‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 296 sur 471 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Exposé des apologies.

I. Apologies sentimentales et religieuses. — II. Apologies « scientifiques. »

On n’a pas tout dit, tout réfuté, lorsqu'on a montré que les buts qui exigent la guerre doivent être délaissés comme mauvais, et que, en vue des autres, peut-être excellents, elle est un moyen défectueux, auquel il faut en substituer de mieux appropriés. Il reste encore des arguments à invoquer en sa faveur et des réponses à leur opposer. Ces arguments sont tirés de ses effets générauæ et essentiels, abstraction faite des buts et des résultats particuliers de telle ou telle campagne. Si ces effets sont bons, ils seraient susceptibles d’être pris comme buts de guerre, ou d'entrer en compte à côté d’autres, ou de compenser en partie la répulsion qu’elle inspire, et, par conséquent, d’engendrer les hostilités ou d’en favoriser la naissance. Des écrivains assez nombreux attribuent à l’activité militaire une influence bienfaisante !

4. Citations : Martens, La q., p.5 s; Schlief, Der Friede, p. 58-67 : doctrine de la guerre absolue ou bien positif...

— abstraction faite de la nature, de la justice et de lPobtention effective des desseins poursuivis , — et craignent que lavénement d’une paix générale n’entraine quelque inconvénient. Quelques-uns exposent une véritable € apothéose de /a guerre ».

La plupart de ces) apologies sont rélativement récentes et forment, avec les théories pacifistes, deux extrêmes, — l’un approu-

vant, autre désapprouvant la guerre en général, — en lesquels s’est différenciée Popinion ere qui justifie ‘certaines guerres et en condamne d’autres. Cette apparition tardive s’explique par des raisons plus particulières que le caractère abstrait des idées qu’elle comporte. Elle à suivi la déchéance théorique qui frappe définitivement la guerre comme opération lucrative et comme procédure judiciaire, et se présente peut-être comme une réaction contre les exagérations spéculatives. Malgré les imprécations des penseurs et en dépit des espérances fondées sur l’avénement de la démocratie par ceux qui attribuaient le désordre international à des causes superficielles et à des fantaisies princières, les hostilités ont, non seulement persisté, mais déployé toute Pampleur de leurs moyens et de leurs effets : à ce moment, on à pensé qu’elles correspondaient à des causes profondes, innées, nécessaires et bonnes. Les apologistes ont par là suscité un examen plus positif que les anciens jugements aprioriques de la Craison ». Is'ont porté le débat sur un terrain scientifique, où lavantage n’a pas été pour eux, et ont ainsi fourni des bases plus solides et plus définitives à la théorie de la paix, en montrant que le problème présentait, en dehors des aspects juridique et moral immédiats, un côté sociologique plus profond et intéressant la constitution générale de homme et des sociétés.

Leur tort fut de ne pas s’apercevoir que, surtout dans le présent, les mauvais effets dépassent les bons et que la guerre n’est pas Punique et perpétuelle voie qui accède à ces derniers. Absorbés par la contemplation du passé, l’image leur en est restée dans les yeux, lorsqu'ils se sont tournés vers l'avenir. Le spectacle de la lutte, du carnage, qui rapprochent l’homme de animal, leur à caché ce qui l'en distingue : l’accord, la société, le droit. — À l’appétit de jouissance personnelle, qu’ils ont

1. Quelques-uns, sans qu’on comprenne la raison de cette restriction, inessentielle au système, attribuent aux seules guerres justes, et non aux injustes, des -effets bons ou relativement meilleurs, tels que : stimulation des énergies nationa-

les, échec à la banalité, etc... (Ex. : Bacon, Bouvet, La g. et la civil, p. 72; Garaude, La g., p. #1; Trochu, L'armée fr. en 1867.)

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