APOLOGIES € SCIENTIFIQUES ». — OBSTACLE A LA STAGNATION
à se détruire, ou plutôt à se modifier, en se transformant en paix et en travail (p. 372-374). La guerre, entachée dans sa source, lui paraït contradictoire et frappée d’une absurdité, d’une ignominie indélébiles (t. IT, p. 298). Il se prononce en faveur de la nécessité de la suspension des hostilités et de la signature d’un armistice de durée indéfinie (&b., et p. 342). (L’hypothèse d’une paix universelle est légitime... Le monde a eu des paix, il nous faut la paix » (p. 380). La parole qui clôt son livre (p. 420) est celle-ci : « Je crois pouvoir dire en son nom : Fhumanité ne veut plus la guerre !, »
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Le sentiment religieux, chez Proudhon, se mêle de considérations d’ordre plus scientifique. Parmi les apologies plus spécialement positives, il en est une première catégorie — la distinction n’est pas rigoureuse — qui croient découvrir dans la guerre et y mettent en relief, soit un obstacle à la stagnation soit un encouragement auæ qualités telles que le courage et l’esprit de sacrifice. La paix, dit-on assez communément, étant de sa nature productrice, crée des richesses qui engendrent l’opulence, des satisfactions multipliées, des plaisirs efféminés qui amènent la mollesse, l’énervement et la décadence. Vienne la guerre, l'énergie et toutes les mâles vertus renaïtront..
C’est le propos que tenait déjà Bacon. en ses Essais de politique : € Nul corps, naturel ou politique, ne peut se conserver en santé sans exercice. Une longue paix amollit les courages et corrompt les mœurs. Une guerre juste et honorable est, pour un Etat, l'exercice le plus salutaire. » Si la guerre civile ressemble à la fièvre, l’étrangère peut se comparer à la douce chaleur dégagée par l’exercice. — Le thème a été mille fois repris.
1. Depuis Proudhon, comme auparavant, le sentiment religieux a inspiré plus d’un jugement semblable : la guerre punit, répare et relève (Veuillot, La g, et l'homme de q., p. 43 s; réfuté par J. de Triac, G. et christ., p. 108 ; — Ch. Périn, Rev. trim., 1881, p. 313 : rien n’est plus beau); elle est la grande école des vertus (Mgr Landriot, dans : Morin, {. 1, p. 30; Salières, La g., p. 86) ; — E. M. de Vogüé, R. des rev., 1891, II, p. 78... : la certitude de la paix (et non la paix) engendrerait la décadence avant un demi-siècle; — R. P. Ollivier, La g., p. 7,2, 11 S : « Je justifie, je préconise la guerre. » (Réfuté par : l’abbé Palfray, Contre la g.; J. de Triac, Doctr. relig. fantais.). — En ce que ces affirmations sont basées sur l'instinct, le sentiment esthétique ou religieux, il n’y a pas à les réfuter : leur modification est affaire d'éducation, de littérature, non de science. En ce qu’elles ont de positif, elles donnent prise aux mèmes critiques que les suivantes.
Précurseur des Italianissimes, Machiavel rêve une Italie une. Comme les Allemands du commencement du xix° siècle, 1l souhaite à son pays et vante en général la force, la puissance militaire, € dont l'absence entraine la ruine ‘. » Il préconise Pinstitution d’armées nationales, qu'il oppose aux mercenaires dont les mœurs soldatesques, les vices et les déprédations sont dus à ce qu’elles ne retournent pas après coup à de paisibles occupations. Si on n'en fait pas métier, la guerre rend les peuples plus braves et plus recommandables. Avec la paix, les occasions diminuent pour les grands hommes (= grands généraux) d'exercer leur capacité, le mérite disparait, la corruption triomphe, telle celle où sombra le monde antique. Le Florentin «€ accuse » les mœurs chrétiennes d’avoir favorisé la révolte contre la fatigue des exercices, et met en garde contre les résultats funestes d’un désarmement qui engendrerait non une éternelle félicité, mais une ruine irréparable ?.
Les manifestations les plus marquantes de l’époque moderne, en faveur de la guerre, se rencontrent en Allemagne, à raison de caractères ethniques et de traditions favorables au droit de la force, mais surtout depuis la Révolution et en réaction contre la menace d’une domination étrangère . Dès 4792, Wilh. von Humboldt reconnaissait € dans l’influence de la guerre sur le caractère du peuple, un des phénomènes les plus profitables au perfectionnement du genre humain », par suite de l’insuffisante stimulation des autres dangers *. — Xant lui-même, le pacifique Kant, n'échappe pas à l'engouement général : une longue paix fait prédominer esprit de lucre, légoïsme, la lâcheté, Pefféminement ; la guerre, par contre, a quelque chose d’élevé en soi
1. Nourrisson, Machiavel, p. 267. — Le Prince, ch. xxvi, Œuvres, t. 1, p. 640. — Art. de la q., in fine, et Hist. de Florence.
2. Art de la g., ib., p. 318 s, 402 ; Décades, 1. IX, ch. xxx.
3. Comme au, xvi® s., on prèche le tyrannicide au nom de la loi de Dieu. « Celui qui combat les tyrans est un homme sacré. C’est la guerre, qui plaît au Seigneur, » [Arndt}, Katechismus für den Teutschen Kriegs- u. Wehrmann, Péters., 1812. — « La Providence emploie les conquérants comme les ouragans, les tremblements de terre et la peste : pour nettoyer, rafraîchir, rajeunir, fortifier l’humanité. » (A. von Feuerbach, Ueber die Unterdrückung u. Wiederbefreiung Europas, München, 4813; E. M. Arndt, Blick aus der Zeit auf die Zeil, Germania, 1814; de même, H. Luden, Politik, p. 64.)
4. Berl. Monatsschrift, 1792, n° 10, p. 346. — Parmi les premières apologies : Embser, Die Abgüllerei unsers phil. Jahrh., 1 Abgott : Ewiger Friede, Mannheim, 1719, ou : Widerl. des ew. Friedensproj., Mannheim, 1797; — Garve, Anmerk. u.
Abhandl. zu Ciceros Pflichlen, Breslau, 1784, p. 192 s ; — en 1191, sans nom d’auteur ni de lieu, une assez plate Apol. des Kr., vielleicht gar eine phil. Betracht. ; — X., Archiv. für Krieq u. Frieden, Pless, 1811; — Gal prussien Rühle von Lilienstern, Apol. des Krieges, besonders gegen Kant, Schlegels d. Museum, t. II, Wien, 1813.