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gouvernement refuserait-il de faire aboutir, pour le moment, cette requête inattendue, mais la question serait posée : il ne serait que de revenir à la charge. En attendant, profitant de l'état d'esprit du roi, prêt à tout subir afin de conclure la paix, Richelieu décida Marie de Médicis à faire du cardinalat de Févêque une condition expresse de son acceptation du traité; c'était bien joué. Louis XIII se crut obligé de céder : il dira avec colère ensuite, qu'il « a vendu » la paix au prix de ce cardinalat*.
Richelieu ne perdit pas de temps. A la prière de Marie de Médicis, Louis XIII dut écrire tout de suite à Rome. L'affaire des Ponts de Ce était des 7 et 8 août 1620; la demande officielle du chapeau de cardinal pour Richelieu partait le 22". D'août à décembre Louis XIII écrira cinq lettres au pape, une au cardinal neveu, une autre
1. Lettre du nonce du 6 septembre 1620, Bentivoglio, Lettere, t. lY, p. 409; dépèche de Contarini du 11 septembre 1620, Bibl. nat., ms. italien 1774, p. 249. « La paix, dit M. de Morgues (Lumières pour l'histoire de France, 1636, in-4°, p. 70), fut faite avec la promesse secrète d'un bonnet de cardinal pour révoque de Luçon. » Voir sur la question, Avenel, le Connétable de Luynes et révêque de Luçon, dans Revue des quest. historiques, 1870, t. IX, p. 110 et suiv. Nous différons sur nombre de points de cet exposé.
2. Nous avons le texte de cette lettre importante que ni Avenel ni M. Hanotaux ne paraissent avoir connue : Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 5r°. (.\venel discute à quelle époque la lettre de demande du cardinalat a bien pu être écrite, Lettres de Richelieu, t. 1, p. 655, t. VIII, p. 20). Louis XllI parle dans sa lettre de demande « du parlait amour qu'il porte à la reine Madame ma mère; » il explique comment il veut récompenser ceux qui ont aidé « à la bonne intelligence qui est entre nous, comme a fait le sieur évesque de Lugon. » « .\ cette fin, ajoule-t-il, j'ai promis à ladite reine Madame ma mère de m'eraployer de toute mon affection envers Votre Sainteté à ce que son bon plaisir soit qu'à la prochaine promotion qu'elle fera, le sieur archevesque de Toulouse et lui (le sieur évesque de Luçon) soient promus à la dignité de cardinal. » M. de Chazan, secrétaire des commandements du duc d'Anjou, était chargé de porter cette lettre.
au cardinal Ludovisio '. Richelieu chargera le fidèle Bouthillier de la Gochère de se rendre à Rome afin de suivre de près la négociation-. De son côté, Marie de Médicis fera campagne ; elle pressera le nonce avec « une étrange insistance », écrivait Bentivoglio, lui rappelant les services qu'avait rendus à la religion Richelieu, au temps de la régence; le suppliant d'appuyer la requête auprès^ du Saint Siège. Il apparaissait, écrivait le nonce, que cette demande du cardinalat était poursuivie « avec violence » ^ On sait comment le gouvernement, obligé de solliciter le chapeau, fit dire à Rome, en sous-main, qu'il serait heureux qu'on ne l'accordât pas. En octobre, le pape donnait des réponses dilatoires à l'ambassadeur de France, le marquis de Cœuvres*. Richelieu ignorant ce qui se tramait, venait voir le nonce, manifestait « une grande espérance de devoir être promu », se croyait sûr^. Un peu aveuglé même, il faisait demander par Marie de Médicisauroi d'expédier à Rome un ultimatum, aux termes duquel si l'évêque de Luçon n'était pas compris dans la prochaine promotion de cardinaux, l'ambassadeur de France serait rappelé : le gouvernement avait trouvé la proposition « tout à fait extravagante » et Louis XIII avait répondu qu'il n'était pas de sa dignité de faire une démarche pareille". « Extrava-
1. Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 6 r° et \°-, 8 r°, 9 r°, 16 r°.
2. 11 trouva le moyen de faire envoyer la Cochère à Rome par Louis Xlll, Avenel. Lettres de Richelieu, t. I^ p. 655. Cf. la lettre du nonce du 6 septembre 1620, Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 410.