez certainement de mon éloignement » ; il lui avouait : « Je souhaite de toute mon affection de vous revoir ». « Je me promets bien cet effet de mon affection qu'elle vous entretient dans un désir continuel d'avoir de mes nouvelles et que vous serez encore bien aise d'en apprendre '. » Parvenu vers la fin de sa campagne et sur le point de rentrer à Paris, il souhaitait revoir la reine et lui demandait de venir au-devant de lui à Lyon : « Le désir que j'ai de vous voir, lui écrivait-il, ne me permet pas de vous laisser davantage éloignée de moi; c'est pourquoi je vous envoie mon cousinle duc d'Uzèspour vous accompagner au voyage et vous rendre la présente qui est pour vous prier de partir incontinent que votre commodité le permettra. » Il lui indiquait les personnes qui devraient l'accompagner : « Cette bonne compagnie me fait croire que le chemin vous durera moins et que s'il vous ennuie ce ne sera que l'impatience que vous aurez de me voir qui me sera toujours fort agréable. » - La paix de Montpellier conclue, il avait hâte de revoir la petite reine : « Je suis plus libre à vous donner des preuves de mon affection, lui écrivait-il; je ressens accroître les désirs de vous voir. Il reste encore quelques affaires, qui m'arrêteront pour un peu de temps : ce sera le moins que je pourrai, ne pouvant vivre plus content que près de

1. Lettres de Louis XIII à Anne d'Autriche de 1022 : BiljL nat., ms. fr., 3722, foL 154 v», 159 v°, 161 v°, 165 v° et suiv.

2. Ibid., fol. 154 r"; lettre de Louis XIII à Anne d'Autriche d'octohre

VOUS. » ^ Et Anne d'Autriche étonnée, craintive, répondait, moitié sincère, moitié par convenance. Alors le désir de revoir sa femme redoublait chez Louis XIII; il lui mandait : « Venez jusqu'à Arles. Ne pouvant vivre davantage si fort éloigné de vous et me trouvant engagé, il faut, pour mon contentement, que vous ayez la peine de venir à Arles : je vous la donne d'autant plus librement que ce sera selon votre désir dont les témoignages que j'ai de votre affection me rendent assuré. » Les circonstances contraignant la reine à attendre à Lyon, il en était contrarié : «Je me souhaite si souvent près de vous, lui mandait-il, que l'éloignement m'est à peine. Mais il faut donner au bien de mes afTaires et repos de mes sujets l'établissement nécessaire -. »

Contradictions inexplicables du cœur humain, pourquoi après cette hâte à la revoir, la retrouvait-il ensuite à Lyon avec indifférence? Les sentiments que Louis XIII avait exprimés dans ses lettres étaient-ils le résultat de l'éloignement? L'impression produite par le contact dissipait-elle chez lui l'affection attendrie éprouvée au loin? ou quelque incident que nous ignorons avait-il fait renaître les antipathies passées? L'entrevue fut froide ^ Les rapports redevinrent cérémonieux et conventionnels, Louis XIII reprenant sa sécheresse autoritaire, Anne d'Autriche se renfermant, hostile et dédaigneuse. Des mesures prises par le souverain attestèrent la méfiance

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