‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 71 sur 345 · Sauvai, Antiquités de la ville de Paris, t. II, p · texte numérisé non relu

Sauvai, Antiquités de la ville de Paris, t. II, p

3. J. Bonnet, Hist. de la musique, Paris, 1715, in-12, p. 323. Voir, pour ce qui précède : Tallemant, Historiettes, t. II, p. 246; Oroux, Histoire ecclésiastique de la cour de France, 1777, t. II, p. 384.

Mais avec le goût des arts,' ce qui a essentiellement caractérisé Louis XIII, c'est le goût pour la mécanique. Le jeune roi était né mécanicien.

« Il étoit industrieux et adextre, écrit Sully, en toutes sortes de sciences, exercices, arts et métiers où il se vouloit appliquer. » « Il savoil mille choses, dit madame de Motteville, comme tous les arts mécaniques pour lesquels il avoit une grande adresse et un talent particulier'. » Haliile de ses doigts, aimant les outils, le jeune roi travaillait avec patience et succès. De bonne heure il avait manifesté ses préférences, au grand mécontentement toujours de ses précepteurs, assez dédaigneux de pareilles futilités. Vauquelin des Yveteaux trouvait vraiment que le roi « aimoit beaucoup plus les armes mortes que les vivantes qui sont les hommes et qui sont les vrais et propres instruments et outils des princes. » « Il est à propos de regarder, ajoutait-il, que Sa Majesté ne s'amuse pas trop aux mécaniques et aux choses qui dépendent de la main, car ceux qui s'amusent à faire des horloges, des ponts, fondre des canons et faire toutes sortes de machines, ont eux-mêmes plus de rapport avec les ingénieurs qu'avec les rois de qui la science principale est de faire différence des hommes et de les bien connaître- ».

Louis XIII avait une petite forge au Louvre, dans les parties supérieures du pavillon du roi, et une autre au

1. Sully, Économies royales, éd. Michaud, t. II, p. 477; Madame de Motteville, Mém., même édition, p. 45. ,Voir aussi la lettre du P. Cotton, Bibl. nat., Moreau 1278, fol. 139 v°.

2. Note sur l'éducation du prince, Bibl. nat.. Cinq Cents Colbert 98, p. 195. Tallemant travestit toutes ces occupations de Louis XIII et les présente dans un groupement qui donne une idée défavorable du jeune roi (Historiettes, t. Il, p. 245-6.)

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château de Saint-Germain. C'était principalement les armes qu'il travaillait : « Sa dextérité est merveilleuse en toutes sortes d'ouvrages à la main, écrivait un gentilhomme : un temps a été qu'il n'avoit point de plus familier divertissement es heures perdues, qu'à fondre et forger des armes '. » Il fondait de petits canons : L'ouvrier qui lui montrait le métier était un certain Mabereau qu'il avait fait venir de Limoges exprès « pour servir Sa dite Majesté en choses rares esquelles il a accoutumé de travailler », comme « armurier, orlogeur, sculpteur et fondeur. » C'est avec lui qu'il démontait, remontait, réparait et travaillait ses armures 2.

Il avait un très beau cabinet d'armes, garni d'arquebuses nombreuses, de mousquets de tous genres, de petits canons, d'épées innombrables, de pièces damasquinées et autres. Un de ses gens, le sieur Jumeau, « artillier », gardait la clef, entretenait la collection, et tenait soigneusement un inventaire à jour ^.

Louis XIII menuisait. Il avait un établi et maniait la varlope. En voyage, une volée de son carrosse se cassaitelle, il était en mesure d'aller lui-même avec une hache

1. De Bellemaure, le Portrait du roU 1618, p. 28; Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 357 v% 433 r"; 4026, fol. 420 V, 426 t"; 4027, foi. 127 v"; J.-B. Matthieu, Ilist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. 11, p. 00.

2. Arch. nat., E. 55', foi. 111 r°, arrêt du conseil du 23 juin 1617, aplanissant les difficultés que les communautés et jurés des arts et métiers de Paris fout à cet Edouard Mabereau.

3. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4023, fol. 282 r°; lettre de Malherbe à Peiresc dans OEuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 465; lettre de Louis XIII à la veuve Jumeau du 13 septembre 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 150 v". Il y a tout un personnel pour les armes du roi : sommelier d'armes, armuriers, arquebusiers (Bibl. nat., ms. Glairambault 378, fol. 402 r"). Un certain nombre de ces armes de Louis XIII sont conservées au Musée d'artillerie.

dans un bois voisin couper un petit arbre; il « l'accommodoit, le réunissant dans le fer, l'y serroit ». On fut inquiet un jour d'un mal qu'il eut à l'œil gauche, « pour s'être entré de l'ordure de bois en le sciant et soufflant dessus. »

