Bassompierre, Journal, t. II, p
plaisir de me venger d'elle et de faire déplaisir à lui » ; puis, là-dessus, s'épanchant, « il me disoit encore plusieurs choses contre Luynes et entre autres que, devant qu'il fût six mois, il lui feroit bien rendre gorge de tant de choses qu'il lui avoit prises» ' ! Le dégoût devenait de la haine. Louis XIII ne se gênait plus devant Bassompierre : « Toutes les fois qu'il me pouvoit parler en particulier, il me lémoignoit les plus violents ressentiments. » Il appelait le connétable : « Le roi Luynes » ^. Devant Puisieux, « ildéchiroit M. le connétable et disoit tout ce qu'il avoit en sa fantaisie ulcérée ». « Les ombrages du roi croissoient à toute heure ^ » Plus tard, Louis XIII avouera à Marillac « que sa patience estoit sur le point de lui échapper* ». Il n'y avait plus de doute : la disgrâce était imminente; elle allait faire sentir au connétable « un coup de débris qui n'eut su arriver même qu'avec une impétuosité qui eût apporté quelque préjudice au public » ».
Et cependant, humaine contradiction du cœur, cet homme que le roi méprisait, qu'il haïssait, il l'aimait toujours. Il continuait à ne pas pouvoir se passer de lui; il allait le voir constamment, dînant avec lui, ne le quittant pas ^ Il semblait que la présence du favori