‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 16 sur 471 · Transf. du pouvoir, p. 174; L'oppos. univ., p. 385 s · texte numérisé non relu

Transf. du pouvoir, p. 174; L'oppos. univ., p. 385 s

identique, les majeures étant différentes. Depuis les bons patriotes qui redoutent un danger pour leur pays, jusqu'aux hommes de gouvernement, aux fournisseurs et aux spéculateurs, il y à toute une gamme de majeures, et la conclusion seule est commune : je veux la guerre. Souvent même elle diffère. Dans le cas seulement, assez rare, de guerre nationale, tous s’approprient le but de la communauté, et QC la volonté individuelle imprime à chacun son mouvement propre dans le sens du mouvement commun !; dans les autres cas, il faut surtout établir une grande distinction entre le syllogisme de ceux qui décident la guerre et le syllogisme de ceux qui la font — ces derniers n’ayant parfois d'autre but personnel que d’obéir à leur devoir ou à leur consigne. M. Tarde, en outre, ne laisse pas à l’ünpulsion la place qu’elle occupe dans toute guerre : d’un côté ou des deux côtés, chez tous ou chez quelques-uns, il peut ne pas y avoir de syllogisme, mais seulement des désirs accumulés.

Nous aboutissons ainsi à donner de l’origine de la guerre une notion qui, pour n’avoir pas la précision des premières discutées, n’en ést que plus exacte. La guerre a pour abjet essentiel le respect ou la satisfaction de désirs ou de volontés, qui peuvent porter non pas seulement sur la richesse, le bien-être ou la puissance, mais sur toute espèce de fait ou d'état ?. Par là elle ressemble à nos autres modes d’activité. Elle en diffère en ce qu’il s’agit de désirs ou de volontés collectifs, réellement vttaux et eæclusifs l’un de l’autre ou bien dont l’impulsivité empêche de voir le caractère secondaire ou conciliable. Le plus souvent, cet exclusivisme, réel ou putatif, est dû à ce que nous cherchons, à tort ou à raison à satisfaire notre désir unilatéralement, sans réciprocité, au détriment et à l’exelusion de ceux d'autrui. Mais ce n’est pas là, comme le pense M. Gumplowicz, tout le processus social : notre satisfaction peut être aussi en corrélation avec celle d'autrui.

4. Saint-Simon, L'industrie, Œuvres, t. XVIII, p. 22 : idem velle atque idem nolle (Salluste, Catilina). Ex. . guerre des Grecs contre les Perses, etc...

2, La guerre est « l’effet d’un besoin humain et son but est la satisfaction de ce besoin » (H. Rettich, Théorie u. Gesch. des Rechts zum Kriege), « le résultat de la rivalité irréconciliable d'intérêts et de tendances, de la poursuite d'un but et d'intérêts collectifs » (De Martens, La g. d'Orient, p. 25.)

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L'évolution combine les variations avec Pidentité. Nous venons de montrer cette unité du phénomène à travers les âges; il nous reste à prouver ses modifications, à l'encontre de ceux qui les nient. Leur erreur sera d’autant plus facile à réfuter qu’elle est, le plus souvent, systématique : — parti-pris chez les uns de nier le progrès, d'affirmer le fatalisme et excellence de la guerre ‘, et, chez d’autres, de montrer la guerre sous un jour uniformément odieux ?. Ces préjugés ne sont pas seulement inexacts, mais inutiles. La logique exige, non pas, comme l’imaginent les esprits simples, qu’on admette en toutes circonstances la même solution, mais qu’on la modifie selon les circonstances. Ce qui a été bon hier peut devenir mauvais demain : la guerre ne serait pas nécessairement bonne aujourd’hui, parce qu’elle Paurait été autrefois, ni mauvaise autrefois parce qu’elle lPest aujourd’hui. L’intentionnelle habileté qui la présente comme 1mmuable se résout en une maladresse : si le phénomène n’a pas changé, s’il répond aux mêmes besoins, aux mêmes mœurs, depuis les origines, quelle chance resterait-il de le limiter ou de le supprimer ? À priori, pourquoi la guerre aurait-elle ce caractère d’immobilité au milieu du mouvement, d’immutabilité dans un univers où tout se transforme? Pour s’en rendre compte impartialement, il faut la juger a posteriori, en observant les faits. Que nous apprennent-ils ?

4. Gumplowicz, Lutte des races. p. 344$, conclusion : « Toujours la même lutte avec les mêmes motifs, pour les mêmes buts; ni progrès, ni recul, c’est toujours la même chose. »

2. Letourneau, La g. dans les diverses races, p. v. (Seul titre de la série où ne figure pas : Evolution. N'étudiant pas le fait dans le temps, il l’étudie dans l’espace.) « Le fond de la guerre ne saurait évoluer ». Soit! mais le fond de la vie non plus, à travers les espèces animales, el c’est là la permanence, l'identité que suppose toute évolution; les formes, les incarnations varient et cette variation constitue l’évolution. Letourneau admet ces différences d'aspect de la guerre suivant la race, le pays, la civilisation, mais seulement par ses côtés contingents, par ses procédés. Il reconnaît des évolutions locales : « Evol. chez les nègres... » et même (L’évol. pol , p. 522) une « Evol. de la guerre » : « Elle se transforme comme tout ce qui dure; elle a ses phases » : animale, sauvage, civilisée, Si, observateur et descripteur, il en forge pourtant une image a priori et absolue, c’est à bon escient, pour mieux la combattre : « Toute guerre est une rechute en sauvagerie, réveille et déchaîne les penchants de bête fauve.» Elle nous éloigne pourtant des fauves par d’autres côtés : il y a mille manières d’être sauvage ! En plaçant sur la même ligne le cannibalisme papou et la destruction par les engins perfectionnés « non parce qu’ils se ressemblent, mais se valent », il confond la cons-

tatation d'un fait, d'un changement avec celle d’un progrès impliquant une appréciation morale et utilitaire.

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