‹ Le roi vierge: roman contemporainChapitre 4 sur 17 · GL0R1ANE · texte numérisé non relu

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jaillissait du chambellan ; lui, si correct aux tables des hôtels, c'était le chapeau sur Toreille, un chapeau tout bossue et sans poils, la cravate débraillée, des boutons de moins au gilet, la culotte usée aux genoux, sa culotte de chambellan ! qu'il traversait les salles des Résidences.

Avec une audace de Triboulet, il ne s'interdisait jamais rien là justement où presque tout est défendu ; traînant un débraillement de viveur cynique à travers Tauguste étiquette, imposant ses impertinences à force d'aplomb canaille, La politique, les intrigues de cabinet, les graves questions de préséance, il s'inquiétait bien de cela en vérité! Jamais en repos, toujours en verve, conseiller de grosses équipées, infatigable inventeur de farces, il abondait en anecdotes

hardies, expliquait au prince héritier de Mersebourg ou de Saxe-Gotha les coulisses des Bouf*» fes-Parisieus, lui recommandait, faute de mieux, une belle fille de brasserie, Ottilia ou Lolotte, à laquelle il se chargeait de le présenter, et, au dessert des repas cérémoniaux, feignant d'être gris bien qu'il n'eût bu que de l'eau rougie, risquait un mot cru à l'oreille de la landgravine, ou lui conseillait pour le prochain bal de la cour, le

costume de Mlle Schneider au deuxième acte de la Périchole ! Il était extraordinaire qu'on ne l'eût pas encore fait jeter à la porte par la valetaille des palais. On craignait sans doute de mécontenter les nombreux souverains dont il était chambellan, et Ton se tirait d'embarras par ce mot: « un original ». D'ailleurs, on le trouvait amusant; et il se sentait si bien en posture de tout hasarder, qu'un matin d'août il osa se baigner, nu, dans la pièce d'eau d'un parc princier, sous les fenêtres mômes de la duchesse régnante.

Malgré tout cela, à cause de tout cela, si vous voulez, le prince Flédro-Schèmyl passait pour un personnage fort intéressant. Quelques-uns allaient jusqu'à l'aimer, — quelques-unes aussi, disait-on. Pourtant une chose le gâtait un peu. Il se disait Russe ; tout le monde savait qu'il était de race polonaise. « Schèmyl » est circassien ; « Flédro » est lithuanien. Cette double patrie avait quelque chose de fâcheux. On entrevoyait dans le passé du prince je ne sais quel abandon de son pays natal pour une nationalité d'emprunt, un haussement d'épaules devant les cadavres des martyrs, une acceptation souriante des crimes accomplis. Des gens avaient remarqué

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