CARACTÈRES DU TYPE INDUSTRIALISTE
à-dire avoir une organisation d'entretien capable de se suffire à elle-mêmeet de ne« pas être sous la dépendance d'étrangers » (p:710Y*
Tout différents sont les caractères de la société industrielle. Spencer, qui veut établir qu’elle est basée sur la coopération volontaire, commence par exclure de son examen les sociétés qui, tout en étant occupées à l’industrie, sont soumises à un régime autoritaire, soit militaire (Egypte, Pérou), soit socialiste (p. 804). La démonstration devient facile !
« L'action corporative qui subordonne les actions des individus en les unissant dans un effort combiné n’est plus une condition nécessaire. L'action corporative qui persiste a pour fin de préserver les actions de Pindividu contre toute intervention qui ne soit pas nécessairement demandée par la limitation réciproque des droits individuels. Le type social où cette fonction s’accomplit le mieux est celui qui doit survivre, puisque c’est celui dont les membres doivent prospérer le plus. Comme les exigences du type industriel excluent toute autorité despotique, elles n’admettent, pour organe approprié en vue d’accomplir Paction corporative nécessaire, qu’un corps de représentants dont loffice est d’exprimer la volonté commune. La fonction de cet organe de gouvernement, qu’on appelle généralement ladministration de la justice, est plus particulièrement de veiller à ce que chaque citoyen ne fasse n1 plus ni moins de profit que son activité ne lui en procure : ce qui exclut toute action publique impliquant une distribution artificielle de bénéfices. » Les rapports des individus sont régis par leurs conventions, au lieu de Pêtre, ainsi que leur condition personnelle, par la loi, comme cela avait lieu sous le militarisme. L'autorité n’intervient plus pour établir une relation arbitraire entre Peffort et le résultat : chacun est rémunéré librement par ses associés, selon son mérite, ce qui assure la prospérité du supérieur. Le type industriel n’est que négativement régulatif : il ne prescrit pas ce qu’on doit
4, L’induction conclut comme les précédentes déductions : les caractères énumérés se trouvent dans les sociétés primitives les plus différentes quant aux dimensions, au climat, à la flore... ; à quoi tiendrait leur ressemblance de structure, si ce n’était à ce qui leur est commun : leur militarisme habituel? (On pourrait répondre aussi : à leur caractère humain commun, à la psychologie nécessairement rudimentaire des individus...) — Autre preuve : la recrudescence du militarisme amène le retour à cette structure. En Allemagne après 1870 : accroissement de l’armée, élévation des budgets, votés moins souvent, fonctionnarisme, attribution à J’Etat d'activités industrielles (chemins de fer...), interventionnisme, protectionnisme, réglementations...
faire, mais prohibe seulement ce dont on doit s'abstenir. En mème temps que la sphère de Paction corporative se rétrécit, celle de Paction individuelle s'agrandit et lPinitiative personnelle se trouve encouragée. Tandis que le régime militaire luttait contre les organisations non étatiques, € de la coopération volontaire, ce principe fondamental du type industriel, naissent d'innombrables associations privées... Comme résultat indirect, une société du type industriel a pour caractère la plasticité ; elle tend aussi à perdre son autonomie économique et à se fondre avec les sociétés voisines » par solidarité avec elles, résultant de la division internationale du travail et de Péchange (p. 807-850).
Entre mille exemples du contraste entre le type militaire et le type industriel, d’ailleurs à l’avantage de ce dernier, citons celui qui nous touche de plus près : la France, dont la vie industrielle a été davantage réprimée par sa vie militaire que celle de l'Angleterre, a des institutions et un esprit moins libéraux, plus autoritaires, se fiant plus au € pouvoir » qu’à linitiative privée, tandis que le contraire se passe Outre-Manche.
Le type militaire est donc inférieur au type industriel, mais il fut autrefois utile et méme nécessaire. Le fait même qu'il exista avec un caractère de généralité et de durée considérables montre, au point de vue évolutionniste, qu’il eut sa raison d’être. Cela ne ressort pas nettement de tous les effets que signale Spencer (restriction de la sympathie au clan, esprit vindicatif, absence d’initiative, autoritarisme politique et domestique, polygamie, condition défavorisée de la femme et de Penfant, usage des trophées, mutilations, présents, visites, salutations, titres, insignes, costumes, distinctions de classes, cérémonial), — mais on peut voir, dans ses autres ouvrages, la mise en relief de cette utilité primitive et désormais disparue devant Pindustrialisme croissant!. La sélection naturelle fait survivre les
À. Cf. F. Bouvet, La g. et la civ., 1855, ch. 1, Mission hist. et phil., p. 2-13, % s: « La guerre a compris, par un sentiment d’honneur, qu’elle devait s’associer au progrès général. » (?) Elle a développé l’énergie, les beaux sentiments (chevalerie)..., préparé l’émancipation des classes inférieures en leur révélant le secret de leur force. Encore utile (mais non nécessaire), elle cessera de l’être quand les hommes d’Etat seront deveuus intelligents et moraux, et les nations, cultivées et commerçantes. — Laurent, op. cil., 1850, t. I, p. 7 s, 407. — Kaufmann, Die Wiss. des Wellfriedens im Umrisse, 2 6a., Bonn, 1866. — W. Butte, Die Kriegsfrage, das pol. Haupt-Problem, Berl., 1831 : das Für, das Wider. — Villiaumé, L'esprit de la g., 1867, p. 303 s.— J. de Bagnaux, La g. et l’hist., Phil. pos., juil. 1871, p. 221. — Esq. de Parieu, Sc. pol., 1815, p. 359 s. — E. St-Lanne et H. Ner, La Paix pour la vie, 1892, p. 208. — Carli, Abol. della g., 1900, p. 33; Ad. Franck. |