De Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, p
6. Lettre de Puisieux au chancelier du 16 mai 1622, Arch. des Aff. étrang., France 776, fol. 122 r». CL une lettre du P. Arnoux au comte
position, dans l'impossibilité oii elle sera de prendre à partie personnellement la Majesté royale parce que l'esprit public pénétré du respect dû au souverain, ne rend pas possible cette manière choquante, en sera réduite à soutenir que le roi est entre les mains d'une camarilla qui le conseille, le conduit et agit en son nom, puis à attaquer la camarilla, Louis XIII supportera impatiemment cette interprétation des faits : il écrira à sa mère, qui mène la campagne de l'opposition : « On ne peut accuser le gouvernement de mon Etat que le blâme n'en tombe principalement sur moi; c'est pourquoi je ne dois point croire que vous voulussiez m'ôter la gloire de mon règne en me donnant la réputation de n'agir que par les mouvements d'autrui ^ » Il lui déclarera : « Quant à l'administration de mes afTaires dont, sans sujet, /ous avez été pressée de vous plaindre, je ferai cognoistre à ceux qui l'ont entrepris que c'est moi qui gouverne mon royaume et qui agis en tous mes conseils^. » Et lorsqu'étant à Dives, en 1620, quelqu'un de l'entourage de Marie de Médicis, le vicomte Sardini, viendra le trouver afin de lui remettre de la part de la reine mère une lettre contenant les mêmes reproches, il y aura une scène; Louis XIII recevra l'envoyé mais, tout en colère, lui dira qu'il refuse d'accepter sa lettre : c< ce n'est point la reine ma mère qui me l'a écrite, lui dira-t-il, vous l'avez faite à Paris »; et Sardini réponde Béthune du 3 avril 1619, Bibl. nat., Cinq-Cents Colbert 97, fol. 148 r% et une lettre de Poncliartrain du 7 avril 1619, Négociation commencée à Angoulême avec Marie de Médicis, 1673, in fol., p. 137.
1. Lettre de Louis XIII à sa mère du 17 mars 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 25 r°.
2. Lettre du 12 mars 1619, dans Négociation commencée à Angoulême avec Marie de Médicis, p. 25.
dant qu'il n'a pas été à Paris : « Je sais bien que c'est vous qui l'avez faite. Si la reine ma mère a quelque chose à me mander, elle me le peut faire savoir par mes députés qui sont près d'elle. Allez-vous en tout à cette heure et que je ne vous voie plus ! ^ » Voilà le Louis XIII impérieux et personnel.
Ce Louis XIII impérieux et personnel, on le retrouve chaque jour dans les mille incidents de la vie quotidienne, se révélant moins par des éclats — il est trop timide pour s'y livrer — que par une attitude et un langage trahissant son caractère entier et volontaire. Il a prié M. de Mortemart de venir le rejoindre à l'armée en 1622. M. de Mortemart met deux mois à faire le voyage, arrive lentement suivi de 25 à 30 gentilshommes, de quantité de chariots et de mulets, puis, au bout de quatre jours, sous prétexte d'affaires quelconques à traiter en Poitou, repart et vient prendre congé du roi : « Oui-da! oui-da! M. de Mortemart! » fait Louis XIII piqué; et après quelques pas dans la pièce, moitié gouailleur, moitié irrité : « C'est M. de Mortemart qui est arrivé depuis quatre jours et qui s'en retourne! » L'assistance se moque ; l'autre est mortifié". Nous avons une curieuse mimique du prince écoutant une déclaration que viennent lui lire des députés protestants au nom d'une assemblée de leurs coreligionnaires. Cette déclaration impatiente Louis XIII en raison du ton et
1. Véritable relation de ce qui s'est passé au voyage du roi depuis le 7 juillet jusques au 26 du même mois, Paris, 1620, in-12, p. 13 (récit officieux); voir aussi : Aruauid d'Andilly, Journal, 1620, éd. Halphen, p. 28; M. Mole, Méni., éd. GliampoUion-Figeac, t. 1, p. 243, et Richelieu, Mém., t. I, p. 223.
2. Récit de l'exempt des p,ardes du corps Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 0163, p. 329 : 10 août 1622, à Béziers.
(les idées exprimées : mais il n'interrompt pas; il se borne à tourner d'un côté et de l'autre, retirant son chapeau, le remettant brusquement. La harangue finie, il demeure silencieux une minute, après quoi passant ses doigts deux ou trois fois sur son front, puis serrant la main de l'orateur, il lui dit sèchement : « Je remercie ces messieurs ' ».
