Ad. Smith, Richesse des nations, 1. IV, Etc
5. La Bourse, a dit de Moltke, peut faire entrer les armées en campagne,
L'entreprise d’ailleurs est peu avantageuse pour l’ensemble de la nation. Elle Fest d'autant moins qu’elle vise le bien per: sonnel d’un Etat au détriment de ses rivaux ou de sa victime, ou qu'elle escompte le bâtir sur leur ruine : calcul inexact et mauvais parce qu'on ne tient pas compte de ce qui rejaillit de cette ruine sur lentrepreneur !, Le bien-être d’un Etat n’est pas en raison inverse de celui de ses voisins, mais plutôt en raison directe : 11 à intérêt à leur prospérité, L'emploi d’un moyen aussi mal adapté que la guerre à ces fins re peut s'expliquer que par ignorance de cette solidarité où par une impulsion qui la méconnait ?, Mais l'accroissement constant de la solidarité réelle tend à amener une croissance parallèle du sentiment qu’on en a. — Une perte encore plus directe consiste dans les frais de l'établissement et du maintien d’une situation à laquelle l’assujetti cherche à se dérober à la première occasion ?, — tandis que, si on lui proposait un commerce loyal où l'importation et Pexportation ne fussent pas artificiellement modifiées à son détriment, il n’y aurait aucune raison pour qu’il résistât. Par suite nous ne serions pas dans la nécessité de dépenser nos forces à le soumettre ni de voir d’autres métropoles nous disputer le € droit » de le dépouiller : chacun n’espérerait attirer la clientèle que par la supériorité de ses marchandises ou de ses tarifs, au lieu de la contraindre par la force. Tels sont les desiderata des moyens mieux adaptés. Le plus souvent les partenaires s’y prèteraient, sans avoir besoin de sentir que le soldat se tient derrière le commerçant, pourvu que l’on sache patienter, user de courtoisie et de bons procédés.
Le point de vue juridique est complexe. IL est, en principe, injuste d'imposer à autrui des combinaisons qui lui sont désavantageuses ; mais, dans le cas extrême où il refuse tout commerce, l'opposition entre le droit pour lui de se fermer à l’échange international et le © droit » pour nous d'ouvrir ses
4, Si ceux avec qui nous commerçons n’étaient pas riches, nous ferions un pauvre commerce, (Quesnay, Œuvres, p. 427.)
9. Autrefois, on poursuivait moins l’intérêt de son propre commerce que la ruine de celui d’autrui. Les blocus de Napoléon furent plus l’expression de la haine, de la colère, du désir d’abaisser l’ennemi que de la poursuite d’un gain. (3.-B. Say, Cours complet, t. 1, p. 285.) Il a succombé en voulant étendre le blocus à la Russie. — Seule la colère peut conseiller aussi mal, Le fait qu’on se nuit à soi-même plus qu’à son ennemi prouve qu’on s’en inspire, comme les enfants qu’elle pousse à déchirer eux-mêmes.
3. Quesnay (i6., p. 658) : Les guerres pour le commerce nécessitent des armées si dispendieuses qu’elles deviennent ruineuses pour celui même qui les entreprend.
frontières, parce que nous y trouvons notre « intérêl », est, comme tout conflit de droits, difficilement soluble. I semble pourtant y avoir abus de droit de sa part. Dans la communauté internationale, où personne ne peut vivre isolé, Ctout peuple existe aussi pour les autres, et tous les autres ont le droit d’être en relation avec lui. La loi de division du travail régit la vie des nations. Tout sol ne produit pas tout, tout peuple ne peut pas tout. Chacun n’a pas un droit absolu à ce qu’il produit ; les autres ont droit à une partie de ses productions, comme lui à une partie des leurs... Le commerce, ou dans un ordre d'idées plus général, l’échange des biens matériels et intellectuels n’est pas seulement une question d'intérêt, dépendant de la libre volonté des peuples, c’est un droit et un devoir... Un peuple qui repousse l’idée du contact avec une civilisation étrangère a, par le fait même, perdu le droit d'exister. Le monde a droit à sa chute !. » Peut-être cette conclusion va-t-elle trop loin. Si Pon s’en tient, comme les prémisses, au seul devoir pour un Etat de s’ouvrir aux autres, sans la sanction de mort, ceux-ci auraient-ils le droit, pour soutenir leur but légitime, de recourir aux moyens violents qui exposeraient PEtat récalcitrant à la mort? Cest plus que douteux.
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Souvent semblables par leurs mobiles, peu différentes par le caractère des populations en jeu, les guerres de colonisation se distinguent des guerres de commerce surtout par les procédés qu’elles servent à soutenir : ici régime de traités, et 1à, domination politique, contrainte permanente d’étendue variable, lorsque les traités n’offriraient pas de compensations à des populations inférieures et non en quête de débouchés, ou qu'ils seraient violés, ou encore lorsque létablissement à demeure est nécessaire à Pintroduetion de nouveaux modes de production. Par là ce genre de guerres se rapproche de la conquête. Les soucis humanitaires ont eu originairement un rôle moindre, dans la colonisation, que l'intérêt, d'ailleurs étroitement étendu : on poursuivait une exploitation sans retour, on visait surtout à drainer l’or que
1. R. von Jhering, Espril du dr. romain, 3 éd. t. 1, p. 6.— Cf. Mahan, Phil. de
la g. : droit des forts à la libre expansion et à l’élimination des races incapables ou incompétentes.