‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 267 sur 471 · CONTRADICTIONS. — LA GUERRE NATIONALE · texte numérisé non relu

CONTRADICTIONS. — LA GUERRE NATIONALE

pulation inoffensive que la guerre peut atteindre son but !, ». Les auteurs anglais voient dans l’idée de la guerre-relation: d'Etats un expédient par lequel les Français, plus faibles sur mer, voudraient échapper à la confiscation des biens privés ? La plupart se contentent de répudier ces deux conséquences d’une formule qu’ils accommodent à une époque de caractère différent de celle d’où elle est issue ?; il en résulte des solutions peu harmoniques . Quelques-uns battent en brèche le principe lui-même ou même professent le principe opposé : dans la guerre, €tous les individus membres d’un Etat sont les ennemis de tous les individus membres de l’autre 5. » La formule de la lutte antique redevient celle de la guerre de nation à nation. Un effet remarquable, en même temps qu’une cause, de la recrudescence d'intensité des guerres, à consisté dans la transformation des armées de métier, levées pour chaque expédition par leur capitaine en armées permanentes, nationales, au service du roi ou de PEtat. Elles ont crû jusqu’à absorber, au xix° siècle, toutes les forces vives des peuples européens. Grâce à la Révolution, qui a établi la conscription, à habileté de Napo-

4, C. Dupuis, Théories angl. sur le dr. de la g., Rev. gén. dr. int., 1898, p 40, 43.

2, Napoléon en usa dans ce dessein : Considérant {° que l’Angleterre n’admet pas le droit des gens suivi universellement par les peuples civilisés ; 20 qu’elle répute ennemi tout individu appartenant à l’Etat ennemi et, en conséquence, fait prisonniers de guerre les équipages des vaisseaux de commerce,» (Décret du 21 nov. 1806.)

3. Cette formule était compréhensible lorsque l’Etat, conçu théoriquement comme distinct des sujets, se confondait presque, en fait, avec le gouvernement, et que la guerre, opération gouvernementale et princière, faite par des motifs non vitaux pour la nation, était exécutée d’armée à armée, par une fraction limitée de cette nation (xvrie s.). Elle ne l’est plus, effectivement ni idéalement, lorsque l’Etat tend à s’identifier avec les citoyens, et que la guerre est un fait national, mettant en cause les intérêts nationaux, et exécutée par la nation armée. C’est la Révolution qui a institué l’ordre politique et social nouveau. — D’une manière plus compréhensive : la guerre a été d’abord le fait de la tribu et de groupes isolés; aux périodes d’anarchie, une entreprise privée, pour le compte d’un individu ; puis, monopolisée par l'Etat, représenté par le souverain; enfin nationale. L’idée de relation d’Etats ne convient qu’à l’avant-dernière de ces situations : aussi n’a-t-elle eu qu’un temps.

4. Westlake, op. cit., p. 286 : 4° La guerre est une relation d’Etats ; 2° Chaque Etat peut cependant traiter les sujets de l’autre comme ennemis, car les actes ou omissions de l’Etat sont faits ou omis par ses membres, ou au moins approuvés par eux; 3° Les sujets de l’un ne sont pas ennemis des sujets de l’autre, car L'Etat, corporation sans clause de responsabilité limitée, a une personnalité dis-

tincte de celles de ses membres. — L’autorité publique SANTA aux particuliers, mais non les particuliers aux particuliers. 5, Oke.Manning, Comment. on the law of nations, p. 122. — Cf. Wildmann, Insti-

tutes of int. law; t. II, p. 8; Twiss, The law, p. 80 ; Hall, Int. law, p. 127 ; Kent, Comm. on Amer. law, I, 1. II ; Halleck, Int. law., ce. xx; Creasy, Platform of int. law, p. 390 ; Phillimore, Comments 2e &d., t. III, p. 19; — Wheaton, Elém., éd. de Boya, p. 345. — En faveur de la formule de Rousseau : Dudley-Field, Outlines…, $ 705 ; en Allemagne, Bluntschli, art, 530. = :

léon, à la conduite de la Prusse en 1813 et en 1870, l'obligation universelle au service militaire fait aujourd’hui de la guerre une lutte des nations armées ‘, Dès le temps de paix, les ressources en nature (réquisitions) et en argent (impôts) sont utilisées à la préparation; les savants, les industriels, recherchent et réalisent les engins et instruments ; pendant les hostilités, les ingénieurs, les médecins ont un rôle utile dans les rangs de l’armée ou en dehors d’elle, les hommes âgés veillent à la sûreté des voies et des transports, les auxiliaires sont employés à des fins accessoires. L'autorité militaire acquiert des pouvoirs étendus sur toute la vie sociale (état de siège). Quant aux opérations elles-mêmes, l'emploi des tirailleurs, la levée en masse improvisée des populations ?, moyens que réclame « ladaptation artistique des moyens au but », — transforment la bataille moderne en «Lutte de hordes * ». Des nations entières, composées de millions d'hommes #, se ruent les unes contre les autres, dans des combats aussi horribles, mais plus imposants par leurs proportions, que ceux des temps primitifs. Cette convergence des eflorts suppose un puissant mobile commun. L’acharnement est d'autant plus grand qu’on suppose la vie nationale engagée. Il serait vain, dans ces conditions, d'attendre de quelques défaites la renonciation à la résistance... La haine qui s’ensuivra sera d'autant plus durable.

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On sait quels excès ont engendré de part et d’autre, les invasions modernes, surtout lorsqu'elles avaient lieu au détriment de

1. Dès le 12 déc. 1789, Dubois-Crancé disait à la Convention : Tout citoyen doit être soldat et tout soldat citoyen (Jung, Dubois-Crancé, p. 19, 24). — C’est une formule analogue à celle des guerres des tribus armées primitives. — Pour G. de Greef (Le transf. social, p. 413 s, 509 s), le retour aux formes primitives, notamment par la nation armée, n’est qu’apparent : la division du travail empêche la participation de tous, l’interruption de la vie économique... ; la guerre est une « fonction spéciale, un organe (?) restreint »., — Uné institution peut-elle recouvrer un caractère qu’elle a perdu ? (réversibilité de l’évolution). Non, dit Demoor (L’évol. régressive, p. 2928) ; oui, dit G. de Greef (ib., p. 371).

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