JOSEPH DE MAISTRE
Dans les Soirées de Saint-Pétersbourg se manifeste encore davantage la tendance mystique de Joseph de Maistre. Il multiplie les énigmes, donne, aux choses simples, des explications mystérieuses. Îl prend plaisir même à « contredire les prévisions et les certitudes les plus évidentes de la raison vulgaire, au nom d’une raison supérieure qui se grise pour ainsi dire de l’absurdité et de la cruauté apparentes des dogmes ! ». Partout dans la nature, il ne voit que lutte et que meurtre ; depuis le ciron jusqu’à l’homme, s’accomplit la grande loi de la destruction violente des êtres vivants. « La terre crie et demande du sang (!)... L'homme est chargé d’égorger l’homme. La guerre accomplira ce décret. Il fait avec enthousiasme ce qu’il à en horreur.….. »
« L'homme étant donné, avec sa raison, ses sentiments et ses affections, il n’y a pas moyen d’expliquer comment la guerre est possible humainement.. Plus elle est folle, moins elle est explicable ». (= divine). Par quelle «magie » l'homme est-il tou- Jours prêt, malgré sa compassion, à s’en aller, sans résistance, souvent même avec allégresse, mettre en pièces son frère qui ne l’a jamais offensé? La gloire, dira-t-on, explique tout ? Non, elle n’est que pour les chefs, et puis comment l'expliquer, elle? Supposez qu’on demande à un génie voyageur, venu sur notre terre, chez qui le droit de tuer est considéré comme honorable : chez le bourreau qui donne la mort rarement et seulement aux coupables condamnés, ou bien chez le soldat, qui tue sans mesure et toujours d’honnêtes gens. Certainement ce génie ne balancerait pas un instant : il attribuerait au bourreau lPéloge que nous faisons du soldat. Et cependant € de ces deux tueurs de profession, le soldat est, à tout prendre, un ministre de cruautés et d’injustices.. Expliquez pourquoi ce qu'il y a de plus honorable dans le monde, au jugement de tout le genre humain sans exception, est le droit de verser impunément le sang innocent ?.. Il y a quelque chose de mystérieux et d’inexplicable dans le prix extraordinaire que les hommes ont toujours
si l’on touche le tronc ou si l’on coupe en tête de saule, l’arbre peut périr.. Tonnons cependant contre la guerre et tâchons d’en dégoûter les souverains. » — Euripide, Oreste, v, 1617 : Les dieux se sont servis de la beauté d'Hélène pour mettre aux. prises Grecs et Troyens, afin d’étancher sur la terre l’iniquité des hommes devenus trop nombreux. — J.-B. Rousseau :
C’est le courroux des rois qui fait armer la terre,
C’est le courroux des cieux qui fait armer les rois.