‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 320 sur 345 · Arch. nat., E. 78 "^ , fol. 77 r". Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

Arch. nat., E. 78 "^ , fol. 77 r". Cf. plus haut, p

3. Il recevait de M. Florent d'Argouges 2000 livres par semaine en 1621 (Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 673}.

malversations ' . Les soupçons d'indélicatesse en vinrent à un tel point qu'on le révoqua de sa situation d'architecte du Luxembourg--. La direction des travaux du Palais de justice de Paris lui fut retirée'' et un procès fut engagé qui dura toute cette année. Ce n'était pas dans de pareilles circonstances que Louis XIII aurait pu lui confier un travail quelconque. Effectivement, lorsqu'en avril 1624 on convoque les architectes du roi pour participer à l'adjudication des travaux du Louvre, Salcmon de Brosse n'est pas admis à l'adjudication*. Il n'a donc pas pu bâtir Versailles. Une raison d'art aurait dû l'écarter : le Versailles de Louis XIII n'est pas de son style. Salomon de Brosse est un artiste laborieux, recherchant des effets , ne se contentant pas de banalité, tâchan t d'aboutir à un résultat qui, d'ailleurs, est de facture lourde. Cette manière n'est pas celle de la construction de Versailles ^.

1. Arrêt du conseil du 14 décembre 1624 dans lequel il est dit qu'on Ta accusé d'estimation excessive des ouvrages faits et de paiements exagérés et rappelant les actes de la procédure engagée contre de Brosse depuis le mois de mars 1624. Ordre a été donné de procéder au toisé des ouvrages et à une expertise contradictoire, Bibl. nat., ms. fr. 18202, fol. 295 r°. Les soupçons dataient de loin. Dès le 26 juillet 1622 d'Argouges écrivait à Richelieu, surintendant de Marie de Médicis, lequel incriniinait de Brosse : « J'ai vu la distribution par le menu des deux mille livres que je lui fournis, et vous assure qu'il n'en met rien à sa bourse. » (Arch. des AIT. étrang., France 776, fol. 245 v°). Par mesure de défiance, dès 1623, il avait été fait un procès verbal « des visites et mesure des ouvrages du palais du Luxembourg, commencé le 26 juin 1623, en vertu d'une ordonnance rendue entre le procureur général de la reine mère et l'architecte entrepreneur des bastimens dudit palais, Salcmon Brosse. » Bibl. de l'Arsenal, ms. 5995.

2. Bibl. nat., ms. fr. 18202, fol. 296 r". Dans l'arrêt du 14 décembre 1624, Salomon de Brosse est dit : « Ci-devant architecte du palais de la dite dame reine. »

3. Arrêt du conseil du 18 janvier 1624 concernant les travaux du Palais de Justice. C'est Henri Colin, « maître des œuvres et bastimens du roi » qui conduit la construction et non plus l'architecte de Brosse, Arch. nat., E. 78*, fol. 112 r°. Nous renvoyons sur Salomon de Brosse à la bibliographie que nous avons déjà donnée dans notre Vie intime d'une reine de France, p. 422, note.

4. Nous expliquons que Salomon de Brosse n"a pu participer aux travaux de Versailles par ce qu'on pourrait dire que l'architecte que nous allons nommer a travaillé sous ses ordres et sur ses indications.

5. A défaut de Salomon de Brosse, on a parlé de Métezeau; on aurait

Le nom de l'architecte de Versailles, nous lavons dans les comptes des bâtiments du château.

Lorsque à cette époque on entreprenait une construction royale, l'architecte était chargé d'avoir la haute main et la responsabilité des travaux. 11 traitait lui-même avec les entrepreneurs, passait les marchés, recevait les mémoires et les comptes; c'est à lui qu'on donnait l'argent, et c'était lui qui réglait directement, délivrant quittance des sommes dépensées en justifiant de leur emploi '. La correspondance de xM. Florent d'Argouges, trésorier général de Marie de Médicis, avec Richelieu, surintendant de la maison de la reine, nous fait assister, pour le Luxembourg, au fonctionnement de ce système, en ce qui concerne Salomon de Brosse -. Or, pour la construction du château de Versailles, il existe, de même, un personnage qui a été responsable des travaux, qui a passé les marchés avec les ouvriers, a reçu les comptes et mémoires de ceux-ci; auquel on a remis l'argent nécessaire afin de payer les entrepreneurs, et dont nous avons les bordereaux de plus de vingt cinq quittances de sommes à

pu encore prononcer le nom de Pierre Le Muet. Pierre Le Muet bâtira en eiïet quelques années plus tard le château de Pont-sur-Seine qui présente de frappantes analogies avec Versailles (A. Thévenot, r Ancien château de Pont-sur-Seine, dans Annuaire de l'Aube, 1874, p. 57 et suiv.). 11 avait trente-trois ans en 1624, était attaché à l'intendance des bâtiments déjà en 1618 {Nouvelles archives de l'art français, 1872, p. 14) et venait de publier en 1623 son livre la Manière de bien bastir, in-fol. Il s'occupait surtout de dresser des places fortes. (« Plans des places fortes de la province de Picardie, par Le Muet. » Bibl. de l'Arsenal, ms. 4317.)

