Mercure françois, 1617, p
vaguement inquiète, l'ignorait \ Dans la nuit du 19 au 20 avril, elle eut un songe qui la réveilla sanglotante : « Elle avoit rêvé qu'on lui faisoit son procès et que par arrêt elle étoit condamnée à mort - ! » Mais quoi! Louis XIII continuait à vivre comme de coutume sans que rien décelât sur son visage impénétrable la moindre préoccupation; il ne parlait plus de Concini et ne désirait plus être mis au courant des affaires ; il vaquait quotidiennement à ses occupations futiles, gardant, s'il avait un secret, une présence d'esprit, une dissimulation inadmissibles chez un enfant de seize ans. Et, de fait, tout le monde demeurera confondu, du sang-froid du prince ^ Le samedi 22 avril, veille de l'exécution, le médecin Héroard notait qu'il avait « le visage gai et bon », qu'il s'était levé à huit heures trois quarts, avait déjeuné à neuf heures et demie, s'était rendu chez Anne d'Autriche, chez Marie de Médicis, qu'il était monté en carrosse à une heure pour aller chasser au château de Madrid malgré la pluie ; qu'il était revenu à sept heures et demie du soir et s'était couché à dix heures, sans qu'il eût à relever dans cette journée, semblable à toutes les autres, quoi que ce soit de nature à attirer son attention '. Seul Richelieu, — et
1. Dépêche du résident florentin, dans B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 173.
2. Passage inédit de Chaulnes {Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 127 v°).
3. C'est une des choses qui ont le plus frappe les contemporains. « Y a-t-il un prince qui ait jamais eu plus de puissance sur son visage? » {Discours à M. de Luynes par le sieur Dryon, Paris, 1617, in-12, p. 29). Cf. le Fidèle sujet au roi, (s. 1.), 1617, in-12, p. 5; Fontenay-Mareuil, Mém., p. 114; l'Anchrc de la paix, Lyon, 1617, in-12, p. 8; Lettre de Cléophon à Polémnndre, 1618, in-4'', p. 16.