‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 88 sur 345 · Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p · texte numérisé non relu

Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p

naturel tel qu'il le falloit à la France, ayant assez de courage pour se faire craindre et se servir du glaive que Dieu avoit mis en la main des rois : » il ne s'était pas trompé \

Volontaire, Louis XIII l'est à vingt ans comme il l'a été enfant. Ce qu'il a décidé, il le tient; il est difficile de le faire changer. Le P. Arnoux fait allusion au cours d'une lettre qu'il écrit à M. de Bélhune, à « l'ardente et résolue volonté du maître qui ne veut être contredit et pressé sur ce qu'il a une fois déclaré" ». Un mois après son entrée au Conseil, en mai 4624, Richelieu s'entretenant avec l'ambassadeur vénitien Pesaro, lui avouera reconnaître que le roi est « volontaire et ponctuel* ». « Le prince qui, dans ce qu'il entreprend, est extrêmement violent et obstiné, dit un ambassadeur étranger, maintient ses décisions envers et contre tous\ » « Il faut, dira un gentilhomme de son entourage, que bien assurés soient ceux à qui, quand il prend le ton du maître, l'audace ne tombe incontinent du front dans la soumission : il a peu de paroles, mais toutes portent. De quatre rois que j'ai vus dans le Louvre, celui qui discouroil le plus a été le moins obéi. Celui-ci l'est extrêmement bien.

1. Ch. Read, Henri IV et le ministre Daniel Charnier, Paris, A. Durand, 1854, in-8% p. 58.

2. Lettre du 3 avril 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 148 r"). Le duc d'Épernon écrivait à Louis XIII, de Metz, le 17 janvier 1621 : « 11 n'y a point d'apparence que vous ne dépendiez que de vous-même » (Bihl. nat., nouv. acq. fr. 7798, fol. 221 r").

3. Dépèche de Pesaro du 31 mai 1624 (Bibl. nat., ms. ital. 1782, p. 267). Richelieu a occasion d'écrire en 1624 : « Le roi refusa tout à plat » {Mém., éd. Michaud, t. 1, p. 300).

4. Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 30 octobre 1623, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 229. Cf. ce que dit le P. Cotton (Bibl. nat., Moreau 1278, fol. 141 v°) et la fin d'une lettre du roi à M. de la Force, du 4 mars 1621 (dans Mém. du duc de la Force, t. 11, p. 522.)

Il n'entreprend rien, en quelque chose que ce soit, dont il ne vienne à bout; et cela procède de ce que l'on connoit qu'il est d'humeur de s'en faire accroire * ». « Je trouve fort mauvais, écrira Louis XIII à une personne n'ayant pas immédiatement obtempéré à un de ses ordres, que vous ayez fait difficulté d'obéir aux commandements que le sieur de Bonnevau vous a porté de ma main; si vous n'y satisfaites et que vous apportiez encore des difficultés, je saurai bien faire exécuter ce qui est de ma volonté. Vous devez rechercher des bienfaits de ma libéralité par d'autres voies qu'en me désobéissant. La lettre que vous m'avez écrite vous accuse plutôt qu'elle n'excuse votre faute. C'est ce que j'ai à vous dire^ ». « Croyez qu'il veut être obéi, concluait M. de Sceaux, secrétaire d'Etat, écrivant à Henri de Noailles, et qu'il prendra mal à ceux qui manqueront à ce qu'ils lui doivent^ ».

L'impression que laissent les documents en effet est que la personne de Louis XIII, vers 1620, est obéie et redoutée. La situation politique confuse, sans doute, la force excessive de certains éléments d'opposition, l'état dangereux du royaume placé entre les mains de gouverneurs, grands seigneurs, plus puissants que le roi; un monde protestant organisé, indépendant, en révolte

1. C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 163; de Bellemaure, le Portrait du roi, p. 39.

2. Lettre du roi à madame Jumeau, du 30 octobre 1622 (Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 165 r°). Il ordonne à M. de Fourcy, surintendant des bâtiments, d'enfoncer des portes si on n'obéit pas ifol. 164 v°).

3. Lettre de M. de Sceaux à Henri de Noailles du 18 février 1618, citée par Ghantérac dans le Journal de Bassompierre, t. II, p. 417, d'après les archives du château de Mouchy. M. de Sceaux dit : •> Notre maître ", en parlant du roi.

facile, ont amené des troubles; mais, même au milieu de ces troubles, la majesté souveraine du roi demeure théoriquement en dehors des rébellions. Par des fictions de langage singulières, tout en tirant sur les armées du prince, on proteste ne pas se départir du respect et de la soumission qui lui sont dus; et lorsqu'en effet on se retrouve devant lui, seigneurs, bourgeois, manants, tout le monde se prosterne. Il n'en était pas ainsi, à la fin du XVI* siècle'. Le caractère et la personnalité du jeune roi ont certainement contribué à produire le résultat obtenu, provisoirement de principe, en attentant que partout un règne de pression, ce principe soit devenu un fait.

