‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 50 sur 345 · Richelieu, Mém., t. I. p · texte numérisé non relu

Richelieu, Mém., t. I. p

3. Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 12 (récit officieux). Bassompierre résume ce discours {op. et loc. cit.). Richelieu donne un texte plus long (Mém., t. I, p. 163). C'était probablement celui qu'il avait préparé lui-même; il n'a pas été prononcé. Le mot « Madame ■> dit par le roi à sa mère est conforme au protocole royal du temps et n'a pas un sens blessant.

vais; je vous supplie d'une grâce en partant, que je veux me promettre que vous ne me refuserez pas, qui est de me rendre Barbin, mon intendant. » La phrase n'était pas prévue. Louis XIII regarda sa mère sans rien répondre. Elle reprit : « Ne me refusez point cette seule prière que je vous fais! » Et, comme il se taisait toujours, le regard fixé sur elle : « Peut-être, fît-elle, est-ce la dernière que je vous ferai jamais! » Le roi ne répondait pas. Elle dit brusquement : « Or sus! » et, se baissant, elle embrassa son fils. Louis Xllt fit une révérence et tourna le dos. La suite présenta ses hommages. Comme Marie de Médicis retenait Luynes afin d'insister auprès de lui sur le sujet de Barbin, le roi se retourna : « Luynes! Luynes! Luynes! » appela-t-il; puis il sortit. Marie de Médicis, appuyée contre la muraille, entre les deux fenêtres, sanglotait'.

Elle quitta son appartement avec M. de Bressieux. L'affluence de monde était telle qu'elle eut beaucoup de peine, malgré les gardes, à rejoindre son carrosse. Avec elle montèrent mesdames de Soissons, de Guise, de Longueville, destinées à lui tenir compagnie jusqu'à Bourg-la-Reine. Les chevau-légers du roi, commandés par M. de la Curée et qui devaient aller à Blois, entouraient la voiture. Le cortège était considérable-; il allait tenir depuis le haut de la rue Dauphine jusqu'à l'entrée du Pont-Neuf, vers le Louvre. En tête s'avançait le carrosse de l'écuyer de la reine, dans lequel étaient M. Phélipeaux, le marquis de Thémines et Nicolas Roger,

1. Bassompierre, op. et loc. cit.; Arnauld d'Andillv, Journal, 1857, p. 299.

2. Le détail de la sortie de Paris est donné par Chuulnes, Relation exacte, p. 473.

le fidèle valet de chambre. Puis venait le grand carrosse de Marie de Médicis, couvert de velour noir, traîné de de six chevaux bais ; ensuite un petit carrosse de campagne, préparé pour la route, en cuir de Russie rouge, à fers dorés, recouvert d'une toile blanche, afin d'éviter la poussière, et traîné de six chevaux blancs harnachés de cuir rouge à fers dorés : il était vide; le carrosse de Mesdames, les filles de la reine, qui avaient reçu l'autorisation d'accompagner leur mère jusqu'à trois lieues^; les voitures de mesdames de Soissons, de Guise, de Longueville, destinées à ramener celles-ci; celles de madame de Guercheville, de madame de Bressieux; un dernier modeste, contenant les évêques de Luçon et de Chartres, en tout douze ou quinze carrosses. Un grand nombre de gentilshommes à cheval précédaient, escortaient et suivaient; la foule, muette, regardait passer la souveraine déchue'. Lorsque le cortège fut engagé dans la rue Dauphine, Marie de Médicis, arrivée au bout du Pont-Neuf, fit tourner brusquement sa voiture à gauche et suivit le quai jusqu'à la rue Saint-Jacques, qu'elle remonta afin de gagner la grande route d'Orléans^

D'une des fenêtres de l'appartement de la reine régnante, sur la cour du Louvre, Louis XIII avait vu partir sa mère. Lorsqu'elle fut sortie, il se rendit au

1. Elles l'avaient expressément demandé. Suivant Bentivoglio {Letiere, 1863, t. I, p. 211), ce fut le plus grand chagrin de Marie de Médicis que de ne pas emmener ses filles.

2. " Le peuple ne s'abstint néanmoins pas de plusieurs paroles irrespectueuses » (Richelieu, Mém., t. 1, p. 164). Louis XIII parle d'injures qu'on adressa à Marie de Médicis (lettre à sa mère, Bibl. nat., Cinq Cents Golbert98, p. 24). Il paraît que Marie de Médicis était très calme et qu'elle n'eut pas une larme (Richelieu, Mém., t. I, p. 163).

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