INFLUENCE DE LA RECRUDESCENCE SUR LA CONDUITE DE LA GUERRE
On en fait sentir tout le poids au vaincu de manière à influencer, malgré lui, sa volonté !. On lachève. Lorsqu'il est abattu, on lui enlève non plus seulement quelques forteresses, mais des provinces entières, on lui impose une indemnité que les institutions de crédit permettent de rendre épuisante : n’était la jalousie des tiers, on l’absorberait tout entier. On ne s'épargne plus guère.
Le peuple, exposé à perdre davantage par la défaite, consent à des sacrifices plus grands pour préparer la guerre et la mène plus durement quand il y est acculé. L'énergie du combattant s’accroît par cette considération qu’il lutte non seulement pour sa propre vie, mais pour l'existence des siens et pour le bien de la patrie. Les non-combattants se transforment facilement en combattants. Comme au temps primitifs, l’armée est la nation tout entière.
La stratégie à été, de ce fait, modifiée plus profondément que par l’invention des armes à feu. Au lieu d’être enfermées dans des cadres, les hostilités prennent une allure déchainée. Elles amènent désormais € la tension maxima, le déploiement maximum de forces, convergeant de la façon la plus prompte sur le centre le plus vital de la puissance ennemie ?. » La brutalité relègue la ruse au second plan. On n’évite plus lennemi, on fond sur lui, on cherche la bataille.
Un revirement parallèle s’est effectué dans la tactique. Il s’agit, pour les chefs, d’un problème moins de géométrie que de dynamique, et spécialement de dynamique mentale, de psychologie, de sentiments et de passions. Quant aux soldats, la conscience de leur individualité propre, de leur liberté et de la solidarité nationale, transforme « leur passivité résignée en une ardeur toute nouvelle faite d’esprit d'initiative et d'action * » (tirailleurs). La bataille perd son formalisme, sa régularité, sa raideur machinale, et acquiert une mobilité et une souplesse très grandes. L’attaque a lieu en détail, avec des troupes morcelées, décentralisées, qu’on ne ménage pas. 4
Plus d'appareils protecteurs, d’armures, de boucliers, ni de murailles, — armure des cités! On les sait inefficaces autant contre l’élan de ennemi que contre la puissance de ses projec-
1; La Convention donne l’ordre de ne pas faire de prisonniers. En 1805, après Ulm, Napoléon n’accorde pas à l’Autriche, il ne veut traiter qu’à Vienne... Les Etats qui, n’opposant au torrent de l’invasion que les faibles barrières du passé, sont d’abord écrasées, profitent de la leçon et se rallient à la nouvelle pratique.
2. Marselli, La g., II, 28; Foch (p. 40) voit là toute la morale de la g. moderne,