1. ■< Quand il est question de grands bastimens, le roi propose quelques personnages pour être intendans et ordonnateurs des dits bâtimens, desquels il faut rapporter les ordonnances, marchés et prix faits avec copie de leur pouvoir et leur mission. » (Jean Hennequin, le Guidon général des finances, Paris, J. Regnoul, 1610, in-l2, p. 479 et suiv.). Les Comptes des bâtiments du roi au xvi' siècle (édition Léon de Laborde, 1877, 2 vol. in-8"), montrent que ce sont les architectes Pierre Lescot, Philibert Delorme, Jean Bullant, Androuet du Cerceau qui ont la surintendance des bâtiments qu'ils édifient, c'est-à-dire en sont les entrepreneurs (t. 1, p. XXXVIIl, 250, 254, 237, etc.).

2. Nous venons de voir que Salomon de Brosse était appelé « architecte entrepreneur " (Bibl. de l'Arsenal, ms. 5995). Sur la correspondance de Florent d'Argouges dont nous parlons, voir Arch. des AIT. étrang., France 776.

lui délivrées pour solder les travaux de construction du château : c'est un architecte peu connu de la première moitié du xv!!*^ siècle nommé Le Roy : « compte fait avec le sieur Le Roy pour les ouvrages de Versailles » ; u marchés faits par le sieur Le Roy pour les bâtiments de Versailles »; « quittances du sieur Le Roy, montant à la somme de 213 600 livres, toutes lesquelles dites sommes, mentionnées es dites quittances, ont été payées audit sieur Le Roy pour ouvrages faits au château de Versailles par divers particuliers, etc. ' )).

On sait peu de chose de ce Le Roy. Il aurait été chargé, avec Marin de la Vallée, de reviser le plan de l'église Saint- Sulpice dressé par Gamard; il bâtit rue du Mail, à Paris, une maison dont le graveur Marot nous a laissé une vue : c'est un édifice conçu suivant le style classique des architectes du xvi'- siècle élevés à l'école de Vitruve, pilastres, chapiteaux corinthiens, frontons triangulaires, encadrements des fenêtres à l'italienne. Le Roy est un spécialiste nourri d'études. H devait se contenter à Versailles de la vieille tradition française-.

Les plans de Versailles dressés et approuvés, l'architecte choisit ses ouvriers : il prit pour la maçonnerie un des gros entrepreneurs de Paris, maître Nicolas Huau, qui soumissionnera la même année, avec onze de ses confrères, aux travaux du Louvre; pour la charpenterie, Pierre Moreau; la ferrure fut confiée à François Maillard. Nous avons le compte de la vitrerie, qui s'élèvera à 786 livres, 15 sols. Les travaux furent activement poussés ^

1. Arch. nat., 0* 3871, p. 353, 354, 355, 356, 357, 358, 365, 371. En dehors du cas de Tarchitecte assumant pour une construction la « surintendance » des travaux, « l'entreprise générale »,au sens moderne du mot, n'existant pas à cette époque, on ne peut pas dire que Le Roy ne soit qu'un « entrepreneur ».

2. A Lance, Dictionnaire des architectes français, Paris, 1872, in-S", t. II, p. 66.; C. BauchaL Nouveau dictionnaire des architectes français, Paris, 1887, in-8", p. 365 ; Jean Marot, L'Architecture française, Paris, 1727, in-fol, non paginé, Bibl. nat., Dép. des Imprimés, Rés. Y. 371.

3. « Maître Nicolas Huau, maître maçon au bastiment du roi. » (Registre de baptême n° 4 de la paroisse Saint-Julien de Versailles, aux

664 L'- IlOI LOUIS XIII A VINGT AXS.

Au printemps de 1624, ils étaient avancés. Avant de partir pour Compiègne, Louis Xlil venait de Paris, au galop de son cheval, voir où en était sa « petite maison », déjeunait, chassait et repartait l'après-midi. Le 9 mars, écrit Héroard, « à six heures trois quarts (du matin), le roi entre en carrosse et va pour la chasse à Versailles ; y arrive à huit heures ; à neuf, dîner; peu après monte à cheval, va "courir un cerf, le prend, revient à bonne heure ; prend un renard, fait les curées ; va après voir son bâtiment; à sept heures souper » ; il eut envie de coucher à Versailles dans une maison du village ; il envoya chercher son lit à Paris, — le roi de France ne couchant que dans son lit qui le suit au cours de ses déplacements — aida à le dresser lui-même et se coucha à onze heures '.

