‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 195 sur 345 · Voir plus loin, chap. ix · texte numérisé non relu

Voir plus loin, chap. ix

3. « Elle lui communiquoit (à la reine) autant qu'elle pouvoit son

pour admettre dans l'entourage de la souveraine des gens de conduite douteuse. Les ministres avaient demandé au nonce de faire agir le confesseur auprès d'Anne d'Autriche afin que celui-ci exprimât le désir à la reine de voir éloigner la connétable, madame du Vernet, la princesse de Conti, mademoiselle de Verneuil. L'intervention n'avait pas abouti. ' Sur ces entrefaites, en mars 1622, une fois encore on annonçait que la reine se trouvait dans une situation intéressante : la distribution des charges de la maison du futur dauphin était déjà commencée ^. Le lundi 14 mars, Anne d'Autriche était allé passer la soirée dans l'appartement de la princesse de Conti, au Louvre; elle revenait, après minuit, accompagnée de madame de Luynes, de mademoiselle de Verneuil, suivie de seigneurs et de dames. En traversant la grande salle du palais, au premier étage — la salle Lacaze d'aujourd'hui — les deux amies eurent l'imprudente idée de faire courir la reine en la soutenant par les bras. Anne broncha « au petit relais du haut dais », tomba. Deux jours après « les espérances » étaient évanouies. La cour fut affligée. On cacha le malheur au roi qui était sur le point de partir pour la campagne de 1622, dans le midi, et on ne se décida à le lui apprendre que lorsqu'il était à Orléans ^

humeur galante et enjouée pour faire servir les choses les plus sérieuses et de la plus grande conséquence, de matière à leur gaieté et à leurs plaisanteries » (Madame de Motteville, op. et loc. cit.).

1. Dépêche du nonce Gorsini du 23 février 1622, Arch. nat., L. 397, fol. 353 v°.

2. Dépêches du nonce du 7 mars (ibid., fol. 330 v°), de Pesaro des 5 et 15 mars 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 11), 56).

3. Nous sommes renseignés sur cet acccident par les dépèches du marquis de Mirabel, ambassadeur d'Espagne, à Juan de Ciriga, du 17 mars 1622 (Arcli. nat., K. 1479, n° 21); du nonce Gorsini du 22 mars Arch. nat., L. 397, fol. 392 r"); de l'envoyé florentin du 23 mars (dans Zeller, Bichelieu et les ministres, p. 68) ; par Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4027,

Louis XIII eut une violente colère; cette colère était faite de la déception du mari et du souverain, de son animosité contre des personnes futiles dont on lui faisait tant de rapports défavorables et qui avaient si légèrement compromis de graves intérêts, de sa rancune contre la famille de Luynes. Déjà il avait ordonné à la duchesse, en février, de quitter son appartement du Louvre et d'aller loger dans un endroit du château ])lus retiré. *■ Il était impatienté de l'ascendant pris par la connétable sur la reine, au moment même où l'on jasait plus que jamais de la conduite de la jeune veuve, auprès de laquelle les assiduités du prince de Joinville étaient la fable de la cour. Il décida de chasser madame de Luynes et mademoiselle de Verneuil. Un gentilhomme, M. de la Folaine, fut expédié porteur de trois lettres : les premières à chacune des deux jeunes femmes, l'autre à la reine; ces lettres étaient sèches. ^ « Ayant reconnu, disait Louis XIII à madame de Luynes, qu'il est du bien de mon service de régler à l'avenir la maison de la reine d'autre sorte qu'elle n'a été par le passé , j'ai estimé ne le pouvoir si bien faire qu'en la forme et par

fol. 26 r°, 27 r°), et principalement par Bassompierre {Journal, éd. Ciiantérac, t. III, p. lo). En quittant Paris, Louis XIII, par lettres patentes du 10 mars 1622, avait donné à Anne d'Autriche plein pouvoir de commander à sa place pendant son absence (Arch. des AIT. étr., France 776, fol. 25 r°).

1. Dépêche de Pesaro du 14 février 1G22, Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 242. Il avait été môme question que madame de Luynes abandonnât sa charge de surintendante de la maison de la reine laquelle aurait été rendue à la connétable de Montmorency {ihid., p. 26G, 22 février). La dame d'atour, madame du Vernet, sœur de Luynes, avait été remerciée et renvovéc du Louvre {ibid., p. 265).

