PREUVES DE LA SÉLECTION PAR LA MÉTHODE BACONIENNE
point. Avant que Cairnes ait appliqué sa & théorie des groupes non concurrents » en matière économique, le philosophe anglais a affirmé que certaines régions, préservées par la nature ellemême, n’ont pas subi «la force de première importance que contient la guerre, pour Pamélioration des nations », tant par ses effets stimulants directs que par son action éliminatrice. Cest dans ces lieux reculés, peu séduisants, longtemps inabordables (Amérique, Australie, Afrique, montagnes d'Asie), que des races inférieures, imparfaitement unies, ont continué d’exister, parce qu’elles étaient € protégées » par les obstacles géographiques contre l'élimination des moins aptes. Leurs populations n’ont pas été « poussées de classe en classe ; 11 n’y a pas eu là un n° 2, un peu meilleur que le n° 4, pour le battre et le détruire avant dese faire battre et détruire par le n° 3, un peu meilleur encore. » Par la raison inverse, l'Europe ne tarda pas à prendre le passur les autres régions : l’effet fut particulièrement sensible sur les rivages de la mer (Méditerranée), € berceau de la civilisation », parce que les contacts avaient lieu par voie maritime, et aux extrémités du continent (France), parce que le flux des successives migrations venait s’y heurter.
Bagehot ne se demande pas si ces derniers traits ne sont pas dus à d’autres causes, telles que les croisements et le commerce pacifiques, et il ne s’arrète pas devant l’objection possible que les peuplades arriérées sont précisément très batailleuses.
Par un procédé analogue, Darwin attribue la supériorité physique et intellectuelle de l'homme sur la femme ‘ à l'influence de la guerre, soit directement par Pexercice de certaines qualités (force, invention, observation...), soit par sélection ?. Gette
1. Proudhon, La g.. t. I, p. 85 : entre l’homme et la femme, la guerre crée une inégalité colossale, irréparable;.. la femme est le diminitif de l’homme. (Aug. Strindberg : une forme rétrécie; Nietzsche.) — Darwin, 4b., t. IN, p. 354: les facultés spéciales à la femme caractérisent les races inférieures. L’homme, dans tout ce qu’il entreprend, atteint un niveau supérieur.— Spencer, De l’Educ., p.15; Soc., t. II, 8 p., ch. 11 : plus que les hommes peu cultivés, elle présente les traits intellectuels du sauvage : désir de briller, goùt de décoration, impulsion, étonnement devant les phénomènes naturels, religiosité, absence d’idées générales... ; — Sc. soc., p. 405 : leur incapacité de se défendre explique leur talent de plaire, goùt de succès, déguisement, art de persuasion, habileté à distinguer les sentiments fugitifs, inclination devant la puissance et l'autorité, attachement pour ceux qui les maltraitent... — Sur l’infériorité physique : De l’égal. et de l’inég, des sexes, Rev. scient., 1881, p. 304; G. Le Bon, Varialions du volume du cräne; Vaccaro (La lutte, p.63 s), plus encore que Spencer, fait à l’homme un grief de l’énormité de cette inégalité.
2, Chez les primitifs interviennent en outre les luttes occasionnées par Paccouplement. Chez certains animaux males, elles expliquent la présence d’organes (armes de combat ou de parure : cornes, défenses, griffes) ou la supériorité de taille, de force, de courage, que ne possèdent pas les femelles. (Ib, p. 352, 402.)
vérification n’est pas plus probante que la précédente : la supériorité même est douteuse, discutée ; celle de l'intelligence et du «caractère » est peut-être compensée par la supériorité du « cœur » chez la femme, et en tant qu’elle est réelle, elle est due pour partie à d’autres causes, ainsi que le donne à penser ce fait que, chez les espèces animales, tantôt lPun tantôt l’autre sexe prédomine, sans corrélation aucune avec son caractère batailleur.
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La thèse générale de la sélection appelle quelques restrictions préalables à la discussion de la sélection par la guerre. — La survivance des mieux adaptés assure le triomphe non du superlatif, mais de la prépondérance comparative. Bien mieux! Par suite de l’existence de groupes et d’êtres non concurrents, elle entraîne le succès de la catégorie la plus élevée non pas même de toutes les similaires, mais seulement de celles qui se trouvent en contact.
Quoiqu'il ait signalé que, dans ses effets généraux, la sélection a produit un progrès vers la perfection !, Darwin a été le premier à proclamer que la € survivance du plus apte n’implique pas nécessairement le développement progressif » : et cela est vrai, — que l’on accorde au progrès une valeur absolue, ou relative à Putilité ou à l’idéal humains, ou bien qu’on lui donne seulement le sens de continuation de l’évolution dans la direction déjà imprimée. L’eflet se borne à lPamélioration de chaque ètre organisé dans ses rapports avec le monde organique et inorganique, c’est-à-dire de l’adaptation aux conditions de vie. € La sélection naturelle peut produire une rétrogradation réelle ?. » Un caractère que nous Jugeons supérieur devient parfois inutile et même nuisible, et inversement. Ainsi en est-il chez les animaux des cavernes, lesquels ont perdu le sens de la vue, et chez les parasites. Un individu inférieur de l’échelle sociale comme de l'échelle biologique peut être mieux adapté à son milieu qu’un être plus développé: le génie, l’homme de talent même, l'espèce ou la race les plus délicatement organisées, ont moins de chances de survie que les médiocres. Au fond, la doctrine de Darwin
1. Orig. des esp., p. 157, 590 (et C1. Royer, p. 103); tr. Moulinié, p. 513. 2, 1b., tr. C1. Royer, p. 131 s, 89.