Quand il est mécontent des gens, il a des gestes d'un hautain royal qui font penser à Louis XIV. M. d'Épernon s'est révolté contre lui : rentré en grâce il est admis à venir recevoir son pardon. Louis XIII regarde par la fenêtre au moment oii le duc entre dans la pièce où se trouve le prince et le laisse approcher, sans daigner se retourner : d'Épernon salue très bas : après quelques instants d'un silence humiliant, le roi consent à faire attention au duc et à le regarder : celui-ci met les deux genoux en terre ; Louis XIII prononce quelques mots secs ■. Lorsque M. de Rohan viendra également présenter ses regrets à la suite de sa rébellion de 1622 et la paix de Montpellier faite, la scène sera aussi intimidante. Louis XIII le recevra le soir, tard, à neuf heures, « faisant semblant de vouloir s'en aller à ses affaires. » Rohan entrera à la ruelle du lit où est le souverain, « mettra un genou en terre, baissera la tête fort bas, puis demandera pardon au roi, mais si bas que quasi personne ne l'entendoit. Le roi lui dit qu'il fit mieux à l'avenir \ »
1. Déclaration de messieurs de la religion prétendue réformée au roi, faite à Sa Majesté par les députés de leurs assemblées, le 15 juillet 1620, F*aris, 1620, in-12, p. 12.
2. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 352 r°; Arnauld d'Aadilly, Journal, 1620, éd. Halphen, p. 45.
3. Arnauld d'Andilly, Journal, 1622, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 32 v°.
Quand le duc de Longueville, à la suite de sa révolte de 1G20, viendra également trouver Louis XIII, il osera dire au souverain d'un ton léger : « Sire, je trouve que Votre Majesté a bien grandi! » « Et moi, mon cousin, répondra brusquement le prince, je trouve que vous êtes bien diminué ! » '
Conscient du principe que les formes extérieures du respect mènent au respect, Louis XIII tient à ce qu'on lui témoigne ces marques de déférence dont nous venons de voir les plus grands seigneurs subir l'humiliante obligation. Suivant les anciens usages, le prince de Condé « baise humblement la botte » du roi". Louis XIII n'admet pas que par une discussion en sa présence ou quelque geste déplacé, on manque au respect qui lui est dû. Un jour oiî d'Epernon et le chancelier du Vair se disputent ensemble à propos d'une question de préséance, d'Epernon, dont les manières cassantes et le caractère altier sont légendaires, se laisse aller à « hausser » la parole devant Louis XIII, celui-ci qui est assis, « se lève contre M. d'Epernon et le malmène ^ » Pour les seigneurs qui s'oublient dans les disputes d'antichambre, le prince est inexorable. Devant Négrepelisse, en 1622, un c:entilhomme, M. d'Ambleville, voulant
1. Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 29 septembre 1620 (Bibl. nat., ms. ital. 1774, p. 209).
2. La Réceplion faite à Monseigneur le Prince à son arrivée à CItantilly, Paris, S. Moreau, 1G19, in-12, p. 5.
8. Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. \{, p. 135; en mars 1618. « Le roi, écrit le nonce le 22 novembre 1617 (Bentivoglio, Letterc, t. II, p. 84), a parlé au Conseil en termes énergiques du fait que d'Epernon avait près de lui des soldats du régiment des gardes françaises en guise de garde personnelle; il a dit : « Il n'y a pas d'autres gardes en France que ceux qui servent auprès de ma personne », et il n'a pas voulu que ces soldats continuassent à figurer dans son régiment ».
pénétrer dans l'appartement royal malgré l'huissier de la chambre qui répète avoir reçu l'ordre de ne laisser entrer personne, s'emporte et frappe l'huissier. Un assistant, M. de Ribeuf, s'interpose : d'Ambleville tourne sa colère contre Ribeuf, le soufflette : ils se battent; le corps de garde intervient afin de les séparer. Louis XIII fait conduire l'agresseur en prison, l'enferme pour un an dans une petite place du Quercy et lui enlève la survivance du gouvernement de Cognac qu'il possédait'. Deux jeunes gentilshommes, chargés de porter les oiseaux du roi, se sont appelés en duel après une contestation futile : on conseille à Louis XIII de les empêcher de se battre : « Non, fait-il, qu'on ne les empêche pas; laissez les battre ; je les séparerai bien, je leur ferai trancher la tête-! » Voilà l'autoritarisme cruel qui apparaît et dont, enfant, Louis XIII a donné tant de preuves ! De fait, l'entourage ne paraît jamais sûr, avec lui, de ce qui peut arriver. MM. du Maine et d'Epernon venant voir le roi, à Blaye, en 1620, et trouvant tous les Suisses en armes, se demandent s'ils ne vont pas être arrêtés : « Nous vat-on coffrer? » disent-ils à Bassompierre, colonel du régiment et Bassompierre de leur répondre : « Je ne le crois pas, car je n'en sais rien et je serais infailliblement un des violons qui vous f croient danser si cela estoit. ^ » Henri IV causant avec le ministre Daniel Chamier, en 1607, lui prédisait que « le dauphin seroit d'un
1. Journal de l'exempt des gardes Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6163, p. 15G-8. Voir aussi l'attitude de Louis XIll à l'égard de Vitry et Luxembourg se soufnettant dans son antichambre {Journal d'Arnauld d'Andilly, 1622, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 5 v").
2. 30 décembre 1622, Iléroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 138 v". Cf. notre Au temps de Louis XIII, p. 61.