Chaulnes, Relation exacte, p
2. Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 12; Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p. 129, 142. 11 frappera plus tard de coups de canne un archevêque de Bordeaux en l'appelant <• bréviaire » et « cagot >■ (Bibl. nat., ms. fr. 6647, fol. 245. Cf. vicomte de Noailles, le Cardinal de la Valette, Paris, Perrin, 1906, in-8°, p. 117). Les Contre-vérités de la cour, 1620, dans E. Fournier, Variétés hist. et litt., t. IV, p. 342.
LE COUP d'État du 24 avril 1617. 53
M. Duhuisson. Vitry fut invité à venir voir le roi dans sa chambre, le soir, au moment du coucher du prince, tard. Vitry fut exact'. Louis XIII lui expliqua ce qu'il attendait de lui : arrêter le maréchal d'Ancre dans le Louvre. Le capitaine répondit qu'il était aux ordres du roi; il demandait seulement la permission de s'adjoindre pour l'opération deux ou trois hommes sûrs, son frère du Rallier-, son beau-frère Persan ^Fouquerolles. On avait dû attendre le 4" avril que Vitry, entrant en quartier, eût pris le commandement des gardes du corps de service au Louvre afin de lui parler. Vitry manda du Hallier, qui se trouvait à l'armée de Soissons^ et le résultat de l'entretien des quatre hommes fut que le capitaine des gardes revint trouver le roi avec du Hallier et Fouquerolles et pria Sa Majesté de vouloir bien renouveler devant eux l'ordre qui lui avait été donné. Les deux comparses, surpris, avaient eu évidemment des scrupules. Louis XIII réitéra sou commandement d'arrêter le maréchal. Sur quoi Vitry demanda : « Mais, sire, s'il se défend, que veut Sa Majesté que je fasse? » Le roi garda le silence. Déageant, qui assistait à l'entretien, dit alors : « Le roi entend qu'on le tue. » Louis XIII continuait à se taire. Vitry s'inclina : « Sire, j'exécuterai vos commandements ^ » On discuta les détails ; voici ce qui fut décidé :
1. Chaulnes, iîe/a<ion exacte, p. 452; J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 78.
2. Frangois de l'Hôpital, seigneur du Hallier, n'était encore qu'enseigne de la compagnie d'hommes d'armes du roi (Arch. nat., E. 55», fol. 25 T").
3. Henri de Vaudetar, baron de Persan, avait épousé Louise de l'Hôpital en 1607, Ghaulnes, Relation exacte, p. 465.
4. Fontenay-Mareuil, .Wem., p. 114; Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 12.
5. Mém, de Montpouillan, dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 32.
le dimanche 23 avril, — l'affaire était fixée pour cette date, — on ferait dire au maréchal d'Ancre que le roi l'invitait à aller voir dans son cabinet des armes de petits canons dont le prince se servait pour bombarder des fort élevés dans les Tuileries et un plandeSoissons ; quand le maréchal serait dans le cabinet, Yitry et les siens agiraient'. Il fallait prévoir un insuccès. Dans ce cas, le roi quitterait Paris et se séparerait de la régente. On tiendrait des chevaux bridés et sellés aux Tuileries; Louis XIII irait à Meaux, capitale du gouvernement de M. de Vitry; là, il manderait son armée, poursuivrait le maréchal « dans les provinces, partout où besoin seroit en cas qu'il s'évadât et sortît de Paris »2. Si l'opération réussissait, on mettrait en prison Goncini et sa femme afin que le Parlement fit leur procès; puis Louis XIII notifierait à la reine régente « de trouver bon qu'il prît le gouvernement de son Etat et qu'il travaillât à le retirer du péril éminent auquel il étoit tombé par le mauvais conseil du maréchal et de sa femme ». Afin que le roi eût le temps « de prendre une ferme assiette en ses affaires », on prierait Marie de Médicis de sortir de Paris, quitte à la rappeler ensuite. Il était enfin reconnu impossible de garder les ministres actuels, difficile d'en choisir de nouveaux. Le mieux serait de rappeler les anciens ministres d'Henri IV naguère chassés^ : Déageant avait
1. L'après-midi du 24 avril, Louis XIII donnera lui-même ces détails (Chaulnes, Relation exacte, p. 462).
2. Bentivoglio, Lettere, 1863, t. 1, p. 229; Pontchartrain, Mém., p. 387. Le père de Vitry, en 1596, s'était rendu « adjudicataire du domaine de S. M. au comté de Meaux » (Arch. nat., E. 64*, fol. 344 r°). Sur la situation de Vitry dans la Brie, voir : H. Cochin, Vji conflit el un compromis au XVP siècle, au sujet du château de Nandy, dans, Bullet. de la Soc. de l'hist. de Paris et de Vile de France, 1908, p. 172.
3. Déageant, Mém., p. 46. L'opinion publique réclamait leur retour
tout précisé, même rédigé d'avance lettres, déclarations et proclamations. Tel était le plan arrêté entre le roi, Luynes, Déageant et Tronson. Tout était convenu, il ne restait plus qu'à procéder à l'exécution.
Mis en présence des derniers actes, Luynes eut un moment d'effroi indicible. « Il branla au manche », dit Déageant; il parla « de changer de résolution » pendant qu'il en était temps encore, d'attendre, de réfléchir'. Bien que son frère Cadenet lui dit, tout irrité de sa faiblesse, que, puisque M. de Vitry était prévenu, il n'y avait rien à faire qu'à laisser aller les événements, « il ne cherchoit que les moyens de retarder- ». Louis XIII demeura décidé. « La voix du peuple contre le maréchal estoit le meilleur et le plus fidèle conseil qu'il pût avoir pour se résoudre à une action d'importance; le temps et l'occasion sembloient favoriser cet arrêtement^ » Le fait que rien n'avait transpiré dans une cour remplie des amis de Goncini était un indice favorable.
Ce que le roi ne savait pas, c'est que Marie de Médicis n'était pas sans avoir appris que, « depuis un grand nombre de jours », il y avait des réunions qui se tenaient « dans les appartements du haut » et qui duraient souvent jusqu'à minuit passé. Qu'y disait-on? La régente.
(lettre des princes au roi du 2 février 1617, Bibl. nat., ms. Dupuy, 92, fol. 78 v°; Remontrance présentée au roi par les princes, 1617, in-4°, p. 7).
1. Déageant (Mém., p. 49) désigne Luynes sans le nommer, mais le témoignage de Chaulnes qui suit ne laisse aucun doute.
2. Chaulnes, Relation exacte, p. 453. Chaulnes nous rapporte ses discussions avec son frère; Montpouillan confirme que M. de Luynes en définitive n'a fait que proposer de fuir dans la préparation du coup d'État (Mém., dans Mén\. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 26). Cf. le Comtadin provençal, 1620, in-12, p. 11.