LA GUERRE COMME STIMULANT
lorsque cessa momentanément sa fonction ou lorsqu'elle n’en eut plus le monopole, tomba facilement dans l’inertie et la corruption, parce que son préjugé, concordant avec son inaptitude pour des travaux inaccoutumés, l’empéchait de s’y livrer. Qui, à l’heure actuelle, est oisif (et nous ne souhaitons pas qu’il cesse de l'être)? N'est-ce pas les militaires de profession, dont la tâche est de préparer et d'exécuter une guerre qui n’arrive pas : en sont-ils moins moraux, au dire des apologistes eux-mêmes ?
La suppression de la guerre ne serait pas dangereuse où tout le monde travaille, soit par goût, soit par métier, soit par conscience de la nécessité de l’activité pour vivre. Or il semble bien que les nations européennes et américaines ont © de suffisants motifs d'activité pour qu’il n’y ait plus à redouter le délétère poison de la paresse !. » Non seulement il n’y a pas de peuple civilisé exclusivement adonné à la guerre, mais les peuples industriels se développent et se multiplient. Il semble que la concurrence doive, en s’accentuant, susciter un eflort, non plus momentané et paroxysmique, mais modéré et continu, des Etats dans la société des nations, et des individus à l’intérieur de PEtat. Il sera désormais de plus en plus interdit — non par décret, mais par l’état de concurrence et d’instabilité, — à un peuple ou à une classe sociale, de vivre sans effort personnel sur les biens acquis par leurs ancètres, d’être essentiellement parasites, en se dérobant à la nécessité de la coopération intranationale et internationale. S'ils veulent se perpétuer et conserver leur rang, tous devront, de manière différente, collaborer à la grande œuvre pacifique : lutter contre les influences qui sollicitent à la guerre, maîtriser et utiliser les forces naturelles pour les besoins humains. Une telle émulation ne suffira-t-elle pas à éveiller les énergies, à occuper les forces humaines disponibles ? Les peuples qui, déjà vivent sous ce régime, semblent plutôt trop actif que pas assez."La paix que nous appelons ne doit pas être l’indolence, l’inertie et l’immobilité, c’est-à-dire la paix des tombeaux, mais un paix active, bienfaisante, ce qui suffira à lui enlever toute monotonie et à lui donner même une certaine grandeur. Elle ne doit être ni la curée des égoïsmes ni le règne de la passivité : la concurrence doit y être modérée par la solidarité.
Les apologistes prétendent enfin que la guerre a formé et pro-
4. Deluns-Montaud, La g. et la paix, Quest. dipl. et col., 1897, p. 385.
ein) LA GUERRE POUR UN BUT GÉNÉRIQUE
pagé la civilisation. On devrait donc observer chez les peuples belliqueux une supériorité de culture” qu’en fait ils ne possèdent pas. Inversement, les peuples pacifiques ont joui d’une durable prospérité. La paix, l’agriculture et les arts se sont développés parallèlement en Egypte. Si la Grèce ne fut pas exclusivement pacifique,ses arts ne furent du moins pas particulièrement brillants aux époques troublées de son histoire. Deux peuples, en ce siècle, ont acquis un grand développement : les Etat-Unis et l'Angleterre; est-ce à la pratique de la guerre que tient la «supériorité des Anglo-Saxons »? (Demolins). Les peuples latins, traditionnellement belliqueux, n’ont pas pendant le même laps de temps acquis la prééminence que les combats auraient dû leur assurer. Le raisonnement explique fort bien ces résultats. Comment la guerre, qui subsitue Panarchie à lordre, le prédatisme et la destruction à l’effort économique, la misère à la richesse, accroitrait-elle le bien-être, ou la somme des subsistances et des idées? Ce qui produit ce résultat, c’est Le travail de artiste, du savant, de l'ingénieur, de l’ouvrier, c’est l'effort producteur.
La guerre ne produit pas la civilisation ?. Aïde-t-elle du moins à la répandre? Souvent elle ne propagea rien, plus souvent elle propagea la barbarie et la mort, presque toujours elle dressa des barrières aux frontières et fit germer une haine qui méconnut le vainqueur (prévention contre l’Allemagne). La propagande fut le dernier des soucis des Grandes Compagnies, repaires pourtant cosmopolites au plus haut point. La véritable xpansion de la culture fut le fait des nations pacifiques (Phéniclens...), du commerce, des voyages, de l'imprimerie, aujourd'hui des publications, associations et réunions internationales. Lorsque de bons rapports s’établissent entre vainqueurs et vaincus, ils résultent des relations paisibles qui suivent les hostilités. La guerre fut toutefois, par exception et dans les temps primitifs, un moyen de contact, un instrument de rapprochement entre peuples, utile en labsence de tout autre. Que d’autres moyens soient convecables *, cela importe peu à l’égard du