LA GUÊÉRRE CRÉATRICE DU DROIT
subhastation, les droits réels (possession, de posse, pouvoir), les rapports juridiques entre personnes, dérivés unanimement de l'exploitation de l'homme par l'homme. € La société régularise la justice, mais ne la crée pas. Elle la trouve préexistante sous la forme brutale de la guerre !. »
Les disciples de Hegel ont accentué les idées du maître. Pour C. Rôssler *, Q1l n’existe qu’un seul titre au commandement, la force, et pour ce titre qu’une preuve, la guerre. Le sort de la guerre est la sentence qui décide des procès des peuples, et son arrêt, pourvu qu’on parcoure toutes les instances, est foujours Juste*. Lorsque des peuples incapables, improductifs, occupent des terres riches en forces naturelles, — alors on doit leur prendre leur pays. les en chasser, les anéantir, ou les contraindre à servir et par leur service à être quelque chose. S’ils ont la force de se protéger et de faire d'eux-mêmes quelque chose, tant mieux... Les titres, au sens du droit privé, n’ont pas de valeur dans l’histoire. La terre n’est pas là pour être habitée par des barbares incapables! La guerre est le grand examinateur de humanité ; elle reste Pultima ratio pour le jugement des peuples. » De là à l’apologie, il n’y a qu’un pas, vite franchi : € La guerre est, de toutes choses, la plus indispensable, — grande, bienfaisante. »
Ad. Lasson* (Lazarusson), autre disciple, systématise Pidée que la guerre est créatrice d’un état nouveau de droit. Son issue est toujours juste, elle offre un véritable jugement de Dieu (les deux idées ont plus d’un rapport entre elles et avec celle du triomphe du meilleur). L'exercice de la puissance matérielle est la façon naturelle pour chaque être de défendre son être contre tout ce qui le menace ; l'Etat applique la même méthode : cela ne doit pas choquer ceux qui le voient tel qu’il est sans lui
4. L’enfantem., du dr. par la g., R. dr. int., 1878, p. 473 s ; 1880, p. 60, 216. I] admet aussi que le droit se forme par répulsion pour la guerre : l’excès du mal fait chercher le remède,
2. Syst. der Staalslehre, Lpz, 1857, p. 547 s. 559. [1 se rallie (p. 4, 548) à la philosophie de Hegel par sa définition du but de l’Etat, ct par : le réel est idéel….. « Le monde réel est infiniment plus parfait, plus beau et plus moral que le monde meilleur » (p. 551). Le Projel de paix, de Kant, est « un ramassis d’incroyables trivialités, »
3. Même conclusion, paï une conception professionnelle et militaire de la justice, en embryon dans: Gel Rousset (Les maitres de la g., p. 215) : « Le succës doit être, en bonne justice une récompense et une sorte de salaire », il appartient à celui qui a fait le plus pour l’obtenir, c’est-à-dire au vainqueur : la victoire est donc toujours juste. De Moltke l’a bien méritée.
4. Syst. des Rechtsphil., 1881; Das Culturideal u. der Krieg, 1868; Princip u. Zukunft des Vülkerrechts, 1871, p. 68, 13 s.
attribuer des facultés morales qu’il n’a pas. © La guerre est, par essence, ur moyen de négociation pour arriver à établir un nouveau traité sur des bases rationnelles. » Elle n’est que la continuation des relations entre Etats, mais avec d’autres moyens. Les Etats n’ont pas de juge, ou plutôt ils n’en ont qu’un : la guerre. Juge inflexible, inexorable, incorruptible, dont les sentences sont conformes, non aux codes, mais à la justice immanente. Contre ses arrêts, il n’y à aucune excuse, aucun détour, aucun recours : il décide en dernière instance de lexistence ou de la ruine, de la coexistence et des relations des Etats f.
« La mesure de son jugement est seule juste, car sa décision se fonde sur la puissance. Or la puissance de l'Etat réside dans la discipline, la virilité, le courage, la science de ses citoyens. Le peuple le plus puissant est le meilleur, sa civilisation a le plus de valeur. Celui qui succombe doit reconnaître qu’il Pa bien mérité ; le vainqueur peut se dire non qu’il était bon, mais (comparativement) le meilleur (Cf. Nietzsche). Le hasard peut décider d’une rencontre, non d’une guerre ?. Aucune défaite, aucune victoire n’est définitive. » Celui qui est tombé le plus bas peut se relever, et inversement... Un petit peuple? Il n’a qu’à contracter des alliances Ÿ. © Il faut se souvenir qu’un Etat doit être fort. Malheur à lui s’il néglige ce devoir fondamental. Dans le grand processus de lhistoire universelle, Le faible tombe, parce qu’il est dépourvu de valeur, et le fort s’affirme, parce qu’il est le plus digne, dans les circonstances données, de servir la grande cause de lhumanité. C’est la justice immanente, éternelle de Phistoire du monde‘. »
‘4. Cf. Tzschirner, Ueber Krieg; Rôssler, op. cit., p. 547. — N. von Gerbel, Macchiavellÿs Regierungskunst, p. 93 : Das Recht eines jeden Staates reicht so weit wie seine Macht. — J. Frôbel, Politik, t. 1, p. 30, 275; t. II, p. 86, 93 : « La vraie légitimité n’a rien à faire avec les documents et les diplômes, elle repose sur la force. Son droit est le droit du fait qui l’emporte, le droit divin du destin. Legilim ist das fait accompli, sobald es unbestreitbar geworden : le conquérant, dès qu’il s’est affermi. Un prince détrôné peut-il reconquérir son trône ? Tant mieux, il a sauvé sa légitimité. »
2. Les stratégistes, même apologistes, Clausewitz, Boguslawski..., disent au contraire : Le hasard peut décider d’une bataille, et une bataille, de la guerre.
3. Oppenheim (Vôlkerr., p. T) va plus loin : Un Etat qui n’est pas à même de remplir par sa propre force son devoir de conservation n’a pas le droit historique à l’existence. .
4. Ib., p. 75. — Jähns, Ueber Krieg, p. 430, reprend ces idées et mélange la guerre comme examen (Prüfung), où chaque partie éprouve l’autre, avec le jugement de Dieu et la sélection. — Izoulet, La cité moderne : la force est identique à la vertu ; les nations pourries sont balayées ; il y a donc une moralité dans les armes. — M.., La g., l’armée (Bordeaux, 1899), p. 70 : aptitude à vivre, à dominer, constitue seule un droit à la vie, à la domination : quia nominor leo.