‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 4 sur 345 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Louis XIII se révélant en 1617 par l'exécution de Concini. — Concini, son caractère, sa fortune, sa situation exacte à la Cour. — Comment il s'est rendu maître du gouvernement de la régence de Marie de Médicis. — Son omnipotence: il est impopulaire. — Louis XIII, jeune, est tenu à l'écart des affaires. — Son indignation contre Concini. — Soulèvement des grands devant la tyrannie du maréchal d'Ancre ; appel de l'opinion au roi. — Louis XIII a eu l'initiative du renversement de Concini ; ses confidences à son entourage. — Luynes et Déageant; attitude de Luynes, ses hésitations; influence importante de Déageant. — Préparation du coup d'État. — Yitry; la journée du 24 avril 1617 et l'exécution de Concini. — Louis XIII déclare terminée la régence de sa mère ; sa sévérité à l'égard de celle-ci. — Satisfaction de l'opinion à l'annonce de la chute du maréchal qu'elle attribue à Louis XIII. — Marie de Médicis obligée de s'éloigner de Paris choisit Blois pour résidence. — Froideur de Louis XIII à son départ.

Lorsque, le 24 avril 1617, sur les dix heures du matin, on vint annoncer à Louis XIII que Concini, maréchal d'Ancre, était tué, le prince fit ouvrir une des fenêtres de la grande salle du Louvre donnant sur la cour intérieure, et, s'adressant aux gentilshommes du marquis de Yitry, auteurs de l'exécution, leur cria d'une voix forte : « Merci, grand merci à vous! » Puis il ajouta :

« A cette heure, je suis roi ' ! » S'il était roi, c'est qu'il avait voulu l'être. Le « coup d'Etat » par lequel le jeune souverain Je seize ans renversait le gouvernement de la régente Marie de Médicis, sa mère, favoris, ministres, créatures, révélait au royaume sa personnalité résolue et sa volonté".

« C'est une des grandes merveilles que la France vit jamais, faisait écrire sous ses yeux quelques mois plus tard, à Blois, Marie de Médicis découragée, qu'un étranger inconnu, sans mérite, sans autorité, sans amis, destitué de courage, de jugement et de conduite, se soit fait grand, soit monté aux honneurs, ait assuré ses affaires et se soit mis en telle fortune que, pour l'empêcher d'aller plus avant, autre que le roi n'ait pu y mettre la main! ^ » Elle résumait avec exactitude l'histoire d'une aventure politique étrange dont elle se trouvait être la principale victime plutôt qu'elle n'en avait été la cause entièrement responsable.

1. Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 282. — Lettre d'Horace Vere à Carleton, dans Calendar of slate papers, Domestic séries, James 1", Î611-1G18, p. 461. — Lettre de Paulmier du 27 avril 1617, dans A. Blanchel, Un récit inédit de la mort du maréchal d'Ancre, Paris, 1900, in-8°, p. 1 ; — Relation exacte de tout ce qui s'esi passé à la mort du maréclml d'Ancre, dans la Collection des Mémoires de Michaud et Poujoulat, 2° série, t. V, p. 458. Nous allons souvent citer cette Relation. On l'attribue à Michel de Marillac. Nous ne savons sur quoi Ton se fonde pour faire cette attribution. D'après une note conservée dans les papiers de Hichelieu aux Archives du ministère des Alfaires étrangères (France 364, fol. 90 r°), ce texte serait du duc de Chaulnes, frère du connétable de Luynes. On trouvera le présent chapitre avec des références plus explicites dans la Revue historique, 1907, t. XCV, p. 292-308; 1908, t. XCVII, p. 27-77, 264-286.

2. Le mot « (^oup d'Etat » est du temps : Le Coup d'État présenté au roi à Fontainebleau, Paris, J. Guerreau, 1617, in-12; le Coup d'État de Louis XIII. Au Roy, Paris, 1631, in-8''. Cf. Heureux augure au roi de sa victoire, Paris, R. Dallin, 1617, in-12, p. 6; le Fidèle sujet au roi, (s. 1.), 1617, in-12, p. 3.

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