‹ Le roi René écrivainChapitre 4 sur 5 · FIG. HE · texte numérisé non relu

FIG. HE

Cliché Buloz.

icolas Froment.

Ni

par

UNIVERSITY OF MICHIGAN

Original from

des mappemondes et aussi des textes de l’antiquité. Nous connaissons certains d’entre eux, le grammairien Philelphe et Antoine Marcello, qui furent des érudits distingués. Le premier correspondait fréquemment avec lui. Quant à Marcello, qui fut créé chevalier du Croissant par le roi René, il écrivit un poème latin en faveur de son ordre. Devenu proveditor de la république de Venise, il lui adressa un exemplaire de la Cosmographie de Ptolémée, corrigé depuis peu, plus une sphère recouverte de caractères qui passaient pour chaldéens, une homélie de saint Jean Chrysostome, récemment découverte, traduite du grec en latin. Du même Marcello, le roi René tint une copie du texte de Quintilien, nouvellement retrouvé par le Pogge; un traité de grammaire de Pomponius Lœælius'et la première traduction latine du géographe Strabon, faite par Guarini de Vérone. C’est un merveilleux manuscrit, conservé à la Bibliothèque d’Albi, où nous voyons le roi René au milieu de sa Cour de Provençaux et d'Italiens, portant leur petit bonnet, dans des architectures à l'italienne, à l'ombre des palmes.

Parcourir le catalogue de sa librairie, qu'il fit transporter d'Anjou en Provence et dont l'inventaire fut rédigé à cette occasion, nous sortirait du cadre de cette lecture, en nous faisant connaître le champ très vaste des curiosités littéraires du roi René. Nous nous bornerons à

l’'évoquer dans son vieil âge, après la grande douleur de la perte de son fils, mort de la peste au siège de Barcelone, tel qu'il est figuré sur le magnifique retable de la cathédrale d'Aix. C’est le tableau célèbre connu sous le titre du Buisson Ardent. Il est agenouillé devant son prie-dieu, recouvert du tapis fleurdelisé, sur lequel est brodé son écu écartelé du blason de tant de royaumes: Sicile, Aragon, Jérusalem, Lorraine et Bar, sur lesquels il n’exerça qu’une domination imaginaire. Le voici avec sa grosse et vieille figure poupine, ses yeux encore vifs, le nez court et retroussé, ses lèvres gourmandes et son double menton. Les saints protecteurs de l’Anjou et de la Provence lui font cortège : saint Maurice, le chevalier, glorieux patron de son ordre; saint Antoine ; la Madeleine amoureuse, qui tient le vase de parfum, l’hydrie qu’il a cru retrouver. René prie et il connaît le repos, dans cette «immobilité d'espérance », que lui prêta si justement le chroniqueur Georges Chastellain. Mais indulgent, bon, très imaginatif, nous avons lieu de croire que le roi René n’a pas trouvé cette paix du cœur seulement dans la contemplation dévote. Il l’a rencontrée aussi dans la pratique des belles-lettres qu'il honora, pratiqua et encouragea. oo

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