‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 206 sur 471 · LE DROIT DE LA FORCE O · texte numérisé non relu

LE DROIT DE LA FORCE O

jets de consommation aussi bien qu’instruments de production ?

Il convient de rapprocher des partisans du droit de la force, les auteurs qui, évitant ce reproche, fondent les droits sur une concession de l’Etat. L'Etat, à moins d’être une sorte de dieu, ne peut en effet donner que ce qu’il y a. Si on prétend que lui-même les à reçus, on ne fait que reculer le problème; et d’où les tiendrait-11? Dans le cas contraire, les droits ne sont qu’une manifestation de sa force. — Les philosophes qui, à Pinverse, ne connaissent que l’Zndividu, le Moi, aboutissent cependant à nier aussi que le droit ait une valeur en dehors de la force. Max Stirner !, prophète de l’Egoïsme, s’écrie : (Que m'importe le droit, je n’en ai pas besoin; ce que je puis acquérir par la contrainte, je le possède et j’en jouis ; ce dont je ne puis m’emparer, jy renonce, ef je ne vais pas me pavaner avec mon prétendu droit, avec mon droit imprescriptible... Fai le droit de faire tout ce que j'ai la puissance de faire. » — Quelques-uns proclament l’identité de la force et du droit ?. Identité? D’autres estiment que ce n’est pas assez dire : ÇA la théologie métaphysique formulant avec Kant la primauté de la morale, il faut opposer sans ambages la primauté de la Force », son antériorité, sa suprématie. La Force donne son empreinte au Bien, elle est € l'ancêtre vénérable d’où procède toute vertu ?. »

Les observations des naturalistes conduisent au même terme que lintuition des philosophes. Le dariwinisme biologique et social aboutit (en dehors des desseins du maître et non infailliblement) à la même © identité de la force et du droit 4 ». De Pidée de € struggle for life » avec sélection naturelle. on tire facilement la légitimité du triomphe du plus fort (— dans la guerre : infra.) L’inégalité de fait, constatée, entre tous les êtres, même congénères ou jumeaux, amène à conclure à l'inégalité des droits. Par l’étude des sociétés animales ou des groupements arriérés, à laquelle on se livre volontiers, on se convainc que le plus puissant à presque toujours assujetti ou dépouillé le plus faible, et on ne cherche pas d’idéal en dehors des faits : on proclame donc le droit du plus fort une loi naturelle . Reposant sur le pouvoir

1. Der Einzige u. sein Eigenthum, p. 275 ; L'Unique et sa propr., tr. Lasvignes, p. 231.

2, Barthélemy, Th. Carlyle, p. 197 : caractéristique de la conception de Carlyle. : 8, Nietzsche, et J. de Gaultier, De Kant à Nietzsche, p. 245 s. — Sur : la force prime le droit, pensée intime de Bismarck mais non prononcée par lui, v. Fouillée, L'idée du droit, p. 31.

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