‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 268 sur 345 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Richelieu à Blois en 1617; le rôle équivoque qu'il joue; mauvaise impression de Louis XIII. — Départ de Richelieu pour Coussay : Louis XIII le prie d'y rester; manœuvres de Richelieu pour se faire rappeler; Louis Xlli exile Richelieu àLu(;on, 26 octobre 1617. —Richelieu reste en correspondance avec Marie de Mcdicis et la conseille : Louis XIII exile Richelieu à Avignon, 7 avril 1618. — Fuite de Marie de Médicis de Blois : Richelieu fait convaincre Louis XIII qu'il peut seul arranger les affaires : on le laisse aller à Angoulème : traité d'Angoulème, 1619.

— Richelieu ne peut décider Marie de Médicis à se rapprocher du roi : débordé, il suit le courant: la révolte de 1620; Richelieu négocie le traité d'Angers et fait poser comme condition que le cardinalat sera demandé pour lui : Louis XIII cède à contre-cœur; instances pressantes de Richelieu et de Marie de Médicis pour ce cardinalat qui est refusé par Rome, 1621. — Richelieu conduit Marie de Médicis dans sa lente et patiente campagne auprès de Louis XIII. Marie de Médicis admise au conseil; Richelieu enfin cardinal, 1622. — Il s'offre et se fait offrir au roi pour ministre : refus de Louis XIII; manœuvres; résistances du roi; Marie de Médicis et la Vieuville parviennent à décider Louis XIII.

— Richelieu admis au conseil, 29 avril 1624, mais dans une situation secondaire.

Tombé du pouvoir en 1617 avec le maréchal d'Ancre, menacé, inquiété, Richelieu, nous l'avons vu, n'avaif, pas eu de meilleur parti à prendre que de suivre la reine mère exilée. Au milieu d'une cour hostile, la princesse déchue était la seule qui lui manifestât quelque sympathie : elle demeurait mère du roi, elle reprendrait sa place ; le retour se ferait avec elle et, par

l'ascension de RICHELIEU. 575

elle, se retrouveraient les honneurs perdus : « En France, estimait Richelieu, le meilleur qu'on puisse avoir est la patience, d'autant que nous sommes si légers qu'ils est impossible que les établissements que nous faisons soient de durée* ».

Il avait accompagné Marie de Médicis à Blois : il avait fait transporter ses meubles dans sa nouvelle résidence comme pour bien indiquer ses intentions délinitives". Quelle était la raison de son succès auprès de l'ancienne régente? Il le devait à ses manières d'extrême obéissance et de respect; à ses formes de soumission et d'attachement; à une affectation d'avoir l'air de ne suivre que les volontés de la souveraine; puis à cette intelligence admirable de lucidité et de perspicacité qui faisait que sur toute affaire grande ou petite, il voyait du premier instant les difficultés, les énumérait, indiquait ce qu'il fallait résoudre, et conseillait merveilleusement. Marie de Médicis s'attacha à Richelieu. Personnage entier, complexe et ardent, Richelieu, s'il a suscité dans sa vie des haines vivaces, a provoqué des dévouements passionnés''. Marie de Médicis lui a témoigné, à cette date, un de ces dévouements. Elle signait les lettres qu'elle lui adressait : « Votre bien

1. Richelieu, Méin., éd. Michaud, t. I, p. 239. Richelieu ajoutait : « En l'assiette où je me vois, je n'ai autre support que celui de la bonne volonté de la reine qui n'a autre puissance que celle de sa qualité )>. (Ibid.)

2. 11 les fera retirer le 2 novembre 1617 lorsque Louis XIII l'aura invité à regagner son diocèse : Bibl. nat., ms. Glairambault 372, fol. 280 r".

3. Richelieu « avoit de véritables amis et des créatures qui ne lui eussent jamais manqué ». Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. II, p. 40. Le P. Joseph écrivait à des Capucins : « tenez pour vrai que le bon personnage duquel vous me parlez (Richelieu) est in visceribus meis ad convivenduin et coininorienduin » (Bibl. Mazarine, ms. 2301, p. 1047).

bonne amie, Marie' ». Mieux que le maréchal d'Ancre, Richelieuétaitvéritablement,suivantlemotdemadamede Motteville, « son favori* ». 11 y a lieu d'écarter la moindre arrière-pensée de relations suspectes. Marie de Médicis, âgée de près de cinquante ans, était forte, blanchissante, laide; d'un tempérament très froid, elle n'avait jamais -donné prise à la malignité publique. De son côté, maigre -et sec, tout en intellig*ence, incapable d'un sentiment •quelconque autre que l'ambition, Richelieu, n'avait pas <:e qu'il fallait pour jouer le rôle qu'on pourrait supposer. En tout cas il n'existe pas de témoignage authentique autorisant même un soupçon '.

Par brevet daté du 19 mai ICI"; Marie de Médicis avait nommé Richelieu « chef de son conseil et de ses -affaires, pour tenir et avoir la garde de son scel* ». L'évêque allait être son homme d'affaires. Il avait commencé, lorsqu'elle était partie de Paris, par lui avancer 2o 000 francs, afin d'acquitter quelques dettes criardes ^ Il s'occupera de ses intérêts, fera rentrer ses fonds. Mais étant donné les conditions dans lesquelles il avait demandé et obtenu de Louis XIII l'autorisation de suivre

1. Par exemple, dans une lettre de 1617, Arch. des Aiï. étrang., France 771, fol. 315 t».

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