SOCIOLOGIE DE SPENCER : CARACTÈRES DU TYPE MILITARISTE
est adaptée à l’industrie. Il a fait plusieurs fois le tableau de ces deux types si opposés !.
Spencer constate que Pactivité militaire prédomine dans certaines sociétés et principalement dans les peuplades primitives : Se battre semble la seule occupation virile; la société est l’armée au repos, et l’armée est la société mobilisée. » Plus tard, par contre, l’activité industrielle se propage et absorbe la plus grande partie des forces nationales. L’auteur n’insiste pas sur les causes de cette substitution partielle. Il développe davantage ses effets. Le plus important parmi eux est certainement le remplacement de la structure politique homogène, de la première phase, par celle, différenciée, de la seconde.
Quels sont donc les caractères abstraits du type militaire ? ? Voici les résultats auxquels Spencer aboutit a priori par le raisonnement et a posteriori par l'observation. La survie dans la lutte est assurée normalement (toutes autres conditions égales) aux sociétés chez lesquelles la coopération militaire est universelle, c’est-à-dire où, aux efforts des individus en état de porter les armes, sera unie l’aide indirecte des autres (femmes, esclaves, et, plus tard, serfs) : la vie guerrière chronique a donc pour effet de transformer les non-combattants en une intendance des combattants. Dans une société militaire, les non-combattants doivent € consumer leur vie à assurer celle des combattants », sinon ceux-ci, obligés de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, seralent moins propres aux fins de guerre. Ge rapport n’est point parasitique, car les premiers rendent en retour des services de protection aux seconds. En outre, dans une lutte ouverte, laction combinée l’emporte sur celle qui ne l’est pas : la société qui survit est celle où les unités actives et auxiliaires sont dres-
1. Not, Princ. de sociol., t. III, ch. xvir, xvur, p. 751-851; Probl. de mor. el de soc. p. 88 s; H. Collins, 4b., p. 399 s, 480 s. — De même C. Lombroso, Le crime, p. 535. — D. Folkmar, L'anthropol. phil. consid. comme base de la morale, p. 1 S: 1 y a trois périodes dans l’histoire de la civilisation : 4° lutte des hommes, peu nombreux, contre le milieu non humain, 20 contre les hommes, 3° contre le milieu inorganique, par suite de diminution des agglomérations (émigrations...) et d’accroissement des instincts humanitaires qui poussent à la coopération plus qu’à l’opposilion (Age des machines). La guerre tend à disparaître devant la lutte industrielle. Le dernier stade est particulier à l’homme. Les deux premiers et le troisième forment, pour parler comme Spencer, les périodes militaire et industrielle, ou, pour parler comme Patten, les économies douloureuse et agréable (pain- and pleasure economy). Cf. Giddings, Pr. of sociol.. p. 405.
2. Sur les modifications concrètes qu’apportent, dans les sociétés réelles, le degré de développement, la variété de races : Spencer, Soc., t. III, p. 170-788 : Polynésie, Dahomey, Pérou, Egypte, Sparte, Russie, Rome, Allemagne et Angleterre contemporaines, Aucun groupement n’est purement déprédateur ou producteur (t. II, p. 143).
sées à se mouvoir et à combattre de concert : il faut donc une autorité qui concentre les efforts militaires et coordonne avec eux les efforts civils. L’individualité, subordonnée, est done effacée : la vie n'appartient pas à son titulaire, elle est à la disposition de la société dont il est membre. Il ne peut se soustraire au combat quand il y est appelé, et ne peut en revenir vaincu sans encourir la peine de mort : sa liberté, sa propriété sont très limitées par leur subordination au service publie. La conservation de la collectivité est la fin principale, la conser vation de lindividu, dont la société est propriétaire, est la fin secondaire (t. II, p. 758-762).
Pour que toutes ces conditions soient remplies, 11 faut une condition préalable : un appareil de coercition, puissant, uni, centralisé, hiérarchisé, c’est-à-dire modelé sur celui de Parmée, où le général en chef commande seul en dernier ressort, et où chacun est maître de ceux qui sont au dessous de lui et sujet de ceux qui sont au-dessus. Le chef militaire étend souvent son autorité à toute la nation en devenant un chef civil. La direction de la société est la même que celle de l’armée, sauf la différence tenant à la dispersion ou à la concentration de leurs membres : € le travail s'effectue sous une autorité coercitive; la surveillance s’6tend partout » (tb., p.764). Le régime militaire ne se borne d’ailleurs pas à réprimer, il impose : outre qu’il dit à l'individu ce qu'ilne faut pas faire, il lui dit aussi ce qu’il faut faire etcomme il le faut exécuter ; car dans l’armée le commandement négatif qui maintient Pordre est insuffisant : le combat est réglé par commandements positifs. C’est le principe fondamental de la coopération obligatoire.
Une société aussi étroitement hiérarchisée ne peut être que rigide; les efforts, pour passer d’un grade inférieur à un supérieur rencontrent la résistance des faits (inaptitude de l’inférieur à remplir la fonction supérieure) et des hommes (réprobation des tentatives de ce genre) : d’où le principe de l’hérédité et de l’assignation de résidence (esclave, le serf attaché à la glèbe, le maître lui-même n’a pas le droit de s’absenter de sa localité sans permission).
De plus, dans une société militaire, les organisations autres que celles de PEtat sont réprimées. Enfin, l'échange des richesses ne pouvant être que très limité entre groupes qui passent leur temps à se battre, chacun d’eux doit être une autonomie économique (économie formée, domestique, de Karl Bücher), c’est-