‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 231 sur 345 · S. Dupleix, Hist. de Louis le Juste, 1643, in-fol., p · texte numérisé non relu

S. Dupleix, Hist. de Louis le Juste, 1643, in-fol., p

mosité à des jalousies indig-nes : « Vous êtes haï universellement », disait le duc de Rohan au favori, « parce que vous possédez seul ce que chacun désire^ ». Mais, tout en défendant M. de Luynes, ses amis lui donnaient des conseils prudents de réserve et de modération. « Rendez-vous digne de votre bonheur », lui disait-on, « et ne donnez point sujet, par vos déportements, à Dieu de vous abandonner et au roi de se servir contre vousmême des conseils qu'ils a reçus pour rabattre l'insolence du maréchal d'Ancre. » « On vous a donné avis de ne vous mêler que le moins que vous pourriez des affaires de l'État et de faire couler votre fortune doucement : ce conseil doit être suivi-. » Ces conseils, M. de Luynes ne les a pas suivis. Il a été grisé par sa grandeur. Comment cet homme timide a-t-il pu prendre une telle hardiesse et quel est celui qui lui a appris à exploiter sa faveur? C'est Déageant.

Devenu, après la mort de Concini, le point de mire des courtisans, M. de Luynes, un peu troublé, chercha près de lui des conseillers pour l'aider dans son nouveau rôle. Les anciens membres du petit conseil qui, autour du roi, avaient préparé la chute du maréchal d'Ancre étaient tout indiqués : Déageant, Modène, Marsillac, Tronson. Tronson fut écarté, on ne sait pourquoi, et remplacé occasionnellement par le colonel des Corses d'Ornano^ Ce fut cette « camarilla » qui mena M. de

1. Mém., de Rohan, éd. de 1756, in-i2, t. I, p. 150; Cérémonies observées à la réception de Monsieur de Luynes en qualité de duc et pair, Paris, 1619, in-12, p. 5.

2. Discours à M. de Luynes par le sieur Dryon, gentilhomme, serviteur du roi, Paris, 1617, in-12, p. 18, 58, 59.

3. Extrait des raisons et plaintes que la royne mère du roy fait au roy son fils, Paris, 1619, in-12, p. S.Marie de Médicis y dénonce nommément chacun d'eux.

Luynes. Le public de la cour fut assez vite informé ' ; il appela le petit groupe « le cabinet », les « favoris », « ceux de la faveur », « Messieurs de la faveur ». Richelieu dira : « Eux-! » De tous, Déageant était le mieux doué.

C'était vraiment un homme actif et intelligent, ferme, à l'esprit politique'. Il se lia étroitement avec M. de Luynes, fut son ami, son confident, et il eut, par suite, l'oreille du roi. Peu à peu on devina qu'il était Valter ego pensant du favori. Toutes les fois qu'on eut à entretenir M. de Luynes, on ne manqua pas d'aller le trouver. L'expression « parler à Luynes et à Déageant » fut la formule consacrée \ S'il ne couchait pas au Louvre, — le protocole le lui interdisait, — Déageant y passait ses journées entières et n'en sortait qu'à minuits

Son influence occulte fut considérable. Il se trouva mêlé indirectement « au maniement des principales affaires » ; il fut du Conseil du roi, où sa parole eut du poids; il prit les occasions d'écrire aux ministres, de la part du roi, attribution grave M « J'ai vu M. Déageant »,

1. Voir Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 120; Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 512; Bentivoglio, Lettere, 1865, t. II, p. 127.

2. Ibid., p. 236; G. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 201 ; Richelieu, iléni., éd. Michaud, t. I, p, 191, 205 et 245; N. Pasquier, Lettres, Paris, 1623, iQ-8°, p. 734.

3. Dépêche de Gontarini du 9 janvier 1619, Bibl. nat., ms. ilal. 1772, p. 274; Bentivoglio, Lettere, 1865, t. II, p. 185. Voir ses lettres à Pontchartrain, par exemple : Bibl. nat., ms. Glairambault 377, fol, 112 v°.

4. Les témoignages pour ces détails abondent : dépêches de l'ambassadeur vénitien Gontarini (Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 40, 122, 130); Bentivoglio, Lettere, 1865, t. II, p. 114, 286, 347, :i83, 410; t. III, 1867, p. 11, 56. Cf. Mém. de Déageant, éd. de 1668, p. 3, 78, 79, 82, 91-95, 98, 138, 189; voir aussi Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 129 r".

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