Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p
grand zèle » du prélat à seconder les intentions royales*. Déageant, dont Richelieu avait sollicité l'amitié, avait appuyé , et Louis XIII avait accepté . L'évèque de Luçon, autorisé à voir Marie de Médicis, allait être l'intermédiaire entre le roi et la reine. Le 1" mai, Marie de Médicis fit présenter au prince par le prélat cinq requêtes; elle désirait : être autorisée à quitter Paris, à se rendre, par exemple, à Moulins, ville de son domaine; avoir toute autorité, dans la ville où elle irait; conserver ses revenus, apanages et appointements ; connaître quelles étaient les personnes que le roi l'autoriserait à emmener avec elle; cinquièmement enfin, voir le roi avant de partira Louis XIII, répondit par écrit qu'il accordait tout ce qu'on lui demandait. En ce qui concernait les personnes qu'elle emmènerait avec elle, l'ancienne régente ferait ce qu'elle voudrait. Néanmoins, Marie de Médicis, ayant exprimé le désir d'avoir ses filles, le prince refusa, mais il consentit à ce qu'elle reprît une partie de ses gardes. Il se trouva que le château de Moulins, qui n'avait pas été habité depuis plus de vingt ans, était délabré et exigeait des réparations. Marie de Médicis proposa de se retirer à Blois, ce qui
1. Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 203. Le 24 avril, Richelieu avait fait savoir à Marie de Médicis, par le valet de chambre Nicolas Roger, « la douleur que je ressentois de son malheur auquel certainement je la servirois selon toute l'étendue de mon pouvoir » (Richelieu, Mém., t. I, p. 159).
2. Chaulnes, Relation exacte, p. 471. D'après l'ambassadeur vénitien (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 1)6), Marie de Médicis demanda à décider elle-même de l'endroit où elle se retirerait. Arnauld d'Andilly dit (Journal, 1857, p. 287) : « Elle désira de s'en aller,... elle choisit Blois ». Bentivoglio écrit : « La reine mère a jugé pour le mieux de se retirer à Blois et d'y demeurer quelque temps » (Lettres, Paris, 1680, p. 105). Il est donc inexact, comme Uicholieu le prétend, que ce soit Luynes qui ait éloigné Marie de Médicis de Paris (Richelieu, Mém., t. L P- 161).
LE COUP d'État du 24 avril 1617. 89
fut accepté. Elle avait hâte de s'en aller. Elle fixa au mercredi 3 mai, sans plus tarder, son départe Richelieu qui, par Luynes, avait obtenu du roi l'autorisation de la suivre avec la mission « d'être chef de son conseil et d'avoir ses affaires entre les mains », négocia les détails de l'entrevue qui aurait lieu enlre le prince et sa mère. Les préparatifs furent poussés activement-.
Le mercredi 3 mai, veille de l'x^scension, à deux heures et demie de l'après-midi, eut lieu ce départ. La pluie, cessée depuis le 24 avril, avait repris. Une foule énorme remplissait la cour du Louvre et les abords. A l'heure fixée, Louis XIII, accompagné de son frère Gaston, du prince de Joinville, de M. de Luynes, de Bassompierre et de quelques autres, — on avait décidé que ni Vitry ni du Hallier ne seraient présents, — descendit « par la montée du quartier de la reine régnante » à l'antichambre de la reine mère, au rez-de-chaussée, où devait avoir lieu l'entrevue ^ Il était habillé d'un pourpoint blanc, de chausses rouge écarlate, coiffé d'un feutre noir à plume blanche, botté et éperonné'*; son visage calme ne révélait aucune émotion \ Dans l'anti-
1. Chaulnes, Relation exacte, p. 471 ; JournaM'Araauld d'Andilly, p. 287. Il était enteadu que l'éloignement était temporaire (lettre du roi à sa mère, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 24; Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 46).
2. Ce fut Richelieu qui demanda à aller avec la reine à Blois (M. de Morgues, Lumières pour l'hist. de France, 1643, in-12, p. 52). Il voulut en avoir la permission écrite du roi (Richelieu, Mém., t. I, p, 171). Nous avons l'original de cette permission (Arch. des AIT. étr., France 244, fol. 1 r"). Elle est datée du M mai.
3. Un des meilleurs récits est celui que donne Bassompierre, témoin oculaire {Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 126). L'heure et le lieu sont indiqués par Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 396 f).