CHAPITRE I
Evolution de fait, quant au nombre des guerres,
I. Causes de multiplication ? — II. Causes de rareté croissante.
La guerre est un effet, un moyen. Pour la faire décliner ou cesser, il faut viser à supprimer, non pas l'effet directement, mais ses causes et les causes de ses causes, et aussi ses buts, à moins qu’on n’y adapte des moyens meilleurs.
Une telle proposition rencontre dès le début une objection de fait. Lx recrudescence de fréquence, ou tout au moins l’état stationnaire des causes de guerre — les nouvelles compensant les disparues — laisseraient peu de chances pour que le procédé soit désormais employé moins souvent. À l’aube des temps modernes, le développement des institutions et de l’esprit industriels avait, on en convient, produit un € ralentissement des guerres », mais on cite de nombreuses causes qui seraient apparues depuis lors.
Causes politiques d’abord. Au xvi® siècle apparaît la territorialité. La Réforme brise l'unité morale de l’Europe et de chaque Etat, basée auparavant sur la foi commune, et renforce l’idée de l'indépendance des rois vis-à-vis de PEmpire et de la Papauté. L’esprit nationaliste commence à se faire sentir : au lieu de les abaisser devant le latin, on encourage les langues locales. L’idée de communauté disparaît devant celle d’individualité !. La notion
1. Lavisse, Vue gén., p. 109 s : aspirations à l’absolue possession de soi, sans hiérarchie, sans principe modérateur, sans juge. (Suit un tableau des causes de guerre.) — Tarde, Transf. du pouv., p. 242 : moralisation croissante de la politique interne, et démoralisation de la politique extérieure au xvire s.