‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 114 sur 471 · CHAPITRE .V · texte numérisé non relu

CHAPITRE .V

Guerres commerciales et coloniales.

1. Guerres commerciales. — Il. Guerres coloniales. — III, Appréciation juridique. — IV. Appréciation utilitaire. — V. Moyens mieux adaptés.

Lorsque la production et l'échange se furent développés, les hommes, au lieu de prendre aux autres leurs biens sans rien leur donner en retour, s’ellorcèrent parfois de leur imposer des échanges désavantageux ou du moins inacceptés. Les guerres de commerce sont nées de là, semblables aux guerres de pillage ! par la violence et l'exploitation (partielle, au lieu de totale), mais postérieures en apparition et supérieures, puisqu'elles supposent la réciprocité des prestations. Souvent elles se rapprochent de la conquête ou se fondent avec elle, par Fappropriation (comme dessein originaire ou comme résultat) de marchés, terres, surfaces maritimes, points de relâches, © clefs de mers ». On réserve le nom de guerres de colonisation à des expéditions dirigées contre des pays lointains ou sans contacts avec la mère patrie, peu peuplés, incultes ou de civilisation inférieure ; mais les stades et les distances ne fournissent que des différences de degré et non de nature, et par conséquent des lignes de démarcation et des critères assez vagues. Les unes et les autres visent à obtenir ou à conserver des débouchés, des avantages commerciaux (soit par traités, soit par domination politique) et elles reposent sur une base économique commune: le système colonial n’est qu'une application particulière du système mercantile.

Si elles furent surtout répandues aux temps où florissaient ces

deux systèmes (xvie, xvnie siècles ?, — l'Amérique ayant été dé-

4. Le paiement de certains droits ressemble au prélèvement, par des peuplades pillardes, de tributs sur les caravanes de commerçants.

2. Jusqu’en 1498, les princes avaient fait la gaerre pour coaquerir des (erritoires; depuis lors, on la fit pour établir des agences commerciales (Voltaire), —

couverte en 1492), elles ne sont pourtant pas exclusivement se mêlait étroite-

modernes. Le commerce antique — vol mitigé ment au pillage et à la piraterie ; il en distinguait à peine. Les peuples commerçants, tous ardents conquérants ?, employaient simultanément les procédés pacifique et guerrier. Les Phéniciens fondaient ainsi leurs comptoirs de la Méditerranée. Les Carthaginois apportaient leurs produits les armes à la main. CA Carthage (et — pourrait-on dire — dans toutes les cités antiques), la guerre fut surtout une entreprise financière, la conquête une opération de commerce, la domination un trafic, un système d'exploitation. On pesait les questions au poids de Por et de argent, et on prepait parti sur des raisons de chiffres et des calculs de plusvalue *, » Rome et Carthage luttèrent pour la domination et l'exploitation du monde méditerranéen, plus tard Gênes et Venise pour la prédominance de leur commerce et de leur navigation (guerre de Chioggia, xiv® siècle), puis Espagne et le Portugal pour leurs empires coloniaux. et encore la Hollande, PAngleterre, la France, pour leurs débouchés. Le système ou plutôt les tendances mercantiles, — en imaginant que, pour avoir un commerce prospère, il faut accaparer le monopole des échanges et des exportations ou au moins rompre en sa faveur l’équilibre de la & balance du commerce », — engendrèrent de nombreuses guerres Ÿ qui furent le digne pendant des guerres d'équilibre (c’est-à-dire de prépondérance) politique. Quoique combattu #, le Colbertisme laissa toujours des traces dans la pratique : la guerre moderne est souvent une entreprise commerciale, en ce sens qu’elle poursuit acquisition de marchés et l'imposition de traités de commerce, dans lPintérêt d’une classe ou du fisc.

Loria approuve et ajoute (ib., p. 293) que les guerres commerciales sont particulières à l’économie à salariés. — A, Comte (Phil., t. VI, p. 134) reconnaît, après une phase militaire et une seconde où l’industrie est au service de la guerre, une troisième où, par une heureuse inversion, la guerre se met au service de l’industrie, en attendant que l’industrie prédomine. La troisième commencerait à l’époque de la naissance du protestantisme et aurait son plein développement au xvine s. en Angleterre (La France, cosmopolite par instinet et par nécessité de sa situation centrale, n’ayant pu pratiquer l’isolement mercantile).

4, M.-A. Vaccaro, Les bases sociol. du droit et de l'Etat, p.141 5.

2. G. Boissière, Conquéle el adm. romaines dans le nord de l'Afrique, p. 4.

3. « La jalousie commerciale est une des plus puissantes causes de guerre, » En 4672, le comte de Shaftesbury, lord-chancelier, déclara que la guerre était devenue nécessaire entre Angleterre et Hollande parce qu’il était « impossible que les uns et les autres se tiennent en mème temps sur la balance, » (Buckle, Introd. t. 1, p. 236.) Les Mercantilistes poursuivaient le gain, tout en pensant que ce que l’un gagne est perdu par l’autre: le voleur peut faire la même réflexion.

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