‹ Le roi René écrivainChapitre 3 sur 5 · sie, 4 De DE ‘Sb · texte numérisé non relu

sie, 4 De DE ‘Sb

Fi1G. 7. — Embarquement de Cœur.

(Miniature du ms. de Vienne.)

Original from

Original from

René connaissait très bien, car il avait rimé avec lui aux jours de ses fêtes qui réunissaient à Blois tous les rimeurs du centre de la France.

Cœur, le galant chevalier qui ressemble au roi René comme un frère, chevauche très joyeux, suivi par Désir. Ce chevalier, qui donne tant de coups, qui tient tant de périlleux pas d'armes, est fin connaisseur de blasons, toujours comme le roi René. Or voici que Cœur et Désir, comme les autres chevaliers de la Table Ronde au temps du roi Arthur, courent les aventures. Ils rencontrent le manoir de dame Espérance, l’ermitage de la naine Jalousie, la forêt de Longue Attente, la fontaine de Pleurs, la vieille qui est Mélancolie, tout le décor et les personnages de la comédie de Charles d'Orléans enfin. Et surgit de la mer l’île d'Amour, où l’airest net et pur, sans vent comme sans nuées ! os

« Et le jour gaignoit la nuyt forment en soy esclardissant, par faczon que la lune n’avoit clarté que peust plus le jour sourmonter ; et ja les oyseletz s’appeloient l’un l’autre. D'autre part, la mer estoit coye et seraine, et ne bruyoit en façon nulle ne que fist ung estang ; les mouettes aussi commencerent a voler par dessus la marine, et d’autres si troetoient sur le sablon menu que beau les faisoit veoir. Le jour tant s'efforça, qu'il envoya couchier la lune et les estoilles, sicque plus nulles ou ciel n’apparoissoit; et lors les vavasseurs, quant 11z virent le jour, eurent-ung

pou vergongne de ce qui tant 1lz avoient mis a eulz mectre en point, vestir et abiller..… » Car tel est le ton du romantique roi René, son clair de lune. Comme un conteur oriental, il disait l’île enchantée et magique, l'église d'une beauté céleste, édifiée en marbre bis sur roche de diamant fin, couverte de plaques d'argent émaillé d'étoiles d'azur ; la mystérieuse lumière qui enveloppait toutes choses. Car « il n’estoit pas encore nuyt obscure, non obstant que le soleil ne royoit . plus ; si faisoit il encores moult cler, comme en jour d’esté.…. »

Quant au château de Plaisance, il nous apparaît à la fois comme le château de Saumur, et aussi comme une demeure imaginaire, brillante d’or, de pierreries, enrichie d'œuvres d’art. « Et tout premier ladicte salle estoit parée de carreaux de toupasses, d'amerauldes, rubiz et saphirs, d'œuvres de musayque a fleurs et personnaiges, a grans lectres ou grecques ou morisques. Les bans et selles estoient de fin or. Les tables et treteaulx estoient aussi d'argent. En la salle avoit dix grans tapis de soye et tous batuz d'or, de l’ouvraige d'Arras... » En vérité, dans cette grande salle parée de mosaïque, Dr-mi ces objets mauresques, ceux-là mêmes qu’ ce aservait dans ses retraits et que nous décrivent ses inventaires, comment ne pas reconnaître une demeure du roi René ? Et quand son héros va vers l'hôpital d'amour, il décrit curieusement les

2ne9a

(1eN “IGIg EL op 66€Ÿ2 ‘1j SU np a1n}eIuIW) [2P SiOU 1909 2] 211 ooueiods4 luawuwoT

OI

UNIVERSITY OF MICHtéÉtER

ed by Got qle

Digitiz

f Me a e

{ =, ne ee b \ \

Original from

% ° ff /

Aie, ds ET Horn fau Icfrauk Grt ici Le lérmt Hit LECALIME FU CEUNT L MI mairpranceu fé fre Cet rou dmoucuis nc lauaura X

L 4 de Ge , { à : :

IMMICALUNX CUMMMME lur Ai Fil

truc <t fé 54 PRELEN E

la harne ém till

- : P — 5 | bui muc xffaul eme © VE ” € qus fc oui HouC NMfAMI à r JE À ROcmarix Mermwmte can NE \'Æ : CT Le fr beuuace ccanc CRE NE N 234 re 2e LE .,® n°4? æ )2 éur \ 6) Ty F2 1 } »° p: VS 14e 1% \ + x a.

SA AR US : vs re Es VA 4 | + er, vs C LI ST gr à .. r LI

\;e de R + «€ à TR ‘6 € a k SES NL *.-> de ® fn UE SR dé À 0 nt a

F1G. 9. — Rencontre de Cœur et de la naine Jalousie. (Miniature du ms. de Vienne.)

RÉ Original from Digtized by (OC qle UNIVERSITY OF MICHIGAN

Original from

blasons suspendus avec les devises très malicieuses de ceux qui moururent d'amour, comme René pouvait bien donner à ses hôtes des consultations sur les armes et les tournois.

