Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p
4. Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 1.38. Pour les frais de son séjour, Richelieu, gêné à ce moment, aurait été aidé par M. Mulot, cha-
au gouvernement, le 21 août, un moine indicateur envoyé à Avignon afin d'observer l'évêque, que M. de Luçon, messieurs de Richelieu, son frère et du Pont, son beau-frère, sont en cette ville logés sous le même toit et souvent visités par personnes de diverses conditions; mais ils se tiennent avec une grande retenue, ayant la plupart de telles visites suspectes, à raison, dit M. de Luçon, que le roi les fait veiller et garder de toutes parts. Ceux qu'ils voient plus confîdemment et avec lesquels ils traitent en secret sont deux maisons de religieux auxquelles ils vont souvent de bon matin et n'en sortent que bien tard. Je me suis informé si M. de Richelieu étoit sorti de cette ville pour quelque temps, mais n'en ai rien su apprendre de certain. J'ai, pour l'avenir, personnes qui y prendront soin' ».
Les mois se passèrent; l'automne vint, puis l'hiver. Combien de temps allait durer cet exil? En décembre, M. de Richelieu, le frère, perdit sa femme : il écrivit au roi : « en considération du dernier malheur qui lui étoit arrivé », il sollicitait l'autorisation d'aller passer huit jours à Paris afin d'arranger la succession : on avait mis les scellés; il était question d'inventaire et de saisie; sa présence était nécessaire'. M. du Pont de Courlay implo-
noine de la Sainte-Chapelle de Paris. « Lorsqu'il (Richelieu) fut rélégué à Avignon, Mulot vendit tout ce qu'il avoit et lui porta trois ou quatre mille écus dont il avoit fort grand besoin. « Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. II, p. 45.
1. Lettre datée d'Avignon, 21 août 1618, Bibl. nat., ms. Clairambault 374, fol. 253 T°. L'emplacement de la signature a été intentionnellement déchiré. D'après le texte, le correspondant est bien un religieux. Il restera à Avignon jusqu'à la lin de septembre. Nous avons une autre lettre de lui du 27 août 1618 {Ibid., fol. 261 r").
2. Lettres de M. de Richelieu au roi datées d'Avignon, des 15 et 18 décembre 1618, Bibl. nat., ms. Clairambault 375, fol. 121 1", 125 r". Madame
rait la même permission *. Louis XIII autorisa : « Je vous permets bien volontiers », répondit-il aux deux gentilshommes; il se fiait à leur fidélité'. Alors l'évêque de Luçon écrivit aussi le 20 décembre pour demander d'accompagner son frère et son beau-frère : « Je ne doute pas, Sire, disait-il, que Votre Majesté ne m'accorde ma très humble requête. » On le garderait et surveillerait, s'il le fallait; il avait à travailler; il voulait composer certain livre contre les protestants : « Ne désirant autre contentement, outre celui d'obéir à vos commandements, qu'être parmi des livres pour faire une réplique à la réponse que quelques ministres de la religion prétendue réformée ont faite au livre que j'eus l'honneur de dédier à Votre Majesté l'année passée. » Louis XIII refusa 3. Les deux frères partis, la vie fut plus triste à Avignon. N'y aurait-il donc aucun moyen de mettre un terme à cette disgrâce? Une circonstance ne se présenterait-elle pas qui put permettre d'agir, de sortir de cet exil désespérant, de se rapprocher? Cette circonstance n'allait pas tarder à se produire : ce devait être la fuite de Blois.
de Richelieu était morte le 15 octobre, au château de Richelieu, de suites de couches; l'enfant nouveau-né était mort au début de décembre. Cf. Bonneau-Avenant, la Duchesse d'Aiguillon, Paris, 1882, in-18, p. 66.
1. Lettres de M. du Pont de Courlay au roi et à Pontchartrain, datées du 20 décembre 1618 (Bibl. nat., ms. Clairambault 375, fol. 127 r% 129 r").
2. Minutes des deux lettres, de la main de Pontchartrain [Ibid., fol. 146 r°).
3. Richelieu avait écrit en même temps à Pontchartrain pour faire appuyer sa demande. Nous avons les originaux de ces lettres qui portent la date du 20 décembre 1618 (Ibid., fol. 130 r" et 132 r=). Avenel qui donne le texte de la lettre au roi d'après la minute non datée, l'attribue inexactement à la seconde quinzaine d'octobre (Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 423). Pour le refus de Louis XIII, voir Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 182.
Marie de Médicis en révolte, Richelieu comprit tout de suite le parti qu'il pouvait tirer de l'événement. La reine mère serait certainement entourée de gens médiocres et violents qui se disputeraient entre eux et s'arrangeraient pour brouiller de plus en plus les affaires. Le gouvernement, menacé de la guerre civile, se trouverait impuissant à réduire amiablement cet entourage d'agités; il hésiterait avant d'user de la voie des armes. La question était de lui suggérer que Richelieu était le seul homme capable d'intervenir efficacement pour dénouer la situation. Qu'on le laissât aller à Angoulème; il évincerait les conseillers de la reine mère, reprendrait auprès de celle-ci une influence que rien ne faisait supposer qu'il eut perdue, et userait de cette influence dans les intérêts du roi afin de calmer l'ancienne régente, la ramener à la soumission et faire conclure une paix honorable.
