‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 264 sur 345 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. Récit écrit par Marillac à Richelieu d'une audience qu'il a de Louis XIII, dans une lettre du 29 décembre 1621 (Arch. des Affaires étrangères, France 773, fol. 83 r°). Cf. lesA/em. de Richelieu (éd.Michaud, t. I, p. 237), qui écrit avec cette lettre sous les yeux.

5. C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 300. L'entourage ne s'est pas trompé.

6. Ù'après le Journal d'Héroard. Dans la seconde quinzaine d'août 1621, nous relevons du 15 au 22, en sept jours, dix-huit visites faites au connétable par le roi et consignées par le médecin (Bibl. nat., ms. fr. 4026

exerçât sur sa personne comme une fascination étrange, fatale, qui le paralysait. Etait-ce effet de l'habitude, puisqu'il y avait tant d'années qu'ils ne s'étaient quittés? Etait-ce un attrait mystérieux, puissant, tout physique, dû à la nature enveloppante de Luynes? Il y a lieu de le croire, car Luynes mort, le sortilèg-e fut rompu et Louis XIII exulta comme s'il était délivré !

De Toulouse, le roi, accompagné du connétable, était revenu du côté de Tonneins avec des troupes, pour assiéger la petite place de Monheurt, sur la Garonne, qui s'était révoltée. Le 29 novembre, il avait établi ses quartiers à Longuetille, à quelque distance. Le temps était détestable '. Le 2 décembre, il avait fait « un grand vent si violent qu'il étoit prodigieux », accompagné d'une pluie abondante et glacée. Dans la nuit, à deux heures du matin, M. de Luynes, qui avait pris froid et était enrhumé, se sentit malade : il claqua la fièvre. Louis XIII vint le voir au jour et revint le soir après dîner. On pensa que l'indisposition ne serait rien. Le samedi, le dimanche et le lundi, Louis XIII revint quotidiennement prendre deux fois des nouvelles. Le mardi, au matin, une éruption se déclara : c'était la fièvre pourpre, — scarlatine ou rou-

fol. 481 v" et suiv.). Dans la dernière semaine d'octobre, fin du siège de Montauban, quinze jours avant la mort de Luynes, il y a huit visites indiquées (fol. 504 r" et suiv.). Héroard ne marque pas comme visites les occasions dans lesquelles Louis XIII se retrouve avec le connétable, telles que conseils, inspections des travaux du siège; il ne mentionne que les déplacements du roi allant de son logis à celui de son favori pour le voir.

1. Nous allons suivre pour ces détails le « Journal » d'Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 521 r" et suiv.). Peiresc donne un récit circonstancié de la fin de Luynes dans une lettre datée de Bordeaux du IG décembre 1621 (Bibl. de Garpenlras, ras. 1864, fol. 48 r").

geôle*. — Les médecins interdirent à Louis XIII d'approcher du malade; il ne devait plus le revoir. Luynes, qui était extrêmement déprimé, se considéra comme perdu. Le 8, il demandait un confesseur : on lui fit venir le recteur des Jésuites d'Agen. Il se confessa et communia; il écrivit au roi, lui recommandant ses enfants et sa famille ; par crainte de la contagion, on ne donna pas les lettres à Louis XIII : on les lui lut. Louis XIII répondit en cherchant à rassurer Luynes, à le consoler, lui disant qu'il aimerait les siens comme lui^ Le 14, l'éruption rentra ; le malade était condamné*. Louis XIII manifesta une vive peine. Il ne savait que faire « pour tromper le déplaisir qu'il avoit de la maladie de M. le connétable », écrit Héroard \ Il se réveilla le lendemain matin, à cinq heures, « triste, affligé, pour l'extrémité de la maladie où estoit M. le connétable ». On le décida à quitter Longuetille. Il monta à cheval à dix heures et partit : à deux heures de l'après-midi, Luynes était mort ^ ! On embauma le corps afin de le transporter à Blaye, de là à Tours et à Amboise, oii il devait être enterré.

1. Il y avait une épidémie de flèvre pourpre qui durait depuis des semaines (Arnauld d'Andilly, Mém., éd. Michaud, p. 435). Bassompierie fut atteint de cette affection en même temps que Luynes (Journal, t. Il, p. 394) et s'en tira.

2. Dépèche de l'envoyé florentin Gondi du 18 décembre 1621, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 353.

3. « Le petecchie si sono ristrette ail' intorno » (dépèche de Pesaro du 16 décembre 1621, Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 174). On reprocha au médecin Ranchin, qui soignait Luynes, de ne l'avoir point fait saigner (Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 164).

