CAUSES POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES DE MULTIPLICATION
; L de PEtat s’affermit. Les nations ne sont plus des personnes, mem-
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bres d’un même corps social et régies par le droit international, mais des € puissances », relevant de la mécanique (droit du plus fort, équilibre). Les grands Etats de constitution récente, exaltés par la conscience de leur unité et de leur force, aspirent à l’indépendance totale, sinon à la suprématie et à la € monarchie de PEurope ». L’esprit utilitaire et égoiste prédomine dans les cours, et légoisme de l'Etat s’appelle raison d'Etat. Le Prince de Machiavel devient le bréviaire des rois.
Les corps politiques, pourtant, ne se ferment pas les uns aux autres, mais les relations qui se multiplient font surgir des problèmes dont on confie la solution aux armes ‘. Les ambassades permanentes, qui étaient le signe de la régularité des rapports et auraient dü être des agents de paix, furent souvent des ferments de discorde. Les découvertes territoriales firent naître des ambitions démesurées et soulevèrent des discussions de titres ; le développement de la navigation amena des prétentions rivales à la souveraineté des mers ; le progrès de l'esprit critique engendra ou activa les haines et les guerres religieuses, civiles ou internationales. L’acquisition, par les peuples. du droit de disposer d'eux-mêmes produisit, quoique en violation des prineipes de la Révolution ?, une série de luttes d’unification ou de désagrégation. Les Etats ou plutôt les gouvernements n’ont pas abandonné tout dessein d’agrandissement, mais ils le dissimulent sous des prétextes ethnographiques. La Prusse à continué à être conquérante pendant tout le xix° siècle ; l'Autriche, la Russie ont voulu s’enrichir des dépouilles de empire ture. C Une lutte acharnée d’influence entre les grands Etats sur les petits. afin de faire graviter ces derniers dans leur orbite ? ». est résultée de la diminution du nombre des Etats et de la perte, par chacun, de l'espoir de s’agrandir au détriment direct de ses
4. Dans une assemblée où chaque membre reste confiné dans son coin, sans remuer, sans engager la conversation, les chocs Sont moins à craindre que dans une foule agitée. (Proudhon, La g., t. 1, p. 17; Paix sociale, 9 fév. 1889; M. Revon, L'arb., p. 400.)
2. G. de Molinari (Gr. et décad. de la g., p. 81) attribue un renouveau des guerres à la subvérsion de l’ancien régime, prématurée, parce qu’on ne savait encore quelles institutions y substituer, — et une influence plus durable, au passage du pouvoir politique à une classe qui, exploitant les débouchés administratifs et militaires, a intérêt à la continuation « artificielle, anormale » de la guerre. La lutte des partis engendre également des crises extérieures. Les guerres acquerraient ainsi la périodicité à l’époque où elles cessent d’avoir une raison d’être. (L'évol. pol., ou J. des Ec., 1883, XXI, p. 61.)
3. Despagnet, Prolectorats, p. 409 — G. de Molinari (2b., p. 148) : suppression des Etats-tampons après la Révolution et l’Empire.
grands rivaux. Les € questions » se multiplient. Le conflit des nationalités dans les Balkans et en Autriche, les impérialismes anglais et américain, la lutte pour le Pacifique, et beaucoup d’autres problèmes, avivent le Cstruggle for life » international et font de la guerre € l’état quasi-normal de Europe ! ».
Causes économiques, d'autre part. De nouveaux ordres de conflits surgissent à partir du xv° siècle. Cette démarcation n’est pas arbitraire. L'emploi de la boussole facilite la navigation : la découverte de l'Amérique s’ensuit de près. Plus tard, on explore l'Afrique, on pénètre l’Asie. On se dispute les épices, l'or, les comptoirs, exploitation des colonies. Le souci de prospérité commerciale fait adopter un système étroit de protection et de prohibition, dont l’utilitarisme grossier engendre naturellement de mesquines rivalités ?. Aujourd’hui encore l’esprit de monopole persiste. Les civilisés, aspirant à se constituer des € empires coloniaux », se trouvent face à face, ou bien en présence de sauvages que leur imprévoyance a civilisés et armés à demi, juste au point de pouvoir leur tenir tête. Là encore se trouve une réserve de causes possibles de guerres.
Si on ouvre les marchés, au lieu de les fermer, les chances de chocs, prétend-on, n’en seraient pas moins accrues par la multiplication des échanges. La fréquence et Pacuité des conflits qui peuvent jaillir de là ont été, d’ailleurs, exagérées. Le grand fait historique qui domine peut-être tous les autres, depuis trois siècles, est, dit-on, le réfrécissement de la planète*. Les facilités de communication, en diminuant les distances et les surfaces, rendent les contacts, c’est-à-dire les chocs. aussi faciles avec les Chinois ou les Japonais qu’autrefois avec les Allemands. La populalion blanche surabondante ne trouve plus de débouchés sur des territoires qu’elle a peuplés de ses membres et des indigènes conservés grâce à notre hygiène (?) : il ne reste plus de place sur un globe déjà couvert. Enfin Les besoins vont croissant, chez
1. E. Lavisse, 16., p. 185, 222 : « L'histoire politique de la période moderne est toute remplie par la guerre. » — Nolte, L’'Eur. mil. et dipl. au XIX®s., t. IV, p. 316, conclusion : état permanent du monde actuel. Peut-être les puissances européennes n’ont-elles jamais eu autant de prétentions territoriales, ouvertes ou inavoutes, ni tant de causes de conflits sanglants. — Congrès des sc. pol. en 1900, p. 28. — E. de Laveleye, en 1873, a énuméré les Causes actuelles de guerre, mais ses prédictions ne se sont pas toutes réalisées,
2. Espinas, Hist. des doctr. éc., p. 137 : avec les Systèmes colonial et mercantiliste, l’histoire entre dans un âge de fer. « L'Europe apparaît comme une lice où toutes les convoitises sont en conflit. »
3. Faguet, Le prochain moyen-âge, Journal des Débats, 95 juil. 1895.