Le fidèle père Joseph fut encore mis à contribution; il entra en campagne; un autre personnage qui devait tenir une place importante dans la vie de Richelieu, Bouthillier, abbé de la Cochère, plus tard évêque d'Aire, s'adjoignit à lui. Ensemble, les deux confidents expliquèrent à Déageant la combinaison : il n'y en avait pas de meilleure'. Déageant comprit, parla à Luynes, à
1. C'est Richelieu qui nous raconte comment l'afTaire a été engagée {Mém., éd. Michaud, t. I, p. 193). 11 ne nous dit pas si c'est lui qui a suggéré au P. Joseph et à Bouthillier la démarche; mais Mathieu de Morgues, plus tard confident de Marie de Médicis, nous affirme que c'est bien Richelieu qui a eu l'idée de se faire envoyer à Angoulème (M. de Morgues, Lumières sur riiisloire de France, 164:1, in-12, p. 61). Richelieu et son entourage ne l'ont pas nié (Harlay de Sancy, Réponse au libelle intitulé « Très humble remontrance au roi », 1632, in-12, p. 43). Voir aussi la biographie du P. Joseph de Lepré-Balain, citée par Fagniez, le P. Joseph et Richelieu, t. 1, p. 81.
Louis XIII. Dans l'état où en étaient les affaires, Béthune n'aboutissant à aucune conclusion à Angoulême, il était évident qu'il en coûtait peu d'essayer de ce moyen : Richelieu serait peut-être moins dangereux auprès de Marie de Médicis que Rucellaï ou d'Epernon : on avait éloigné Luçon afin d'éviter un mal : ce mal s'était produit; le retour de l'évèque près de la reine mère augmenterait, en tout cas, les brouilles existant autour de celle-ci, ce qui affaiblirait d'autant le parti des révoltés; et si Richelieu, par hasard, tenait sa parole, écartait les brouillons, accommodait le différend, on arriverait à une solution. Louis XIII se décida. Déageant rédigea la lettre à expédier à Avignon afin de mander à Luçon de se rendre à Angoulême, le roi ajouta quatre ou cinq lignes de sa propre main et le frère du P. Joseph, M. du Tremblay, fut chargé d'aller porter la missive à Richelieu *.
Il parvint à Avignon le 7 mars 1619. Nous ne savons pas quelle impression dut éprouver Richelieu en recevant la lettre du roi : elle dut être vive : il avait réussi. Deux heures après l'arrivée de du Tremblay, lévêque montait en carrosse, se mettait en route et malgré un incident en chemin, — le gouverneur de Lyon, M. d'Alincourt, croyant que Richelieu s'enfuyait, l'avait un instant fait arrêter, — l'évèque atteignait rapidement Angoulême ^
\. Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 209 et suiv. Cf. Brienne, Mém., éd. Petitot, t. I, p. 340. Fontenay-Mareuil observe {Mcin., éd. Michaud, p. 138) : " M. de Luynes n'avoit pas la vue trop longue. » Au dire de Rohan (Mém., éd. Michaud, p. 514), Richelieu aurait fait « des promesses par Pont du Gourlay, son beau-frère, de porter la reine à la paix ».
2. Lettre du cardinal Borghése au nonce à Paris, du 25 mars 1619, dans Bentivoglio, Lettere, t. III, p. 261. Sur l'arrestation momentanée de Richelieu par M. d'Alincourt, voir Mém. de Richelieu, éd. Michaud,
Son arrivée à la petite cour de Marie de Médicis fut accueillie avec des sentiments divers. La reine mère, ravie, le reçut « comme un envoyé du ciel ». Les autres, décontenancés, se tournèrent contre lui. Ils étaient divisés en deux partis, celui de Rucellaï et celui de d'Epernon. L'ancienne régente ne voulait se livrer à aucun des deux : elle ne savait à qui entendre. L'habile prélat, allait la tirer d'embarras ^ Richelieu agit avec une prudente circonspection. Il ménagea d'Epernon, alla le voir, affecta de lui demander son opinion, de lui tout dire; d'Epernon flatté se déclara « son ami »^ Au conseil de la reine, l'avis de Richelieu était que l'on fît la paix : il n'y avait pas moyen d'engager une guerre : cet avis s'imposait. Quand le cardinal de La Rochefoucauld arriva, Richelieu s'aboucha avec lui; le 30 avril, le traité d'Angoulème était signé : Richelieu avait tenu sa parole M
Puis, peu à peu il écarta Rucellaï. Celui-ci outré de voir la place de confiance qu'il occupait près de Marie de Médicis prise, commettait sottises sur sottises. Marie de Médicis le négligeait; elle nommait Richelieu son chancelier*; en juillet, sur des racontars colportés par Rucellaï, M. de Thémines ayant provoqué en duel M. de Richelieu, le frère de l'évêque, et l'ayant tué, Rucellaï dut enfin s'en aller : Luçon demeurait le maître ^ Il était
t. 1, p. 193, et le récit que fait d'Alincourt dans une lettre au roi du 11 mars 1019, Avenel, Lettres de Richelieu, t. VIII, p. 18. On donne généralement à celle méprise de d'Alincourt plus d'importance qu'elle n'en a.