Mais déjà, et avant que Richelieu n'ait le mérite prétendu d'avoir appris à Louis XIII à exercer sa charge, ou mieux, même, dit-on, ne l'ait exercée à sa place, le jeune roi sait bien ce qu'il veut et ce qu'il veut est précisément une obéissance entière et rigoureuse. S'il entend rétablir l'ordre dans le royaume, réduire les grands, briser la force publique des huguenots, c'est qu'il a en vue une politique qui se résume sur ses lèvres d'un mot : être obéi. Il montera à cheval, se mettra à la tête de ses troupes, parcourra la France afin de la réaliser. En 1621, il écrit à Anne d'Autriche : c( Je continue mon voyage : ma résolution est d'être obéi partout ». Lorsqu'il a réussi, il mande à sa femme : « Ayez le contentement de croire que tout m'obéif- ».

1. Même sous Henri IV, les manières des gens de cour sont plus libres avec le roi qu'elles ne le sont déjà en 1620 avec Louis XIII. Voir notre livre, la Vie intime cVime reine de France au XVIP siècle, p. 202.

2. Lettres de Louis XIII à Anne d'Autriche de 1621, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 138 et 126.

LE SOUVERAIN. i67

Ceux qui fréquentent la cour connaissent l'expression du prince et la répètent. « Le roi veut être obéi », dit le P. Joseph au cardinal Borghèse\ « Le roi est rigide dans sa volonté d'être obéi et de faire prévaloir son autorité par la force », mande un ambassadeur étranger-. « Le roi, écrit le nonce, n'a pas autre chose à la bouche que de vouloir monter à cheval pour se faire obéir du premier qui perdra le respect^ ». Et déjà, aussi, quelques uns des gestes ou des termes énergiques qui, plus tard, passeront pour caractériser la manière de Richelieu, apparaissent, révélant l'humeur personnelle d'un prince, encore, cependant, bien peu sûr de lui-même et hésitant, mais déjà formé. Le comte et la comtesse de Soissons sont sur le point de quitter précipitamment Paris, la nuit, afin d'aller se joindre au parti révolté de Marie de Médicis; Louis XIII décide de les faire arrêter immédiatement : il faudra les observations de Bassompierre et de Luynes sur les dangers de cette mesure, en raison de l'absence réelle de preuves, pour l'empêcher d'exécuter son dessein '". Devant Montpellier, qu'il assiège, les protestants rebelles de la ville sont venus lui proposer de rendre la place à certaines conditions qu'ils énumèrent. Le roi leur répond hautement :

1. Lettre du 13 septembre 1617, citée, d'après les archives Borghèse, par Fagniez, le P. Joseph et Richelieu, t. I, p. 79.

2. Le 13 avril 1621, cité par Zeller, Le Connétable de Luynes, p. 50. Happroclier un mot de Malherbe à Peiresc dans le même sens, Malherbe, ÔEuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 465.

3. Lettre du !"■ août 1618, à propos des affaires du Béarn (Bentivoglio, Lcttere, t. II, p. 522-3). Luynes écrit à M. d'Humières le 22 mai 1621 : « Le roi est à cheval à la tête de son armée et s'en va droit pour châtier ceux qui ne lui rendront ce qu'ils lui doivent » (Arch. du château de Dampierre).

4. En juin 1620. Bassompierre, Journal, éd. Ghantérac, t. II, p. 155.

« Retournez à Montpellier et dites à ceux de la ville que je donne des capitulations à mes sujets, mais que je n'en reçois point d'eux : qu'ils acceptent celles que je leur ai oITertes ou qu'ils se préparent à y être forcés ' » ! C'est le ton d'un maître et d'un roi!

Roi, Louis XIII l'est avec tout ce que ce mot comporte de majesté et de puissance. Quoique simple de tendances, comme son père, comme son père, aussi, il sait aimer à certaines heures, cette représentation et cet éclat des cérémonies qui frappent les imaginations et imposent le respect de l'autorité aux foules. Il a tout ce qu'il faut pour jouer le rôle : il est froid, impassible, conservant un grand air, n'ayant que quelques gestes sobres et harmonieux. « Il n'y a personne, écrit Bernard, qui en ses habits de cour et de parade, le voyant d'une belle prestance, d'une contenance grave et d'un port tout plein de majesté, ne soit ému à l'aimer et à le servir - ». Des cadres de la cour de France, formés lentement à travers les siècles et conservés d'âge en âge, accrus peu à peu, encombrés d'un personnel chaque jour grandissant — 1 725 personnes sous Henri III, — il a tout conservé. Le grand appareil des neuf offices de la couronne continue à l'entourer avec la multitude des charges de gentilshommes groupés autour de chacun d'eux. La garde demeure entière, rutilante et chamarrée ^ Comme

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