Depuis la fin de mars jusquà la fin de juin, Louis XllI reste à Compiègne. Versailles paraît avoir été suffisamment avancé à la fin de ce séjour, pour que quelqu'un qui ne craignit pas trop la fraîcheur des plâtres, pût essayer d'y coucher. Le concierge qui fera fonction de gouverneur est déjà installé dans le château; c'est un garde du corps, « un archer des gardes », François Mongey ". Le 28 juin, revenant de Compiègne, Louis XIII ne prend que le temps, en passant par Paris, de poser la première pierre du Louvre

Archives de l'état civil de Versailles, à la date du 9 avril 1627). C'est un des grands entrepreneurs de Paris (Arch. nat., E. 78 « fol. 77 r°). Pour le charpentier Moreau, cf. Arch. nat., Qi .3871, p. 368; le serrurier, /6Jd., p. 369: le vitrier, Arch. nat.,0' 1268, V liasse.

1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027 fol. 173 r". La partie que nous avons mise en italiciue figure dans le manuscrit et n'a pas été transcrite dans l'édition imprimée par Soulié et Barthélémy, preuve de plus de l'insuffisance de cette publication. Le voyag:e de Louis XIII à Versailles du 9 mars (le roi y est allé aussi le 6) est mentionné dans une note manuscrite mise par le secrétaire de M. d'Herbault, secrétaire d'État, en marge d'un exemplaire de l'Almanach pour l'année bissextile 1624, de Vasparin Beaurcgard (Paris, P. Menier, in-l2), conservé au dép. des Imprimés de la Bibl. nat., sous la cote V. 300.59. •■ Le roi fut à Compiègne tout le long du printemps pour y prendre le plaisir de la chasse es forêts des environs. -• (Mercure français, 1624, t. X, p. 470).

2. Mongey est qualifié >< concierge du château du roi à Versailles » en juin 1624. (Registres de baptême de la paroisse Saint-Julien de Versailles, détail déjà signalé par Couard, op. cit., p. 12).

dont les travaux commencent, et il court à Versailles, impatient de voir sa maison. Il arrive à cinq heures, chasse, soupe et se couche. Il y reste jusqu'au o juillet, allant se promener au bois, à pied, courant le cerf, chassant le renard '. C'est bien au château qu'il loge, car le concierge François Mongey, venant à être père, sur ces entrefaites, d'une petite fille, et Louis XIII ayant consenti à tenir l'enfant sur les fonts, le registre de la paroisse Saint-Julien de Versailles mentionne, à la date du 30 juin 1624, « le très chrétien Louis treizième de ce nom, roi de France et de Navarre, estant à son château de Versailles-, » Mais tout est loin d'être terminé; les dépendances ne sont pas commencées: le 2 juillet, le jeune roi s'amusera à aller voir « tracer le plan de la basse-cour de sa maison de Versailles ». Le 5, il repart pour Compiègne^.

Il y reste un mois, revient de là à Saint-Germain le 27 juillet et le 31, après le Conseil, monte en selle, (( va à Versailles voir son bâtiment" ». On y travaille toujours; les intérieurs sont assez poussés pour qu'on songe à l'ameublement dont a été chargé le premier gentilhomme de la chambre, M. de Blainville. En août les achats sont faits,, jusqu'à la batterie de cuisine : c'est un mobilier sobre, sans luxe, sufflsant^ De Saint-Germain, Louis XIII va de temps en temps voir où en est la construction, amenant ses limiers avec lesquels il chasse. Mais ce mois d'août 1624 est rude. La chaleur est étouffante; le roi, qui la supporte mal, est fatigué, en proie à des dérangements d'intestin, obligé de prendre de longs bains, des clystères, ou de garder le lit. Il quitte peu Saint-Germain. Septembre est très pluvieux;

1. Iléroard, Bibl. nat., ins. fr. 4027, fol- 233 v°. C'est à cette occasion que le « Journal » d'Arnauld d'Andilly de 1624 mentionne pour la première fois A'ersailles (Bibl. de l'Arsenal, ms. 3181, fol. 83 v".) Brienne écrit : (Mém., éd. Petitot, t. I, p. 383) « Sa Majesté ennuyée du séjour de Coinpiègne, alla faire un petit voyage à Versailles. »

Page 1