‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 267 sur 345 · Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 132 r · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 132 r

3. Ibid., fol. 132 r". Ces deux lettres ont été publiées par Chantérae dans son édition du Journal de Bassompierre (t. II, p. 430-431).

4. Lettre du marquis de Mirabel à Juan de Cirica du 18 décembre 1621 (Arch. nat., K 1478, n" 165).

5. Dépèche de l'envoyé florentin du 23 décembre 162î, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 354. II y eut des feux de joie et un Te Deum chanté pour la prise de Monheurt à Notre-Dame. La foule fut considérable et pleine de joie, comme s'il s'agissait de célébrer la mort de Luynes. Cf. Herbert de Cherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 165: Casteinaut, Méin. (dans Mém. du duc de La Force, éd, La Grange, t. IV, p. 318).

publiques', preuve de plus que le connétable n'avait pas, dans la direction du gouvernement, l'inûuence que l'on s'imaginait.

Mais, à l'indifTérence première, à la satisfaction d'être libre allait succéder progressivement chez Louis XIII une réaction faite de colère et d'humiliation. Comment avait-il pu ainsi être le jouet d'une créature à ce point médiocre! Comment sa dignité royale avait-elle été de la sorte diminuée par une telle influence tyrannique l On constata que s'il manifestait chaque jour davantage sa joie d'être délivré de M. de Luynes, il écoutait maintenant avec un amer plaisir toutes les plaintes infinies qu'on s'empressait de venir lui faire du connétable-. Il répondait en blâmant M. de Luynes, en le condamnant ^. Il s'exprimait sur le compte du disparu en termes d'une sévérité extrême, comme cette fois oii dans un moment d'irritation, il s'échappa à dire au nonce que le connétable n'avait été qu'une « grosse bête »M II déclara à tout le monde et répéta du matin au soir que c'était fini,, qu'il n'aurait jamais plus de favori, jamais de connétable. Il voulut même que sa décision fut notifiée officiellement aux principaux officiers du royaume^ Sarancune n'allait pas s'arrêter là.

1. Dépêche du 24 décembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 192).

2. « La maesta sua si riconosce sempre piu libero et piu contento délia morte del contestabile, corne tutti, palesemente, giubiiano. » ■< Ascoltando volontieri il re, cou orecchie molto aperte, le querelle copiose che si formano dalle voci d'infiniti contre il contestabile >■ (dépêches de Pesaro des 19 et 29 janvier 1622, Ibid., p. 210, 214).

3. « Blâmant les procédés du mort » (lettre de Marillac à Richelieu du 29 décembre 1621, Arch. des Afî. étrang., France 775, fol. 83 v").

4. « Un grande beslia! » (dépêche du nonce Corsini du 10 janvier 1622, Arch. nat., L 397, fol. .348 v").

5. Ibid.; dépêches des ambassadeurs vénitiens des 24 décembre 1621

Sur quelques soupçons qui lui vinrent, il commanda à l'homme d'affaires de M, de Luynes, Contades, par un billet écrit de sa main, de faire l'inventaire exact des biens du connétable et de le lui soumettre '. L'inventaire dressé, on reconnut que M. de Luynes détenait des joyaux de la couronne, des bijoux ayant appartenus à Marie de Médicis, ce que le roi ignorait. On constata également des choses troubles, « préjudiciables au service du roi » -. Pour tirer l'affaire au clair, Louis XIll ordonna qu'on mit en état d'arrestation le secrétaire de Luynes, Monsigot, et qu'on procédât à une enquête. Après plusieurs interrogatoires, le commissaire enquêteur vint expliquer au roi qu'il n'y avait pas moyen de continuer sans atteindre gravement la mémoire du connétable : Louis XIII répliqua : « Faites votre devoir et que la justice suive son cours ». Le public parlait de vols commis au détriment de l'administration de l'armée et disait que Monsigot y laisserait sa tête. Le bruit courut que l'érection du duché-pairie de Luynes allait être rapportée. Monsigot fut déféré au Parlement. Mais les magistrats parvinrent à faire comprendre au roi ulcéré le scandale que provoquerait cette remise en question de la faveur de M. de Luynes. Le procès du connétable fut

et 13 janvier 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 194, 281); Richelieu, Méin., t. 1, p. 257; dépèche de Mirahel au roi d'Espagne du 23 décembre 1621 (Arch. nat., K 1478, n° 167).

1. Dépèche de Pesaro du 24 décembre 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 193). Contades était l'homme de confiance qui, par procuration, traitait des aiïaires du connétable de son vivant (Arch. nat., E 66", fol. 181 r").