4. Héroard (^Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 527 r°, mardi 14 décembre).

5. Ibid., fol. 527 v"; Arnauld d'Andilly, Journal de 1621, éd. Halphen, p. 104. Puisieux écrivait, ce même 15 décembre, à M. de Gésy : « M. le connétable eut de grandes convulsions qui firent désespérer de sa santé et, depuis, Dieu en a disposé, dont le roi témoigne beaucoup de déplaisir. » {Bibl. nat., ms. fr. 16 156, fol. 213 r°).

Ce furent quelques domestiques qui remportèrent, sans autre suite. Sur la route, le cercueil fut l'objet du mépris public; à Bordeaux, personne ne voulut l'accueillir; cependant à Tours eurent lieu de solennelles funérailles ^ A peine Luynes fut-il disparu qu'une transformation immédiate se produisit dans Louis XIII : il allait être son maître ! « Dès le commencement de la maladie du connétable », écrivait-il de Damazan à Marie deMédicis, le soir même de la mort de Luynes, ce appréhendant ce qui est advenu, j'ai pris le soin entier des affaires dont je me décharg-eai en partie sur lui. Je veux continuer ce même soin et ne rien oublier de ce que je dois comme roi à ce que mes peuples doivent attendre de moi »". Monheurt venait de tomber entre ses mains : c'était un succès personnel; il en était très fier; il fut très fier de se sentir libéré. « Vraiment », disait il à l'ambassadeur vénitien, « j'ai éprouvé de la douleur de cette mort, mais j'ai résolu de ni'occuper de mes affaires, vous voyez que les choses vont bien : en trois jours, j'ai fait rendre Monheurt! » Et chacun remarquait chez lui, on ne savait quelle allégresse, quelle joie profonde, comme s'il avait secoué un joug et retrouvé son indépendance ^ Il fît

1. Sur les funérailles, voir Mercure français, 1621, p. 930. L'abandon du corps de Luynes après sa mort, est attesté par les témoignages de Fontenay-Mareuil {Mém., éd. Michaud, p. 164), Beauvais-Nangis [Mém., éd. Monmerqué, t. II, p. 107, 108), le comte de Souvigny (Mém., éd. de Contenson, t. 1, p. 81), Pesaro (dépèche du 24 décembre 1621, Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 194). La plupart de ces témoins content le trait des laquais jouant au piquet sur le cercueil. Pour l'épitaphe de M. de Luynes, voir Bibl. de l'Arsenal, ms. 6040, fol. 11.

2. Lettre de Louis Xlll à Marie de Médicis du la décembre 1621 (Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 205 r").

3. Dépêche de i'esaro du 17 décembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 175) : -' Moslrava di goder di esser in liberta, di parlare et ordinare moite cose et c'e concetto che non habbi da pesare alla Maesta sua la

informer tous les officiers du royaume que, le connétable étant mort, il avait pris en main la direction de ses affaires militaires*. Il écrivait à Anne d'Autriche combien il était maintenant absorbé : il tenait les sceaux lui-même. De Luynes, il ne parlait plus-. Tous ceux qui le virent, peu après la mort du connétable, furent convaincus que cette mort l'avait laissé indifférent'. Lorsque les ministres étrangers vinrent lui faire des compliments de condoléances , ils constatèrent que Louis XIII répondait quelques mots brefs, puis parlait d'autre chose''. «Le prince », concluait l'envoyé florentin, « ne prend pas bien à cœur les accidents qui lui arrivent-M » Le roi écrivit de divers côtés pour annoncer la disparition de Luynes. Sa lettre à Marie de Médicis était froide : « Vous apprendrez ici une mort assez subite de mon cousin le connétable », disait-il, « et vous jugerez aisément de l'ennui que je reçois sans que je vous le représente. L'afTection que j'ai vers vous, plus forte que tous autres ressentiments, ne souffre pas que mon esprit demeure davantage en ces tristes pensées; » et il parlait ensuite à sa mère du regret qu'il avait d'être éloigné d'elle, de son intention de retourner à Paris : il ne

perdita.., etc. » Et, le 24 décembre (p. 192) : « 11 re, di questo caso (la mort do Luynes) niente e contristato, anzi allegrissimo : pare di havers scosso dai giogo, di esser fuori di tulella, senza governatoie, in liberla! »

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