Rousset, Les maîtres de la querre, p
tiles. Le défaut de parallélisme entre le développement du système défensif et celui des inventions destructrices et meurtrières indique l’orientation des recherches. Si on ne trouve pas maints procédés de protection, fussent-ils peu pratiques, sans doute est-ce parce qu’on ne s’en donne pas la peine. I1 semble même que, reconnaissant la nécessité de l’anéantissement de l’un d’eux et estimant que la question en vaut le risque, les combattants consentent à mettre leur vie « sur le tapis ». Inversement, les progrès de la science n’expliquent pas à eux seuls le perfectionnement des armes : pour les découvrir, il faut désirer les chercher, et pour les utiliser, il ne suffit pas de les connaître : la volonté de les employer est nécessaire et doit dépasser toute inhibition ‘, sinon elles resteraient sur le papier ou en magasin, à côté des balles au phosphore ou des serpents électriques d’Edison. Avec le temps, on s’est accoutumé aux horreurs et on est venu à louer, comme humains, les engins qui tuent sûrement et promptement et dont l'effet foudroyant abrége les souffrances, de même qu’on préfère les bombardements, procédés rapides et impressionnants, aux lenteurs et aux dépérissements occasionnés par les sièges. L’idéal étant de tuer beaucoup et vite, où s’arrêterat-on? La mort en masse d’armées balayées par l’électricité ne supplantera-t-elle pas lhorreur des corps défigurés, des moignons sanglants, de chairs en lambeaux, d’agonies, de plaintes et d’épouvante ? — Conséquence et signe de la recrudescence d'intensité, l’usage des armements fperfectionnés, à son tour, accentue. Le moyen réagit sur le but. L'introduction d’un procédé qui met une satisfaction à la portée de tous, propage et surexcite le désir d’éprouver cette jouissance. De même que l’invention de l’imprimerie a étendu et renforcé la passion de la lecture, « celle de la poudre a fortifié et répandu la soif de conquêtes militaires ?. »
1. La lutte passionnée, d’ailleurs, — et c’est encore une cause d° « intensification », — se plie mal aux exigences de la logique, de la morale et du droit, ou plutôt on accommode ces dernières avec les faits. Pendant les guerres de religion notamment, « le droit de la guerre s’est fait plus âpre... On fit le triste essai de la suppression de toutes les lois de la guerre. » Aujourd’hui les praticiens subordonnent l’humanité à la nécessité, c’est-à-dire à la « raison de guerre » et à « l’ascension à l’extrême ».
2. Tarde, Les transf. du droit, p. 441. — Comte (Phil. pos., t. VI, p. 111 s) voit dans lintroduction usuelle des armes à feu une influence de l’industrialisme croissant : c’est l’esprit industriel qui a poussé à perfectionner les procédés guerriers pour que les pays paisibles puissent désormais lutter efficacement contre les groupes d'esprit militaire, sans altérer leurs travaux par un long ap-
prentissage. Les préparatifs guerriers absorbent moins les modernes que les anciens. (?)