PRATIQUE DE LA GUERRE COMME SPORT
barrassant d'éléments « hypersthéniques » !, impurs, turbulents ou dangereux, ou de préparation à la lutte continentale (guer res d'exercice). On est allé plus loin : on à proposé de faire la guerre afin d'entretenir l’armée en état. En 1825. Guillaume 1er écrivait au général Oldwig von Natzner : « Nous avons eu une paix de dix ans, c’est bien long, cela ne vaut rien pour une armée prussienne, quine peut se maintenir que par la force et les nerfs ?. » Le cercle vicieux est flagrant : on à une armée pour faire la guerre, et on fait la guerre pour avoir une bonne armée, — pareil à ce paysan qui, dans une auberge, demandait du vin pour finir son pain, puis du pain pour finir son vin et qui dépassa son appétit et épuisa les ressources de son hôte.
Au point de vue psychologique, on ne saurait méconnaître que la décision de la guerre franco-allemande fut favorisée des deux côtés par le désir d’avoir une guerre quelconque et non pas cellelà même. Longtemps auparavant, en Allemagne, on proclamait la nécessité d’avoir une nouvelle campagne, afin de parachever Punité nationale *. Du côté français, le désir de raffermir la dynastie ébranlée fut pour quelque chose dans la volonté du gouvernement.
Nous touchons ainsi aux guerres de diversion. Un effet politique commun à toutes les guerres qui réussissent, consiste dans laccroissement de l’autorité du gouvernement : on se presse autour de lui pour défendre le patrimoine commun, en sacrifiant les griefs qu’on a à son égard ; après la victoire, Le prestige, la confiance et l'influence dont il jouit sont tellement accrus, que les oppositions désarment. En lui fournissant une occasion de gloire et de profits, les princes s’attirent la bienveillance de Parmée:
4. Dr de Fleury ; Lombroso, Le crime, causes el remèdes, p. 544.
2. Moritz Adler, L'Humanité Nouvelle, Enquête sur la guerre, p. 121. Un haut diplomate russe disait en 1870 à un grand homme d'Etat allemand: « La Russie est troublée, elle a eu vingt ans de paix, son armée réclame de l'occupation, le besoin d'ordre et d’avancement exige n’imporle quelle entreprise militaire. » (10.)
3. Moltke et Bismarck l’ont reconnu avant et après (v. not. Moltke, Schr., L. V, p. 297) et c’est pour mieux obtenir ce résultat qu’ils tenaient tant à ce qu’elle paraisse déclarée par ladversaire.. — W. Kisselbach, Der Krieg u die pol, Entw, Europa’s, Viertelj. Schrift 1859, IV, p. 5, 14: « L’Allemagne a besoin d'une querre pour réaliser son unification, Napoléon III doit chercher le succès sur les champs de bataille. Le combat avec Napoléon HI ne peut tarder. Peut-être lors de limpression de ces pages... » — Para Bellum, Berl., 1860, p. 18; — Bringen uns die Tæplilzer Confer. Krieg mit Fr., Berl., 1860, p. 13 : Ein Krieg mit Frankreich ist für uns unvermeidlich. — Si la guerre avait été dirigée par la Prusse contre les Allemands pour les soumettre, c’eût été un but spécial. Le raisonnement n’est pas ici le même : l’unification n’était pas liée à une guerre contre la France plutôt qu’à une guerre contre un autre pays, la guerre de 1810 eut cet effet non de par son individualité, mais parce qu’elle appartient au genre : guerre.
en leur paraissant être des sauveurs, ils obtiennent la bienveillance des sujets, qui leur assure au dedans une période de gouvernement facile. Conscients de cet elfet, les dirigeants ont parfois souhaité des hostilités contre n’importe qui, pour € détourner vers la gloire l’attention des esprits tournée vers la Hberté ! ». L'idée n’est pas nouvelle. Platon et Aristote * signalatent déjà que les tyrans entreprennent volontiers la guerre pour que le peuple sente qu’il à besoin d’un chef et pour faire diversion aux préoccupations du pays ou aux attaques dirigées contre eux.
Celle de 1870 n’est pas, hélas. la seule du siècle dernier où de pareils calculs soient entrés en considération. Napoléon TT, comme Napoléon 1#, voulut se faire pardonner son intrusion et maintenir l’enthousiasme populaire par des succès militaires renouvelés. L’injustifiable expédition de Crimée fut favorisée par Pidée que la victoire €viendrait amnistier le trône sanglant du 2 décembre.» L'Empereur se sentait suspecté par les vieilles monarchies d'Europe, et par ses sujets, s’il ne leur imposait le respect par quelque coup d'éclat. «Comme un de ses représentants le disait plus tard à M. de Bismarck, il avait besoin d’une guerre; il la lui fallait pour distraire la France et intimider l'Europe *. » La question d’Orient lui fournit l’occasion rêvée.
Les gouvernements ne sont pas seuls à tirer, sans grand risque, profit des crises belliqueuses. Toutes les autres catégories sociales qui ont ou croient y avoir un intérêt, en favorisent léclosion ou leur accordent volontiers leur concours Ÿ. Cette influence pourrait devenir une cause active de conflits sanglants. € La Bourse, disait de Moltke au début de son Æistoire de la guerre de 1870, à acquis une puissance telle qu’elle pourrait faire entrer les armées en campagne. » De nombreuses influences analogues
4. G. de Molinari, L’évol. pol., J. des Ec., 1883, 1, p. 70, 63 s. Pendant la guerre, l’opposition est réduite au silence, sous peine d’être accusée de complicité avec l’ennemi. — Après la Révolution, Alison proposa au gouvernement anglais d’entraîner le pays dans wne guerre extérieure pour empêcher le désir de réformes de gagner du terrain (De Franqueville, Gouv. et parlement brilan., t. IT, p. 303.)