Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 68 r
6. Dép. de l'amb. vénit. du 29 mars 1624, Bibl. nat., ms. itnL 1782, p. 74; et du nonce Corsini, Arch. nat., L. 397, fol. 416 r".
J622 il toussa longtemps pendant une campagne dans le midi, et on devra le contraindre à prendre le lit parce qu'il était vraiment mal. Mais le cas n'avait pas inqniété les médecins'. Ils ne s'inquiétaient pas davantage de la faiblesse du prince du côté des intestins : Louis XIII mangeait des plats indigestes, il se plaignait de douleurs d'entrailles, avait des crises violentes au cours desquelles il rendait, dit Héroard, quantité de « phlegmes. » Il devait être atteint de cette entérite chronique qui plus tard l'emportera : on ne s'alarmait pas -. Ce qui intriguait davantage était que Louis XIII ne crachait pas, ni ne se mouchait, ni suait, étranges suppressions « des gouttières les plus naturelles ^ » ; puis qu'il avait quelque chose d'anormal dans la bouche et bégayait un peu. Plusieurs fois, Héroard avait relevé des « relâchements », des « fluxions » de la luette. Quand le prince, sous l'effet d'une émotion, précipitait sa parole, il n'articulait plus : « il s'empoignoit alors le visage de ses mains à demi en furie de dépit de ne pouvoir prononcer comme les autres ». Pour éviter cette humiliation, il parlait peu et lentement \
1. G. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 377, 394; Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4 027, loi. 69 r" et suivants ; « Journal » de l'exempt des gardes du corps Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6 163, p. 302 et suiv.
2. Les mentions sont fréquentes dans Héroard; voir par exemple : Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 434 v°; 4026, fol. 197 r"; 4027, fol 60 r°, 229 \°, 232 r°, 281 V etc. Cf. Guillon, La Mort de Louis XIII, étude d'histoire médicale, Paris, 1897, in-8°. Il y a des ■■ formes que l'on observe pour servir le roi lorsqu'il est malade •> : Bibl. nat., ms. Dupuy 218, fol. 296; nouv. acq. fr. 7839, fol. 101.
3. Herbert de Cherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 135: Vauquelin des Yveteaux, Note sur le prince : Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 182; Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 66 r"; 4027, fol. 83 v".
4. Sur le bégaiement de Louis Xlll, voir les passages d'Héroard (éd. Soulié), t. I, p. 7, 61, 184, 209, 270, 278; t. II. p. 1.59; des dépêches du nonce, d'octobre 1623 (dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 286);
C'était un roi aimable et gracieux. Lorsqu'il causait, il avait un sourire exquis, « très doux », dit l'ambassadeur vénitien Pesaro\ Il répondait aux saints avec empressement, ôtant son chapeau, ce qui choquait beaucoup les Espagnols, « le roi d'Espagne, disait l'un d'eux, ne retirant le sien qu'au Saint-Sacrement- ». Il donnait audience sans morgue, priait les gens de se couvrir, toujours courtois, affable, plein de bienveillance. Les ambassadeurs étrangers rendant compte de leurs entrevues avec lui, répètent combien il était accueillant, sympathique, vous disant que vous étiez le bienvenu, qu'il vous voyait avec plaisir, écoutant attentivement ce qu'on lui expliquait. « Il causoit de fort bonne grâce. » On remarquait qu'il avait une mémoire excellente et qu'il se rappelait la figure des gens, leurs noms, des détails de leur existence, même au bout de plusieurs années ^
Ce qu'ont admiré le plus ses contemporains en lui a été le sérieux de sa vie. Elevé dans un milieu libre, fils d'un père dont les exemples n'étaient pas précisément recommandables, il a été sévère de conduite. De sa mère, il tenait un tempérament froid. Il fut irréprochable. On relevait « sa grande modestie et honnêteté ». A quelqu'un
de l'ambassadeur vénitien du 27 janvier 1618 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 557), du 29 septembre 1620 (Ibid., 1774, p. 264); Herbert de Cherbury, op. et loc. cit. ; les Anecdotes de l'histoire de France tirées de la bouche de M. du Vair, dans Mérn. de Marguerite de Valois, éd. Lalanne, 1858, p. 295; Bassompierre, Mém., éd. Ghantérac, t. III, p. 137.
1. Dépêche du 16 février 1624, Bibl. nat., ms. ital. 1781, p. 304.
2. Ghaulnes, Relation exacte, p. 467; Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. Vil, p. 269.
3. Sur tous ces détails voir les dépèches des ambassadeurs vénitiens (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 5; 1771, p. 86, 120; 1777, p. 91, 133); le Journal do Daniel Manceau (dans Arch. hist. de la Saintonge, t. I, 1874, p. 220) ; Jean Danès (Toutes les actions du règne de Louis XIII, 1643, in-4°, p. 335) et Mme de Motteville (Mém., t. I, p. 372).
qui lui faisait remarquer une jolie femme il répondait : « il est vrai qu'elle a de la beauté, mais la reine est encore plus belle. » A un autre qui osait lui parler des facilités qu'un roi peut rencontrer, il ripostait vivement : « Jà, à Dieu ne plaise que l'adultère entre jamais en ma maison^ »! Il n'aimait pas les décolletages exagérés. « Nous remarquions en lui, écrit Malherbe, une très grande répugnance à toutes sortes de vices -. » Il détestait le mensonge ; il avait en horreur les mots grivois : quand son entourage, gens de la cour de Henri IV, ayant de la peine à se contenir, risquaient des plaisanteries vives : « Je ne veux point que l'on dise des saletés et des vilenies! » prononçait-il avec colère^. Aussi le P. Cotton vantait-il au duc Maxim ilien de Bavière la bonne nature du prince toute portée au bien\ L'opinion était unanime. C'était à qui proclamerait, comme le nonce Gorsini, « l'immuable vertu du roi, » son « innocence et probité, » son éloignement pour toutes les distractions habituelles aux gentilshommes de son âge, le jeu, les femmes. On énumérait ses qualités morales'. A neuf ans, il s'était fait à lui-même un tableau de ceux des anciens rois, ses prédécesseurs, qu'il voulait imiter, avec la vertu correspondante à chacun d'eux : Saint-Louis, la piété; Henri IV, la clémence;
1. Jean Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 364, 366, 368; Charles de Noailles, évêque de Saint-Flour, L'Empire du juste selon l'institution de la vraie vertu, Paris, 1632, in-4°. Préface.
2. Malherbe, lettre à Luynes, dans Œuvres, éd. Lalanne, t. I, p. 394.