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OBJECTIONS AU PRINCIPE DE L’ARBITRAGE SO

d'objectivité, de vérité et de moralité qu'en tant qu’il est membre de l'Etat, et son premier devoir consiste à l’être !.

On reconnait dans cette obscure métaphysique, où Hegel se complaît sans toujours se comprendre, le portrait-charge de la monarchie prussienne ou de « PEtat-Manitou » de certaines conceptions socialistes et ontologiques. Quelles idées sont issues de ces prémisses, quant aux relations internationales ? Chaque Etat, € volonté absolue, patente et substantielle », est indépendant, souverain par rapport à tous les autres. Toutes ses manifestations sont des idéaux, des devoirs (sollen). Les Etats n'étant pas entre eux comme des particuliers, rien n’est plus faux que de les soumettre au droit privé et à la morale. € Leur rapport est celui d'autonomies qui concluent des accords, mais sont au-dessus de ces Stipulations *. » Il ne peut exister aucun juge au-dessus d'euæ, mais tout au plus, et accidentellement, des médiateurs entre eux. € La lutte entre Etats, en tant que leurs volontés respectives ne s’accordent pas, ne peut se décider que par la guerre », laquelle est l'affirmation la plus haute de leur souveraineté. Hs restent seuls juges de la réalité de la lésion et du danger. € Etant donné que PEtat peut placer son infinitude et son honneur dans chacune de ses particularités et qu’il est d’autant plus disposé à l’irritabilité qu'un long repos pousse sa puissante individualité à se chercher et à se créer au dehors un terrain d'activité, il reste impossible de préciser quelles lésions peuvent être considérées comme emportant violation des traités ou offense à sa reconnaissance ou à son honneur. Et, dans le vaste domaine de leur activité et avec la complexité des relations de leurs sujets, ces lésions peuvent se présenter facilement et en foule *. »

Lasson se méfie des médecins et des charlatans (Quacksalber) qui, sous prétexte d’idéal, mettent l'Etat en danger. Pas d’idéal, mais des faits ! L'Etat, but ultime, substance, est lié seulement à l'intérêt, à ses buts égoïstes, et non gouverné par la justice, P6quité, les € pater noster ». Il est ridicule de lui imputer des crimes ou des péchés. Le grand service rendu par Machiavel à la science politique a été de la débarrasser de ces notions. L'Etat ne peut jamais être subordonné — Le voulût-il et le pût-il — sans

4. Phil, de l'esprit, $ 536. — Phil. des Rechts, $ 256, 181 s. 258.

2. Ib., p. 312 s; $ 330, p. 424. — P. 426, il accorde pourtant que les traités doivent être observés, mais il sous-entend que la raison d'Etat autorise à les rompre. — Voir H. Michel, op. cit., p. 1595.

3. 1b., S 324-329, p. 416 s; $ 333, p. 426 s. — Stengel, Ew. Friede, p. 416.

renoncer à lui-même : si un ordre juridique, possédant une force de contrainte, se soumettait les Etats, il serait lui-même Etat. 11 n’y a de droit qu’à Pintérieur des Etats, et #20n entre eux, parce que là, il n’y a pas de loi : la politique. le sage égoïsme y règnent. Ils sont par nature ennemis et leurs relations reposent sur la pointe de l’épée. La force seule peut décider entre eux. Les traités, — expression de leur rapport de forces, deviennent irraisonnables sitôt que ce rapport est modifié: ils valent tant qu'ils sont avantageux, on les viole lorsqu'on le peut. La monarchie et l'arbitrage universels sont des chimères, opposées à la nature des choses et des hommes ?.

Chaque jour on lit ou on entend des paroles analogues : Parbitrage généralisé serait contraire à la souveraineté et à l'indépendance des Etats, donc condamnable et même impossible juridiquement et matériellement *.

La théorie de Hegel et de Lasson, basée sur une extravagance, se réfute d’elle-même et par ses conséquences révoltantes. Za réalité sociale, le but social est l'individu, et non l'Etat, qui n’est en ses mains qu'un moyen. L'Etat n’est nullement le Dieu qu’on prétend en faire. S'il a, comme le dit Hegel, la conscience de soi et une volonté personnelle, nous n’en savons rien ; le seul être réel, conscient, doué de volonté et de personnalité, c’est l'Individu ou mieux le Moi.

Les partisans de la souveraineté absolue, illimitée, de PEtat s’engagent dans une voie dangereuse lorsqu'ils nient toute limitation apportée à sa volonté, lorsqu'ils critiquent la loi et le juge

1. Das Cullurideal u. der Krieg; Prince. u. Zukunft des Vülkerr., p. 12 s, 28, 23, 31 s. — P. 48 : Das Vülkerrecht ist kein Recht. (Cf. W. Butte, Die Kriegsfrage, 1831, p. 19; Acollas, Cours él. de dr., I, p. vin; Vollgraf, Syst. der prakt. Pol., IV, p. 108; Luden, Pol., p. 51; Hugo. Lehrb. des Naturr., 1809, $ 392 : Ausser dem Staale ist keine Form Rechtens müglich.)

2. C Rôssler. Syst. der Slaalsl., p. 1, 551 s : le but de l’Etat embrasse tous les autres... La guerre repose sur sa nature, sur son individualité, — Jühns, Ueber Krieg. p. 315$, 4ÿ : Entre Etats, pas d’ordre juridique, de loi, de juge; pas d’arbitre possible, sinon pour quelques Etats et pour des choses secondaires. Le choc des volontés étatiques n’est jamais un procès (Rechtsstreit) mais un combat. Un Etat universel serait le tombeau de l’humanité, l’antantissement de toute dignité. (De même : A. von Feuerbach, KZ. Schr., 1833; Jhering, L'évol. du droil, p. 219; Acollas, Dr. civ., t. I, Intr., et De l'idée de dr., p. 26 s; Mabille, La g.. et L'Arb.; Funck-Brentano, p. 440.) — En Suisse, avant Hegel : Troxler, Phil. Rechtsl. der Nulur u. des Geselzes, 1820, p. T3 S : une personnalité ne peut être soumise, à Pintérieur, qu’au droit, et à l’extérieur, qu’à la force. Par là éclate non seulement la nécessité, mais la sainteté de la guerre, génie tutélaire des peuples... Epoque piloyable, celle où on traite les individus comme des Etats (soustraits aux tribunaux; duels) et les Etats comme des individus (soustraits à la guerre; arbitrage). — De même Proudhon, La g., t. 1, p. 313 s. Le canon, ajoute-t-il, reste, pour l'Etat, J’ « ultima ratio ».

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