2. « Il re, nel ri%eder l'inventario, ho nolato, sopra le gioie, che moite perle, in particolare, sono délia madré et délia corona et ha mostrato di non haver, per il passato, sapulo quest' assorbimento. » Il retrouve aussi '< moite cose pregiudiciali al servilio del re » (dépêche de Pesaro du 19 janvier 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 211).

arrêté; une intervention de Gondo sauva la vie de Monsig-ot, qui, maintenu en prison, fut relâché un an après \

La famille éprouva les effets de la rancœur et de la colère du roi. Puisqu'il l'avait promis, le prince ne ferait pas moins que de passer au fils du connétable les charges et les dignités du père, sauf la connétablie. Mais Louis XIII traita froidement madame de Luynes -. Rentrant à Paris, à la suite de la campagne dans laquelle était mort le favori, il n'alla pas la voir. Il la fit prier de bien vouloir quitter le Louvre. N'osant pas la révoquer de sa charge de surintendante de la maison de la reine et, cette charge comportant, pour la titulaire, un appartement dans le palais du roi, il se borna à attribuer à madame de Luynes un logement écarté et petite Les frères du connétable et sa sœur, madame du Vernet, habitaient aussi au Louvre : on les invita à s'en aller. Ils s'exécutèrent. Leur temps était passé. On remarqua qu'ils se dissimulaient dans la foule des courtisans. Après la rentrée du roi au Louvre, ils cherchèrent deux fois à aller présenter leurs hommages à la reine mère; ils n'obtinrent ni un mot ni un regard. Les ministres eussent

1. On trouve tous les détails de cet incident dans les dépêches de l'ambassadeur vénitien des 14 février {Ibid., p. 243), 22 février (p. 265), 1" mars 1622 (1778, p. 13-14), 14 janvier 1623 (1779, p. 125). 11 est fait allusion au procès de Monsigot dans les libelles du temps; ainsi, dans les Caquets de l'accouchée, éd. Fournier, p. 146 et loi; le De profundis sur la mort de Luynes, dans le Recueil des pièces les plus curieuses qui ont été faites pendant le règne du connétable de Luynes, 1632, in-12, p. 417; voir aussi p. 415 et le Passe-partout des favoris, même recueil, p. 156.

2. On publia la lettre de condoléances, qu'il lui écrivit : Lettre consolatoire du roi à Madame la connestable, 1622, in-12.

3. Dépêche de l'envoyé florentin du 29 janvier 1622, dans Zeller, Richelieu et les ministres de Louis XIII de 1621 à 162U, p. 14.

voulu qu'on les chassât de la cour. Louis XIII préféra y mettre quelque forme'.

Peu à peu, les affaires devaient absorber Louis XllI, constituant un dérivatif aux regrets du passé. Le jeune roi s'était mis au travail avec ardeur-; les ministres l'encourageaient'*; le public applaudissait. « Le roi fait merveille de travailler », écrivait-on à Richelieu; « rien ne se propose, ne se résout, ni s'expédie qu'en sa présence et par son commandement^ ». « Il n'est pas croyable », mandait Puisieux à Sillery, « combien l'amour et la révérence du peuple sont augmentés depuis que le roi a pris en main la conduite et la direction principale de ses affaires ^ ». De toutes les personnes qui félicitaient Louis XIII, nulle n'était plus empressée que Marie de Médicis : « Vous avez, vous-mêmes, pris en main les rênes de votre État, écrivait- elle à son fils, et avez agi si puissamment dans votre armée et dans votre

1. Il se borna, à la fin de janvier 1622, à défendre aux deux frères Luynes de iie plus paraître au conseil. A ce moment, la presse et l'opinion se déchaînaient contre la mémoire du connétable, et ceux qu'on appelait <■ ses restes » étaient accablés d'injures et de violences. « Journal » d'Arnauld d'Andilly de 1622 (Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 1 v°); dépêche de Marillac à Richelieu du 29 décembre 1621 (Arch. des Affaires étrangères, France 775, fol. 85 r°); dépèches de Pesaro de* 19 et 29 janvier 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 211, 214, 215). Voir le Caquet des poissonnières, 1623 (dans E. Fournier, Variétés bist. et litt., t. II, p. 143).

2. Lettre de Schomberg à Richelieu du 15 décembre 1621, dans AveneU t. VII, p. 490; lettre de Marillac au même (Ibid.); dépêche du nonce Corsini du 10 janvier 1022, Arch. nat., L 397, fol. 348 \°; lettre de Louis XllI à Lesdiguières de février 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 294).

3. Mémoire de Jeannin au roi dans ce sens, de février 1622, dans Négociations de Jeannin, éd. Michaud, p. 702.

4. Lettres de décembre 1621 et du 17 janvier 1622 (.\rch. des Affaires étrangères, France 775, foi. 118 r°, 244 r°).

5. Lettres des 10 et 19 janvier 1622 (Arch. des Affaires étrangères,. France 776, fol. 3 r°, 6 r").

Conseil que le bruit s'en répand partout à votre gloire ' ». Mais en envoyant, en même temps, Marillac, pour demeurer en permanence près de Louis XIII, et surveiller des intérêts encore obscurs, elle ajoutait : « Sachez vous servir utilement des bons et salutaires conseils de ceux qui affectionnent véritablement votre bien^ ». Elle s'offrait, ou plutôt, derrière elle et par elle, à la place de M. de Luynes, s'offrait Richelieu !

Page 1