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Même dans le domaine qu’on peut lui attribuer et complété par le principe d'humanité, le principe de nécessité n’est pas suffisant. — Au point de vue de son efficacité, la guerre réduite au strict nécessaire, passée au gabarit, ordonnée, civilisée, n’est-elle pas un non-sens, au même titre que la guerre humanitaire? Ces mots ne sont-ils pas l’équivalent de passion réfléchie, c’est-à-dire d’impossibilité? I s’agit plutôt, dira-t-on, de humanité, de la réflexion, du droit contre certains procédés guerriers, d’un obstacle apporté à lexagération du combat. Mais, en admettant même qu’il ne soit pas de Pessence de la guerre de ne pas se plier à de telles restrictions, le libre jeu de ses passions pourrait-il être refréné par la simple logique, alors que les pénalités, appliquées par un juge et non point par une victime passionnée et partiale, ne gardent pas toujours une juste mesure? La guerre n’atteint-elle pas forcément des innocents : neutres, non-combattants, descendants, ou combattants qui ne l’ont pas voulue? Acte de vengeance privée, n’est-elle pas caractérisée nécessairement par une réaction disproportionnée avec la lésion? L’humanité, le droit, le principe de Padaptation du moyen au but ne condamnent-ils pas l’existence même de la guerre et son principe, plutôt que telle ou telle de ses modalités?
Au point de vue logique : le principe de nécessité ne fournit pas de critérium certain. Comme le principe d'humanité, il est susceptible d’interprétations contradictoires, antinomiques, et cependant également logiques. Là git le nœud de la question de la guerre et ce qui en montre l’absurdité, la folie.
— L'énergie d’un désir d'action ou de réaction dépend naturellement, en général, et doit dépendre, au point de vue économique et logique, de la valeur vitale du but poursuivi. Selon importance de ce qu'on veut atteindre, il faut être disposé à
faire des sacrifices plus ou moins étendus. Quel est done le but auquel on doit, dans la guerre, proportionner les efforts? IL en existe (en simplifiant les choses) deux, d'importance vitale inégale, dont l’un devrait être subordonné à l’autre et que cependant la guerre poursuit parallèlement. Le but politique, but final, varié, à normalement une valeur vitale moindre que le but militaire, qui est d’affaiblir les forces et la volonté de Padsaire en le renversant. Supposons un conflit qui ne mette pas en jeu l'existence même des Etats, ni, en présence, des prétentions absolument exclusives : la guerre, si on la lui applique, crée, dès le début des hostilités un état de choses, que la durée des opérations, porte à l’extrème, de sorte que l’opposition des buts devient davantage vitale et complétement irréductible : tout ce qui est avantageux à l’un est nuisible à l’autre, et chacun cherche à faire subir à l’autre des violences capables de dompter sa volonté de résistance, c’est-à-dire telles qu’elles portent atteinte à ses attributs essentiels. Il résulte de l’emploi de ce procédé que, pour atteindre à des buts finaux moindres et moins antagoniques, on lutte pour d’autres qui entraînent des efforts et des sacrifices disproportionnés avec ceux qu’exigeaient les premiers : c’est pécher contre l’économie et contre la logique. Le résultat en est absurde, sauf dans l’hypothèse où la valeur de Pobjet en litige serait infinie, où la vie même d’un des rivaux serait exposée et où 1l serait fatal que l’un d’eux laisse place à l’autre. Or existe-t-il de nombreux cas semblables? Il ne semble pas. Rarement hypothèse où nous nous sommes placés, d’un but mülitaire plus grave que le but politique, est inexacte : ce dernier. généralement, est spécial et limité !, et on imagine difficilement que deux existences soient exclusives l’une de l’autre, ou que, de deux Etats, il soit absolument et objectivement indispensable que lun disparaisse pour que l’autre vive.
Afin de dévoiler en son entier Pabsurdité irrémédiable de la guerre, nous suivrons les raisonnements de stratégistes et de philosophes très compétents, en groupant leurs affirmations autour de trois points fondamentaux, qui, sans la faute des auteurs, se trouvent contradictoires.
1° Le but militaire est et doit être subordonné au but politi-
1. Parmi les buts généraux qui seront étudiés dans la Troisième Partie, aucun ne s’impose comme ayant une valeur vitale absolue. Si même on suppose le cas contraire, il y a d’autres voies que la guerre pour les atteindre. — De même, si, à l’objet concret, se superpose le mobile générique d’assurer le respect de notre personnalité outragée. (Justes causes, IL.)