Les héros d'amour du roi René ce sont Jules César, qui, frappé au cœur de l’amour de Cléopâtre, abandonna « tout pris et los d'honneur » pour mener vie oisive (n'est-ce pas là sa propre histoire que nous conte René?); Auguste, qui s'inclina devant Livie ; Néron, vaincu par l'amour de la belle Cristines; Marc Antoine, David. Et l’on entrevoit aussi la pancarte du Cerf volant, c'est-à-dire du roi Charles VITI...; mais elle est placée si haut qu'on ne peut la lire, dira en souriant René. Et il nous montre encore les armes de Thésée, d'Énée, d'Hercule, du beau Pâris, de Troylus, de Diomède et Demophontes, de Lancelot, de Tristan, de Pontus, celles du petit Arthur, duc de Bretagne, qui souffrit pour Jehannette de Lestang; de Louis d'Orléans, qui s'était laissé: aimer, l’indifférent -que frappa un jour le coup de foudre; du bon duc de Berry,qui devint fou d’une dame anglaise; du duc Louis de Bourbon, de Philippe de Bourgogne, de Charles d'Orléans, amoureux d’une anglaise pendant sa captivité, de Charles de Bourbon, qui, embrasé d'amour, avait pris pour devis le feu grégois.. Mais parmi ces défunts, plusieurs sont bien vivants, comme Charles d'Anjou, Charles d'Orléans, comme Gaston de Foix désigné par Vaillant pour juge d’un débat

d'amour, comme Louis de Beauvau, le sénéchal de Provence, comme Pierre de Brézé, comme le roi René lui-même, qui se représente tel un mendiant d'amour... Parmi les tombes des poètes qui étaient enterrés dans l'hôpital d'amour, on remarquait celles de Boccace, de Clopinel, de Pétrarque et d'Alain Chartier.

Et dans l'étrange château de cristal où tout est splendeur, où règnent les deux figures Fantaisie et Imagination, qui semblent bien avoir asservi le roi de Sicile, il y a un étrange magasin de curiosités, bien digne du roi René qui en posséda tant : la corbeille où fut suspendu Virgile, les ciseaux par lesquels fut coupée la chevelure de Samson, la bride et la selle que ‘porta Aristote, un métier à filer qui servit à Hercule. Merveilles qui ne déparaient pas le bassin où il y avait deux sirènes apprivoisées, aux crins comme des fils d'or, aux gentils tétins droits et pointus, et qui venaient quand Madame Oiseuse les sifflait; et aussi le beau colombier d'argent, où perchaient les perroquets verts, par cents et par milliers, dans le manoir du dieu d'Amour. Car c'était la coutume du seigneur de l’endroit de manger des cœurs de perroquets, pour se maintenir en joie, ajoute malicieusement René (1).

(tr) Nous n'avons pas mentionné parmi les œuvres du roi René L’Abuyé en Court. Il n’y a pas lieu de mettre en doute l'attribution du ms. fr. 12775, qui donne cet ouvrage à Charles de Rochefort. Cf. L’Abuzé en Court, notice de E. Droz : Association Guillaume Le Roy, Lyon, 1925.

F16. 10. — Magasin de curiosités au chateau de Plaisance visité par Cœur.

(Miniature du ms.fr. 24399 de la Bibl. Nat.)

Original from

Original from

Un homme comme le roi René, qui a écrit ses propres imaginations et rimé à Blois avec Charles d'Orléans (en 1444, en 1457), était naturellement le protecteur des lettres ; il a demandé à ses serviteurs de rédiger pour lui certains travaux. C'est ainsi que nous rencontrons dans sa maison Antoine de la Salle, l’auteur du Petit Jehan de Sainiré et de la Salade, qui fut chargé de l’éducation de Jean, sire de Calabre, et fut juge d’un des tournois à Saumur.

Un des premiers officiers du Roi était Louis de Beauvau, grand sénéchal d'Anjou et de Provence, à qui l’on doit une relation intéressante du tournoi de Tarascon de 1449 et une traduction du Philostrate de Boccace, ouvrage si goûté de Marie de Clèves et des jeunes femmes qui entouraient alors Charles d'Orléans (1). Ce chevalier, d'une des plus nobles familles d'Anjou, était tout italianisé et admis dans le retrait de son maître ; il demandait à la lecture des romans le soulagement des peines d'amour qui le séchaient sur pied.

Enfin, le roi René avait rencontré à Rome un pauvre rimeur, Pierre Chastellain, d'origine du nord, qui nous a conté sa misère et ses aven-

(x). Bibl, Nat., fr. 25528.

tures dans son poème du Temps perdu, aux environs du Grand Jubilé, et se mit à son service. II l'avait accempagné à Aix et à Tarascon et recevait du Roi une harpe. Pierre Chastellain, à son retour en France, changea de ton, de manières et de nom, dans le milieu de Charles d'Orléans. Vieil aventurier, il fait sa grimace parmi les personnages de la Comédie amoureuse. Alors il écrivit le charmant Débat des deux sœurs, dont René d'Anjou fut, avec Charles d'Orléans, l’un des juges. Ce joli dialogue entre la rouée et l’innocente a précisément pour titre l'Embusqué Vaillant, une réussite analogue à celle du Petit Saïntré, et qui a bien sa place auprès de l’Amant rendu cordelier.

Enfin, le roi René, qui avait vraiment le sentiment de l’organisation des cérémonies comme celles de la Fête-Dieu, n’a pas manqué de demander à des gens de son entourage de lui rédiger des mystères, les couronnements des fêtes par excellence. Nous savons, par exemple, qu'il fit remanier par Jean le Prieur le mystère des Actes des Apôtres, en 1478. Le même personnage, son valet de chambre, rédigea un Roy d'Avenir, mystère tiré de l’histoire de Josaphat, fils d'Avenir, roi des Indes et de Barlaam.

Il y a lieu enfin d'évoquer autour du roi René tout un monde bigarré de Juifs, de Maures, d’Italiens, qui lui procuraient toutes sortes de curiosités, des manuscrits orientaux ou hébreux,

En in vodft aéteté cr Din IS ES er RE SE anne à: — ke +

À mmtittns

Re ntm a

Pret nee. chi ed Ar RL RE ER SRE RUE D RS | ‘202

D Être nn TD puit renréninimnme + ++ ve me

a PR OR 2 Re TE € “ v :

ge Tr

DE Re es AR ge

dent

ptyque du Buisson An

centrale du tri

— Partie

Page 1