2. Dépêches de Corsini du 4 avril 1622, Arch. nat., L. 397, fol. 327 v°; de Pesaro des i" et 6 avril, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 92, 108 (nous avons les documents dont i)arle Pesaro; on peut saisir ici la précision

les moyens que vous dira le sieur de la Folaine. ' » Mademoiselle de Yerneuil était confiée à la duchesse d'Angoulème : « La résolution que j'ai prise, mandait Louis Xlll à la mère de la jeune personne, la marquise de Verneuil, l'ancienne maîtresse d'Henri IV, })our ce qui regarde ma sœur de Verneuil, votre fille, étant sur des considérations qui sont de mon service et de son bien, je désire qu'elle l'efi'ectue de la sorte que je l'ai ordonné. » - Quant à la reine, le billet qui lui était adressé était sans le moindre mot aimable : « Le soin que je dois avoir qu'il y ait bon ordre en votre maison, lui disait le roi, m'a fait résoudre d'y apporter du changement qui ne sera que pour un plus grand bien comme vous recognoistrez par le temps. J'envoie la Folaine vous faire entendre sur cela ma volonté, laquelle je vous prie d'efTectuer au plus tôt et de vous rendre aussi prompte à me donner le contentement que j'en attends que je vous crois disposée à me faire recevoir tout celui que je me suis promis de vous '. »

La décision rigoureuse prise et surtout la forme dépourvue de grâce produisirent sur la reine une impres-

des renseignements de cet ambassadeur); Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 16; Fontenay-Mareuil, Méin., éd. Michaud, p. 106; Caquets de ruccoucli.ee, éd. Fournier, p. 149.

1. Lettre de Louis XIII à madame de Luvnes du 23 mars 1622, Bibi. nat., ms. fr. 3722, fol. 137 r".

2. Celle lettre était une réponse à une protestation un peu liaulaine de la marquise de Verneuil (ibid., fol. 93 v°). Nous avons la lettre par laquelle Louis XIII confie sa sœur à la duchesse d'Angoulème (fol. 92 v°); mademoiselle de Yerneuil assura le roi de son obéissance et de ses bonnes dispositions et le roi lui répondit (fol. 93 v°). Le 8 avril Louis Xlll lui disait que sa bienveillance à son égard demeurait la même (ibid.).

3. Lettre de Louis XIII à Anne d'Autriche du 25 mars 1G22, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 130 v".

sien des plus pénibles. Anne se considéra comme offensée. Elle montra une extrême affliction. Elle dépêcha M. de Putange au roi avec une lettre protestant contre la mesure imposée, disant que sa maison était tenue comme il le fallait, sinon que le prince devait lui dire les fautes commises afin qu'elle prît d'elle-même les résolutions nécessaires; ajoutant que madame de Luynes était surintendante, qu'elle ne pouvait s'abstenir de venir remplir son office, qu'il était impossible de lui interdire l'entrée du Louvre ni l'accès près de sa maîtresse. Anne demandait une prompte réponse. Puis elle chargea M. de Bonneuil d'aller expliquer toutes ses raisons au roi '. « Ayant désiré une prompte réponse à la lettre que Putange m'a donnée de votre part, lui répondit Louis XIII, je vous la fais aussitôt qu'il arrive près de moi. Je n'ai point entendu, ordonnant autre demeure que celle du Louvre à ma sœur de Verneuil et à ma cousine la connétable de Luynes, leur en interdire absolument l'entrée ni vous ôter la liberté de les voir. Mais il est du bien de mon service et du vôtre que les choses se passent comme j'ai commandé à la Folaine de vous le faire entendre de ma part -. » Il ajoutait le lendemain : « J'ai entendu tout ce que vous avez donné charge à Bonneuil de me dire. La résolution que j'ai prise ayant été avec bonne considération arrêtée, je n'y puis rien changera » Madame de Luynes envoya M. de

1. Dépêche de Pesaro du 1" avril 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 92.

2. Lettres de Louis XIII à Anne d'Autriche du 27 mars, « jour de Pâques .., et du 12 avril 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 137 v" et

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