Il maçonnait. A Saint-Germain il monta « un petit fourneau de forge, de brique et de mortier. » Il tournait l'ivoire. Il avait un tour : c'était un allemand qui lui avait appris l'art de façonner de petites pièces d'ivoire. A Lésigny il s'amusait « à souffler des verres- ». Il fut imprimeur; il monta une petite imprimerie, toujours dans le haut du Louvre. « Le roi, expliquait Charles Bernard, ayant voulu avoir connaissance de toutes sortes d'arts, voulut voir en quelle façon les livres s'imprimoient et comment plusieurs caractères, diversement arrangés, marquoient des feuilles en peu de temps pour multiplier toutes sortes d'écrits. Il fit dresser une belle imprimerie en haut du grand pavillon du Louvre, où Sa Majesté prit plaisir à voir travailler, faisant imprimer plusieurs prières et ensuite quelques quatrains que ses courtisans faisoient à l'envi l'un de l'autre pour le divertir. » Bernard dirigeait le petit atelier 3.

1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4023, fol. 355 r°; 4026, fol. 217 t".

2. Héroard, Bibl. nat. ms. fr., 4025, fol. 458 r"; 4026, fol. 61 r°, 197 r°; Journal, éd. Soulié, t. II, p. 130 et 132.

3. Discours sur la vie de Ch. Bernard, en tète de V Histoire de Louis XIII, de celui-ci, 1646, in fol. Un fragment de l'œuvre de Bernard a été imprimé dans cet atelier avec l'adresse, Imp. royale. Les imprimeurs de Louis XllI en 1624 étaient Pierre Métayer, Frédéric Morel, la veuve Robert Ballart (Bibl. nat., ms. Clairambault 378, fol. 401 r"). Les deux premiers, imprimeurs officiels du roi, avaient le privilège d'imprimer édits et ordonnances (lettres patentes du 7 mars 1624, Arch. nat., X'" 8649, fol. 261 r°). En mars 1619, Louis Xlll acheta de Paul Etienne les matrices grecques d'imprimerie de François I" pour empêcher qu'elles ne fussent vendues à l'étranger (Arch. nat., E. 6l">, fol. 314 r°).

Louis XIII s'intéressait à toutes sortes d'inventions. Avec l'hydraulicienFrancine, il étudiait les effets d'eau, se faisait montrer par celui-ci les agencements divers combinés et s'essayait « à faire des hydrauliques pour des fontaines. » Avec ses artificiers ordinaires, Jumeau et Morel, il fabriquait « de petits engins à feu, » des pièces d'artifices, des fusées, auxquelles ensuite il mettait le feu « sur le portail du bâtiment neuf », à Saint-Germain, et dont les effets, nous assure-t-on, étaient « fort beaux. ^ » Il n'était ouvrier qu'il ne vit « besogner » sans regarder attentivement comment il s'y prenait afin de l'imiter, tellement cette curiosité universelle le sollicitait vers tout et le besoin d'activité incessante était impérieux chez lui. Mais pour un jeune prince actif et un roi en perpétuel mouvement il était une occupation qui devait naturellement primer toutes les autres, c'était l'équitation et la chasse : Louis XIII a été un excellent cavalier et un chasseur émérite.

« Encore que les Français naissent le cheval entre les jambes, écrivait un de ses précepteurs^ et que le port et la belle assiette soient plus considérables aux grands que la science délicate de la main, du talon et des autres aides qui regardent les quatre manèges, on doit pourtant mettre en peine que notre prince ne soit pas moindre en cela que Henry le Grand qui, dans les tournois et devant les dames qu'il ne haïssoit pas, a toujours passé comme le plus beau gendarme et le meilleur coureur pour le port de la lance, le parte-

I. Héroard, Journal, Bibl. iiat., ms. fr. 4023, fol. 468 i", 469 r°; 4026, fol. 107 r" et v", 112 v°.

ment du chevalier, la beauté de la course ou pour la justesse et la netteté d'arrêt' ». On avait attendu que Louis XIII eut quatorze ans pour le mettre en selle -. L'écuyer auquel il avait été confié était Pluvinel, homme d'expérience, expert en son art, ayant des théories qu'il écrivit. Nous pouvons assister aux leçons d'équitation de Louis XIII, les phases de son instruction ayant été gravées par Crispin de Pas en une suite de magnifiques estampes ^ Louis XIII était beaucoup mieux à cheval qu'à pied*. Il devint très habile. « Il manioit son cheval avec tant de grâce, disait un de ses familiers, qu'il lui faisoit faire tout ce qu'il vouloit^ » Pluvinel assure que « le roi n'avait guère de pareil pour ce regard en son royaume » ; et en effet, aucune difficulté n'arrêtait le prince, rien ne l'effrayait ^ Souvent on constata son habileté. A Narbonne, lors de son entrée solennelle, le 17 juillet 1622, son cheval, qui avait « la croupière trop serrée », sauta les quatre fers en l'air, le surprit; « il se remit si dextrement qu'à peine il y paroissoit et n'en parut aucune chose à sa contenance ». En chasse il allait à toute bride, « à son accoutumée ».

1. Note de Vauquelin des Yveteaux sur l'éducation de Louis XIII, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 203.

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