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SUBORDINATION DU BUT MILITAIRE AU BUT POLITIQUE

que. Ce précepte, admis aussi bien par les militaires que par les publicistes, prouve que, à leur yeux, la guerre n’est pas principalement un but en soi, mais un moyen.

Un profond stratégiste, un des premiers du siècle dernier par la date de ses écrits aussi bien que par leur valeur, le général G. von Clausewitz, proclame que la guerre n’est pas seulement un acte politique, mais un simple instrument, un € serviteur », une €continuation de la politique par d’autres moyens ». La politique, engendrant la guerre, doit la diriger : dans le plan d’opérations, le point de vue militaire doit rester subordonné au point de vue politique !. Les techniciens allemands se sont fait Pécho de ces paroles, comme de tant d’autres du maître ?. D’autres * en induisent que la politique détermine la guerre, que ses mobiles, capitaux pour la stratégie, influent réellement sur sa conduite et ses résultats et qu’il leur appartient d’indiquer objectif suprême et les limites générales de l’action.

Il nous faut développer les conséquences logiques qu'ont tirées de ces prémisses les auteurs même qui aboutiront, également au nom de la logique, à des conclusions exactement opposées. Clausewvitz reconnaît qu’il est nécessaire d'adapter en nature et en quantité le moyen militaire aux divers buts spéciaux qu’on poursuit. (€ Les guerres doivent être aussi différentes les unes des autres que les motifs qui les font entreprendre et que les rapports qui les précèdent. » Selon le cas, la destruction de la force armée ennemie, l'invasion, l'occupation, la conquête ou l’attaque par choc, se prêtent mieux aux visées. Il existe en outre ce qu'il appelle des arguments € ad hominem », qui consistent à agir selon la façon dont procède l’ennemi et qui doivent varier à raison des desseins politiques, — suivant leur importance, ex-

4. Von Kriege, & vol., t. I, p. 22; €. III, 1. VIII, ch. 6; Théorie de la grande g., tr. de Vatry, p. 27. — Cinq siècles auparavant, Egidio Colonna (De regimine principum) aboutissait à la même conclusion (Nys, Etudes, II, p. 49). — Le gal bon de Jomini (Précis de l’art de la g., 1855, &. I, 21; p. 38-93 : Pol. de la g.), qui attaque le « savant labyrinthe » de Clausewitz, s’accorde avec lui au moins sur l’importance de la politique dans la guerre, et (p. 36) cite Hay du Chatelet (Polit. de la g., 1767), Maizeroy et Lloyd.

2. Hohenlohe-Ingelfingen, Rustow, Woide. — Fr, Kuhn, Freih. von Kuhnenfeld; ct! R. von Theuerkauf (Wolf, Das milit. Echo, p. 5). — Blume, Strategie, 1882, p. 25;

Boguslawski, Betrachl. über Heerwesen, p. 8; von der Goltz, La nation armée, : 130.

: 3. Le cel italien Nicc. Marselli, La g. e la sua storia, t. II, p. 4s, 24, 26; le gal francais Lewal (Ce! Henry, op. cil., p. 4). — Gel Foch, Des princ. de la q., t

p. 36; t. II, p. 41 : la politique détermine le but final, la voie et le degré, le point

à atteindre [le centre de résistance]. L’échec de la campagne de Russie est dù à

ce que Napoléon crut suffisant d’atteindre Moskou; Moltke, mieux inspiré, visa

Paris,

trémement diverse, depuis les guerres d’extermination jusqu'à ces conflits armés auxquels on ne prend part qu’à contre-cœur, en exécution d’un traité d'alliance signé par contrainte ou en vue d'intérêts secondaires ou momentanés.

Le but politique détermine de part et d’autre la somme des efforts à produire et le but militaire à atteindre. Parfois les deux buts coïncident (ex. : s’il s’agit d’une conquête) ; parfois au contraire, ne pouvant atteindre directement le but politique, Paction militaire doit viser un objet tel-qu’on puisse le faire valoir comme équivalent lorsque les négociations pour la paix s’ouvriront. € La première, la plus générale et la plus importante des questions stratégiques est donc que, avant de commencer une guerre, l’homme d'Etat et le général en chef se rendent exactement compte du caractère qu’elle va revêtir en raison de la situation politique préexistante, afin de la diriger en conséquence et de ne lui demander que ce qu'elle peut produire t. » De la Barre-Duparcq ? précise davantage : € Lorsque, dit-il, le motif n’a pas une importance qui puisse compenser une grande étendue et une grande durée de sacrifices, on se borne à causer du dommage à l'ennemi ou à le fatiguer, de manière à épuiser et ses forces physiques et sa volonté. »

A l’opposé du major Proketsch, aux yeux de qui la guerre doit loujours avoir lieu de même, Jomint* prétend qu’il devrait en exister autant d’ espèces au point de vue militaire, qu'il en existe au point de vue civil. On ne la conduira pas, conseille-t-il, sur le territoire ennemi de la même façon que sur le sien propre, pour soumettre l'Italie rebellée que pour marcher sur Vienne et y dicter un traité. La stratégie variera suivant que la guerre sera où non nationale. S'il s’agit d’appuyer lé droit d’un souverain (à une succession, etc...), € les opérations offensives doivent être pr'oportionnées au but proposé. La première est naturellement celle d'occuper les provinces revendiquées ; on peut ensuite pousser l'offensive selon les circonstances et les forces respectives, afin d'obtenir la cession désirée en menaçant lPadversaire chez lui; tout dépend des alliances qu’on aura su se ménager et des moyens militaires des deux partis ». — Nous sommes loin, on le voit, de ascension aux extrêmes et de la guerre € absolue » : tous les termes appellent l'adaptation et La

À. Tr. de Vatry, p. 42, 29, 15, 30, et détails au Livre sur le Plan de la guerre. 2. Commentaires sur Clausewitz, p. 8.

3. Précis de l’art de la guerre, t. 1, p. 39 s, 43, 59, 68, 75, 149.

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