Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p
l'ascension de iuchelieu. 599
Le débat devint vif dans les premiers mois de 1620 : on entraînait sans aucun doute Marie de Médicis vers la guerre. Richelieu, aidé de Marillac et du P. Suffren, s'efforçait de montrer l'absurdité du moyen : l'ancienne régente ne le suivait plus. « Le torrent m'emportoit, explique Luçon dans ses Mémoires, de telle sorte que vouloir persuader mon opinion ne servoit à autre chose qu'à me perdre sans avancer le service de la reine. » On exploita sa résistance contre lui : « Mes ennemis, dit-il, pensèrent ainsi me dérober la confiance de ma maîtresse'. » Ne se voyant pas le plus fort, Richelieu céda : « Je fus, par prudence, contraint de revenir à leurs pensées, et, à l'imitation des sages pilotes, de céder à la tempête. On est souvent obligé de suivre les opinions qu'on approuve le, moins; il y a beaucoup à craindre de la puissance des favoris; j'aimai mieux suivre les sentiments de ceux qui détournoient la reine d'aller trouver le roi que de faire valoir mes raisons : » c'était plus habile que brave; il marcha'-.
Mais alors, ce fut à la cour, un toile contre lui : il était donc bien l'auteur de la rébellion qui se préparait : « Dire au sieur de Luçon, portaient les instructions à M. de Montbazon, qui allait trouver Marie de Médicis en
1. Richelieu, Mém., t. I, p. 218 et 227. Par l'intermédiaire de l'abbé de la Cochère, Richelieu cherchait à s'entendre avec l'entourage du roi. « Au nom de Dieu, écrivait-il à la Cochère, prenez le temps de représenter à M. de Luynes combien il lui est honorable de faire que la reine soit contente... Il est fort aisé d'accommoder toutes choses... Si j'ctois cru, elles le seroient; mais entre vous et moi j'ai bien connu depuis peu que je suis suspect, ce que je puis dire élre sans cause, vu que vous savez, dans le service de la reine, quelles sont mes intentions. » {Catalogue of the collection of Morrison, t. V, p. 261). M. de Morgues écrira {Avis d'un théologien sans passion, 1626, in-S°, p. 23) : « Tout l'eiïet du cardinal en cette guerre estoit de porter de l'eau où les autres auroient apporté le feu. ■•