‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 17 sur 471 · EVOLUTION DES GUERRES A · texte numérisé non relu

EVOLUTION DES GUERRES A

Tout, dans la guerre, a évolué t et empiré (et ce changement dans le sens du pire la condamne pour le présent et Pavenir plus que son immutabilité prétendue) : elle est moins bien adaptée à l’acquisition de débouchés ou à la propagande de la civilisation qu'au cannibalisme et à l'esclavage, elle n’est plus seule concevable pour les buts nouveaux qu’elle poursuit, elle est plus évitable. Elle est plus nuisible, car son champ est de plus en plus vaste, ses moyens plus puissants. Au lieu de petites hordes, elle met aux prises des armées de millions d'hommes, des nations entières ; elle se différencie donc plus nettement, du moins par son ampleur, du brigandage individuel. Ses instruments tuent plus loin, plus sûrement, en plus grand nombre. La technique militaire elle-même évolue ?. Les conséquences varient en raison des procédés; elles sont pires que jamais : mort, ruine, dévastation, contre-sélection substituée à la sélection physique relative opérée par les corps à corps. Tous les maux qui en résultent sont à peine tempérés par une autre évolution : celle du droit de la guerre. Et, dominant toutes ces modifications et les déterminant, vient celle des mobiles de la guerre, impulsifs à l’origine et aujourd’hui plus calculés. € La guerre, dit M. Tarde, commence par être haine et vengeance et finit par être cupidité et rançon. » Malgré leurs rapports avec celle des mobiles et leur dépendance mutuelle, ces évolutions ne sont pas toujours parallèles ; elles sont susceptibles d'interruption et réversibles. Leur formule ne peut donc être rigoureuse.

Au point de vue spécial de leurs mobiles, on à pourtant prétendu que chaque époque avait des causes de guerre caractéristiques * ; mais elles ne sont pas les seules de cette époque : comme l’ordre n’est pas de succession, mais d'apparition, ce sont les dernières parues et elles coexistent avec les précédentes. Les guerres de talion, de subsistance, de cannibalisme, d’eselavage,

4, G. Tarde, L’oppos. univ., p. 479 : « La guerre a évolué presque autant que le travail, plus que l’amour et les beaux-arts et beaucoup plus que le crime. Tout y change, d’une époque à une autre : les moyens employés et les buts poursuivis. » — Gal Jung, La g., p. 45s : « Elle a évolué dans ses éléments de supériorité, ses causes, ses effets d’abord illimités, puis limités par compromis... »

2. Gel Foch, Des princ. de la g., p. 24. — Tarde, &b., p. #10 : Les armes d’abord : fronde, boomerang, sarbacane, arc, arquebuse, fusil, canon; l’art des fortifications et des sièges ensuite, la tactique, la discipline, la préparation, le recrutement. — Les facteurs de succès ne sont plus les mêmes (v. infra). D'abord désordonnée, la bataille est plus tard soumise à un plan d’ensemble, etc...

3. Pradier-Fodéré, t, VI, p. 539. — Kamarowsky, Des causes pol. dela g., Le. dr. int. 4888, p. 132. — J. Peyronnard, Des causes de la g., p. 30. — Dupasquier, Le Crime de la g., p. 6. :

se présentent sans doute chez les seuls primitifs et sont aujourd'hui disparues chez les civilisés, mais par contre ÿ a-t-il un ordre rigoureux entre les guerres politiques, religieuses ou commerciales? Les guerres de nationalités sont assurément récentes, mais elles se mélangent à d’autres, qu'il ne faut pas omettre. Les besoins apparus les derniers n’anéantissant pas les anciens, la recherche des biens intellectuels ne supprime pas celle de la richesse ou de la puissance politique. Un classement historique précis et simple ne saurait donc être tenté, à moins que de s’en tenir à un pays déterminé et d'envisager seulement des guerres-types en faisant abstraction des causes non représentatives de l’époque. Pour l’Europe moderne, on est arrivé à un à peu près': conquête matérielle, puis spirituelle, guerres de religion, puis juxtaposition de guerres religieuses, coloniales et commerciales (monopoles); depuis le traité de Westphalie, équilibre européen (coalitions) et guerres à mobiles politiques, dynastiques (xvn® s.); depuis la fin du xvii, guerres de succession; ensuite guerres d'indépendance (Suisse, colonies anglaises, espagnoles, Grèce, Belgique, Italie...) ; interventions (Pologne, Inde, Révolution...); frontières naturelles, nationalités, conflits d'intérêts. Mais un tel ordre concret ne fournit pas une base assez large pour une étude générale du phénomène. D’autres classifications ont pour la même destination le tort inverse d’être purement logiques et de ne pas faire place à l’idée d'évolution *. De plus, les mobiles de guerre étant aussi nombreux et aussi variés que les passions et les intérêts humains, elles ne peuvent être rigoureuses. Outre les guerres de secours ou faites en exécution dun traité avec un belligérant et les guerres civiles et de sécession, qui rentrent dans d’autres caté-

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