ŒUVRES COMPLÈTES DE M. CATULLE MENDÈS
C'est ce roman qui commença de faire connaître, comme romancier, le poète lyrique et dramatique Catulle Mendès : il fut écrit peu après Hespérus, poème, presque en même temps que les Mères ennemies, draniî. Il parut, en feuilleton, à l'époque même où paraissaient, en feuilleton aussi, les Rois en exil, d'Alphonse Daudet; ainsi aucun de ces livres n'a emprunté à l'autre l'invention, ou plutôt la rénovation, si souvent imitée depuis, de désigner par des noms, imaginaires ou transposés, de royaumes ou de principautés, de véritables rois et des princes réels. Le Hoi Vierge est donc ce qu'on nomme un roman à clé? oui, eu quelques-unes de ses pa^es. Frederick II, roi de Thuringe, imite Louis 11, roi de Bavière; si la Reine d'un pays du Nord n'offre pour ainsi dire aucune analogie avec l'impératrice d'une nation moins septentrionale, M""' de Soïnoff fait songer, vaguement, à une illustre ambassadrice ; l'abbé Glink, c'est l'abbé Liszt: II ans Hamm3r, c'est Richard Wagner. L'auteur n'éprouve aucune gène à ces aveux ; pourquoi n'apparliendraient-ils pas au roman, les personnages
qui appartiennent à l'histoire, roman aussi? On remarquera d'ailleurs que M. Catulle Mendès n'a pas du tout prétendu tracer des portraits d'après nature ; il a vu des vivants, non pas dans le « matériel » de leurs caractères et de leurs actions, mais dans le miroir du rêve, comme l'exprime si bien le dessin de M. Fernand Desmoulins; c'est d'après leurs images dans la chimère qu'il a «créé» les héros de ses fictions où la réalité se disperse aussi en aventures de songe; et il a peint d'après des reflets. Au reste, qui sait si le rêve d'un poète n'est pas aussi lucide que l'observation? et si représenter les êtres comme ils furent dans sa vision, n'est pas plus sûre façon de fixer l'expression fugace où parfois se révèle — le temps d'un éclair — l'intimité d'une âme? Nous ne dirons rien de plus à propos du Roi Vierge sinon que M. Catulle Mendès y fut hélas ! trop bon « vates » de la fin d'un jeune roi féerique et tyrannique ; qu'on ne saurait reprocher à ce livre des analogies au point de vue psychologique avec ÏInvtile beauté^ de Guy de Maupassant, écrite bien des années après la publication du Roi Vierge; et que le texte de la présente édition est absolument conforme au texte de la première. En donnant, dans une édition définitive, ses ouvrages anciens à côté de ses ouvrages récents, l'auteur (\\iRoi 'Vierge et du Chercheur de lares entend se montrer dans ceux-là, non pas tel qu'il est, mais tel qu'il fut.
LE